Cette année encore, c’est sur le rooftop du 34, av des Champs Élysées que le Hub Marques & Médias d’HEC Alumni remettait ses prix de l’Audace pour la 17ème édition. Au Palmarès : des légumineuses, des voitures et un journal quotidien national. Retour sur une soirée qui a couronné trois visages d’une même audace.

Le vent pouvait bien souffler sur le toit terrasse ce soir-là, il en fallait bien plus pour doucher l’enthousiasme de la communauté HEC Alumni. « Nous vivons une période absolument formidable », lance par Pascal Pham (Trium EMBA.17) presque provocateur, que cette cérémonie du Prix de l’Audace s’est ouverte.

Pour les décideurs de la communauté, l’incertitude serait presque devenue un puissant levier d’innovation. C’est le paradoxe du marketing moderne : lorsque les marchés sont stables, les positions acquises bougent peu. C’est précisément dans la tempête que l’audace paie. Une vision partagée par Peyman Ghandchi (EMBA.19), président du Hub Marques et Médias, qui a rappelé que ce prix, fondé en 2008 par Éric de Rugy (H.75), récompense les entreprises combinant vision pionnière, création de valeur et prise de risque.

Pour les décideurs de la communauté, l’incertitude serait presque devenue un puissant levier d’innovation. C’est le paradoxe du marketing moderne : lorsque les marchés sont stables, les positions acquises bougent peu. C’est précisément dans la tempête que l’audace paie. Une vision partagée par Peyman Ghandchi (EMBA.19), président du Hub Marques et Médias, qui a rappelé que ce prix, fondé en 2008 par Éric de Rugy (H.75), récompense les entreprises combinant vision pionnière, création de valeur et prise de risque.

 

De la fourchette à la semence : quand l’Aubrac réinvente la fidélité au terroir

Pour le Club Agroalimentaire, coprésidé par Delphine Nicolas (H.99) et Frédéric Milgrom (H.91), le processus de sélection s’apparente à un marathon de repérages. « Notre spectre est immense : il va de votre fourchette à la semence agricole », a rappelé Frédéric, insistant sur la volonté du club de mettre en lumière des pépites territoriales autant que des géants industriels. Face à des finalistes comme Happyvor, le torréfacteur Meo, la marque Ciao Kombucha ou l’entreprise familiale Sabarot, c’est la coopérative Jeune Montagne qui a raflé la mise.

Venir chercher le Prix de l’Audace lorsqu’on défend un produit aussi traditionnel que l’Aligot de l’Aubrac ou le fromage de Laguiole AOP pourrait sembler paradoxal. C’est pourtant tout le contraire. Yves Soulhol, le directeur général de cette coopérative, a livré un plaidoyer vibrant pour l’audace de terroir. Installée dans un village de 1 500 habitants, la coopérative fromagère Jeune Montagne fait vivre 200 salariés et fait face à un défi de taille : moderniser son image sans renier son âme.

« Il faut du courage, car il faut d’abord garder nos populations sur place, mais aussi séduire les nouvelles générations », décrypte ce dirigeant humble et clairvoyant. Le profil des consommateurs historiques change, et les amateurs d’Aligot traditionnels doivent composer avec les alertes sur la santé. « L’Aligot pour le cholestérol, ce n’est pas ce qu’il y a de mieux », s’amuse-t-il en recevant son trophée des mains de Hélène Guido Halphen (EMBA10).

Dès lors, comment intéresser les jeunes sans dénaturer le produit ? C’est là que le marketing et la R&D entrent en scène, parfois au corps défendant des puristes locaux. Yves Soulhol raconte la réaction d’un ancien du village face aux velléités d’innovation de la coopérative : « Le papi du coin m’a dit : « Qu’est-ce que tu fous ? Tu ne vas pas nous faire de l’Aligot à la tomate ! L’Aligot, c’est l’Aligot ! » ». Message reçu. L’audace ne passera pas par l’aromatisation artificielle, mais par la conquête de nouveaux territoires. Soutenue par un plan d’investissement massif de 20 millions d’euros, Jeune Montagne modernise ses outils et part à l’assaut du grand export, ciblant le Japon et l’Amérique du Sud.

L’audace de la bascule : comment Le Monde a choisi de pactiser avec l’IA

Du côté du Club Médias & Entertainment, présidé par Jérôme Wagner (H.85), le jury a dû départager plusieurs poids lourds du secteur. Face à Canal+, au groupe Combat de Matthieu Pigasse, à Mediawan porté par Régis Ravanas (MBA.94) ou encore à MK2, c’est finalement le Groupe Le Monde qui s’est imposé.

Pour François Doux (H.00), chargé de remettre le prix, cette distinction récompense avant tout une capacité rare à transformer les contraintes en opportunités. « Être profitable aujourd’hui dans le monde des médias quand on a encore du papier, c’est déjà assez impossible », résume-t-il.

Car derrière la marque emblématique se cache une profonde mutation économique. Avec plus de 670 000 abonnés, dont plus de 600 000 numériques, le groupe a fait le pari de ses lecteurs avant celui de la publicité. Un choix stratégique qui porte désormais ses fruits : pour la première fois, les revenus numériques ont dépassé ceux du papier, confirmant une transition engagée depuis plusieurs années.

