Remi Huppert (H.69) : de l’entreprise à l’écriture
Lorsqu’on évoque le parcours d’un diplômé d’HEC, on imagine volontiers les chemins de l’entreprise, de la finance, du management. Mon itinéraire opérationnel a d’abord croisé certains de ces univers, puis, après vingt-huit ans passés dans le conseil en France et à l’international, j’ai abordé progressivement un territoire moins attendu : celui de l’écriture.
J’ai longtemps écrit des essais puis des romans. Chacune de ces formes répondait à un désir particulier : comprendre la réalité, l’analyser, raconter des destinées inscrites dans la durée. Puis, au fil des années, j’ai éprouvé le besoin d’une expression plus resserrée, plus immédiate.
C’est ainsi que je suis venu à la nouvelle. Cette forme brève présente un paradoxe. Plus courte que le roman, elle exige souvent plus de précision et ne laisse guère de place à l’accessoire. Elle doit, en quelques lignes, faire naître un monde, dessiner un personnage, installer une atmosphère afin, si possible, de toucher le lecteur.
En écrivant des nouvelles, j’ai découvert une école de rigueur et de liberté. Ces récits naissent rarement d’un plan ou d’une intrigue préconçue. Ils surgissent plutôt d’une rencontre, d’un souvenir ou d’une scène aperçue dans la rue. Un visage croisé dans un café, une conversation entendue par hasard, la lumière d’un jardin au crépuscule peuvent servir de point de départ à une histoire. J’aime ces moments de bascule où une existence ordinaire révèle soudain sa profondeur ou sa fragilité.
Certains personnages de mes textes portent les traces de mes propres expériences. Ils se nourrissent de voyages, de lectures et de musique. Ils découlent aussi de l’observation patiente du quotidien, car l’écrivain n’a pas nécessairement besoin d’aller loin pour trouver matière à création. Le monde est déjà là, à portée de regard, dans un quartier familier, sur un banc public ou à la terrasse d’un café.
Avec le recul, je perçois un lien entre ma formation et mon travail littéraire. HEC m’a appris à observer les organisations, les comportements et les mécanismes humains. Je ne considère pas avoir quitté le monde de l’entreprise et du conseil pour celui de la littérature. J’y ai simplement déplacé mon regard. Les êtres humains que j’observais dans leur vie professionnelle, je continue à les explorer aujourd’hui par le récit, avec leurs contradictions, leurs rêves et leur part d’ombre.
L’écriture m’a permis de poursuivre cette exploration par d’autres moyens. Là où l’analyse cherche à comprendre, la littérature fait ressentir. Dans les deux cas, la même curiosité demeure : celle des êtres humains.
La nouvelle est devenue pour moi un lieu où se croisent émotions et mémoire. J’y explore les blessures de l’Histoire, les silences familiaux, les fidélités invisibles. Entre rencontres décisives et rêves inaboutis, chaque récit cherche à saisir ce qui, dans une vie, échappe aux explications trop simples.
Certes, mon parcours peut paraître atypique. Il témoigne néanmoins d’une réalité plus générale : les études et les carrières ne déterminent jamais entièrement une existence. Il reste toujours un espace pour l’imaginaire, pour la création, pour cette exigence de liberté intérieure qui, dans mon cas, m’a poussé à écrire. Dans cet espace, livre après livre, nouvelle après nouvelle, j’ai choisi d’avancer, entre lumière et ombre.
Remi Huppert (H.69)
Dernier ouvrage paru : Lumières douces, ombres vives, recueil de nouvelles, aux éditions du Palio.
Published by La rédaction