Mais c’est surtout sur le terrain de l’intelligence artificielle que Le Monde a marqué les esprits. Alors que de nombreux éditeurs s’interrogent encore sur l’attitude à adopter face aux grands modèles de langage, le quotidien a choisi une voie résolument pragmatique. Premier média français à signer un accord avec OpenAI dès 2024, il a poursuivi dans cette direction en nouant des partenariats avec Perplexity puis Meta.

Une stratégie qui ne fait pas l’unanimité dans la profession. Au moment même où certains grands groupes de presse internationaux choisissent la confrontation judiciaire avec les acteurs de l’IA, Le Monde fait le pari de la coopération afin de préserver la valeur de ses contenus tout en participant à la construction des nouveaux usages de l’information.

Pour le jury, cette capacité à anticiper les mutations technologiques plutôt qu’à les subir incarne parfaitement l’esprit du Prix de l’Audace. Une démonstration qu’au sein d’un secteur souvent présenté comme fragilisé, l’innovation peut encore constituer un puissant levier de croissance et de réinvention.

Maniant l’autodérision avec brio, Louis Dreyfus (H.93) a d’emblée salué l’éthique de cette distinction : « Je suis d’autant plus heureux de ce prix qu’avec Adeline Krug Donat {la directrice de la communication, NDLR}, nous refusons assez régulièrement les prix où on nous demande de payer pour avoir le droit de candidater ».

Au-delà du clin d’œil, ce dirigeant de presse a partagé les coulisses d’une aventure humaine et managériale unique dans l’histoire des médias européens. En 2010, lorsque le trio de repreneurs Pierre Bergé, Xavier Niel et Matthieu Pigasse l’appelle pour diriger le quotidien, l’entreprise est au bord du gouffre. L’audace a d’abord consisté à appliquer une logique d’investissement à contre-courant de la panique ambiante : parier sur la valeur du travail des journalistes, sur l’indépendance et sur le capital humain pour conquérir les lecteurs numériques.

Quinze ans plus tard, les résultats bousculent les idées reçues. « Le Monde, c’est aujourd’hui une entreprise ultra-rentable », rappelle son dirigeant, soulignant que la rédaction est passée de 310 journalistes salariés en 2010 à plus de 570 aujourd’hui (dont 3 HEC), tout en réinventant ses formats pour aller à la rencontre des jeunes générations.

Cette agilité s’est illustrée récemment par un coup d’éclat mondial face à l’émergence des intelligences artificielles génératives. Alors que la plupart des éditeurs européens adoptaient une posture défensive, Louis Dreyfus a choisi d’aller au contact direct. En octobre 2023, profitant de la venue de Sam Altman à Paris, il interpelle publiquement le fondateur d’OpenAI : « Vous dites avoir besoin d’une information de qualité pour nourrir vos modèles, mais pour produire cette information, j’ai besoin que mes lecteurs continuent de payer. Si vous pillez mes contenus, je n’ai plus de modèle économique. » S’ensuit une négociation directe qui débouchera sur la signature du tout premier accord stratégique de licence entre OpenAI et un grand média français, ouvrant la voie à un modèle de collaboration vertueux.

Concluant son propos sur la force des rencontres et du réseau, Louis Dreyfus a partagé une anecdote touchante datant de 1995. Alors jeune diplômé en poste à New York, il reçoit un étudiant en fin de cursus venu lui demander des conseils pour son avenir : un certain Maxime Saada. Après l’avoir écouté, Dreyfus lui donne une intuition qui changera sa vie : « L’entreprise dans laquelle tu devrais travailler, c’est Canal+. » Trente ans plus tard, l’étudiant est devenu le président du directoire du groupe audiovisuel. Une magnifique histoire de transmission.

Le pari du cœur : quand Renault choisit l’émotion pour réveiller ses icônes

Du côté du Club Marketing et Communication, présidé par Pascal Pham, c’est le constructeur au losange, Renault, qui s’est imposé. Dans un marché automobile pris en étau par l’offensive des constructeurs chinois, Renault a fait le choix de la contre-attaque émotionnelle.

Recevant le trophée aux côtés, Anne-Chloé Kort (H10), directrice marketing produit France a résumé ce positionnement : « Le sujet de l’électrique est très clivant. C’est finalement par l’émotion que nous parvenons à faire basculer les clients. » Cette émotion porte un nom : la nouvelle Renault 5 électrique, conçue comme un « vrai kart », fabriquée en France avec des batteries européennes issues d’une Giga Factory. L’audace de Renault réside dans cette capacité à réveiller des icônes populaires pour en faire des fers de lance technologiques.

L’humain d’abord : quand le courage managérial l’emporte sur l’algorithme

Qu’il s’agisse de valoriser les produits de l’Aubrac à l’international, de concevoir des univers virtuels en équipe, de redonner vie à une voiture populaire ou de préserver l’indépendance de la presse quotidienne, l’audace demeure avant tout une affaire d’hommes et de femmes.

À l’heure où la tentation du lissage algorithmique guette les directions marketing, cette 17ème édition du Prix de l’Audace aura agi comme un précieux manifeste. La technologie est un formidable outil, mais le courage managérial, l’ancrage dans le réel et la créativité humaine restent les seuls véritables vecteurs de différenciation. Pour la communauté HEC Alumni, la feuille de route est claire : quand le marché tremble, il ne faut pas chercher d’abri, il faut construire l’avenir ensemble.

©Sortiraparis

Avatar photo

Published by