Quand l’IA réinvente le M&A en remettant l’humain au cœur des transactions
Après avoir accompagné la transformation de l’Association HEC Alumni, développé des activités digitales chez Elephant et Webedia puis dirigé des opérations de fusion-acquisition, Jérémy Bas a créé Human Stories, en 2024. Sa conviction : à l’heure où l’intelligence artificielle automatise une partie des tâches techniques du M&A (fusions-acquisitions), la véritable valeur d’un conseil réside plus que jamais dans sa capacité à comprendre les femmes, les hommes et les histoires qui font les entreprises.
De la finance aux communautés : un parcours guidé par les histoires humaines
Avant de créer Human Stories, Jérémy Bas a déjà consacré une grande partie de sa carrière à un même sujet : comprendre ce qui fait la valeur d’une organisation. Diplômé d’HEC (M12), ingénieur de formation passé par l’ENSGSI, il commence sa carrière dans la finance chez Exane BNP Paribas, un broker leader sur le marché des actions européennes. Il y apprend les fondamentaux du métier et découvre une première fois l’importance du récit dans les opérations financières.
« J’ai appris à écrire et comprendre des histoires financières », explique-t-il. Car derrière chaque entreprise, chaque valorisation et chaque transaction, il y a aussi une manière de raconter une trajectoire, un potentiel et une ambition.
Après cette première expérience, il rejoint l’Association HEC Alumni dont il devient directeur général de 2017 à 2020. Une période de transformation profonde durant laquelle il contribue notamment à faire évoluer l’identité du magazine Hommes & Commerce devenu HEC Stories, avec une nouvelle ambition éditoriale. Il participe également au lancement du fonds HEC Ventures, à l’évolution du modèle de cotisation des alumni ou encore à l’ouverture de la communauté HEC vers de nouveaux écosystèmes entrepreneuriaux (Station F). Cette expérience au cœur d’un réseau de dirigeants et d’entrepreneurs nourrit une conviction qui ne le quittera plus : les organisations sont avant tout des communautés humaines.
Après HEC, Jérémy poursuit son parcours chez Elephant (groupe de production audiovisuelle créé en 1999 par Emmanuel Chain H.85 et Thierry Bizot) puis Webedia, où il devient responsable du développement puis de la fusion-acquisition du groupe. Il accompagne alors des startups comme des entreprises plus établies dans leurs opérations de croissance, de rapprochement ou de financement. C’est à la croisée de ces expériences qu’émerge l’idée de Human Stories.
Human Stories : faire de la fusion-acquisition une rencontre entre deux histoires
Créée en 2024, Human Stories accompagne des dirigeants dans leurs opérations de liquidité : cessions, acquisitions, levées de fonds ou encore opérations de financement. Mais son approche se distingue d’un conseil traditionnel par un principe simple : une transaction ne se résume jamais à une équation financière. « Human Stories, c’est la contraction de deux choses : une histoire d’entreprise, une histoire financière, ce qu’on raconte pour pouvoir vendre une entreprise. Mais avant tout, ce sont des histoires d’hommes et de femmes », résume Jérémy Bas.
Pour lui, le rôle du conseil n’est pas uniquement de trouver un acheteur ou d’obtenir la meilleure valorisation possible. Il consiste aussi à comprendre ce que souhaite réellement l’entrepreneur. Une question revient souvent dans ses échanges : « Une fois que vous avez quelques centaines de milliers ou quelques millions d’euros sur votre compte bancaire, vous avez envie de faire quoi après ? » Une interrogation simple, mais rarement posée dans les processus classiques de transmission.
Car vendre une entreprise représente bien davantage qu’une opération financière. Pour beaucoup de dirigeants, c’est une étape identitaire : ils ont créé une équipe, développé une culture, porté une vision pendant parfois plusieurs décennies. Trouver le bon partenaire revient donc à identifier celui qui saura prolonger cette histoire.
Le temps long pour révéler la vraie valeur d’une entreprise
Cette philosophie implique une autre manière de travailler. Là où une banque d’affaires intervient souvent lorsqu’une opération est déjà décidée, Human Stories intervient en amont, parfois 18 mois à deux ans avant une transaction potentielle. L’objectif : donner au dirigeant le temps de réfléchir à toutes les options possibles. Faut-il vendre totalement ? Ouvrir son capital ? Trouver un partenaire industriel ? Accélérer seul ? Chaque situation appelle une réponse différente. « Les gens ne prennent pas assez le temps d’être sûrs de prendre la bonne décision », explique ce jeune dirigeant. Son équipe consacre ainsi plusieurs mois à comprendre une entreprise avant même de parler valorisation. Une démarche qui peut sembler artisanale dans un univers souvent marqué par la rapidité des process, mais qui constitue précisément son avantage.
L’exemple de Médoucine illustre cette approche. Cette entreprise spécialisée dans la santé était dirigée par une entrepreneure qui considérait son entreprise comme « son projet de cœur » après dix années de développement. Plutôt que d’engager immédiatement une vente classique, Human Stories a travaillé sur la rencontre avec différents partenaires potentiels. Le résultat : une opération fondée moins sur une logique d’acquisition pure que sur une compatibilité de cultures et de projets. Le repreneur a intégré la dirigeante au conseil d’administration et l’opération a permis de créer les conditions d’une nouvelle phase de développement. « Très rapidement, elle m’a dit : c’est avec ces gens-là que je veux travailler », raconte Jérémy Bas.
À l’inverse, il observe aussi que certaines opérations financièrement réussies sur le papier peuvent devenir des échecs humains et économiques lorsque les cultures ou les ambitions ne sont pas alignées. « Une belle opération financière peut être une mauvaise histoire humaine », reconnaît-il.
L’intelligence artificielle libère du temps pour l’intelligence humaine
Dans un secteur historiquement très consommateur de ressources, l’arrivée de l’intelligence artificielle change profondément les règles du jeu. La préparation d’une opération de M&A nécessite traditionnellement de produire de nombreux documents : présentations investisseurs, analyses financières, études de marché, synthèses stratégiques… Des tâches chronophages et souvent très standardisées. Pour Jérémy Bas, l’IA n’est donc pas une menace mais représente au contraire une opportunité de recentrer le métier sur ce qui compte réellement. « L’IA va libérer du temps et de l’argent pour se concentrer justement sur l’humain », assène-t-il.
Cette évolution pourrait également rebattre les cartes entre les grandes banques d’affaires et des structures plus petites. Pendant longtemps, la capacité à mobiliser de nombreuses équipes constituait un avantage décisif. Demain, les outils d’intelligence artificielle pourraient permettre à des boutiques spécialisées d’accéder à des opérations plus importantes avec une organisation plus légère. Mais l’outil ne remplacera pas la relation. Comprendre les motivations d’un entrepreneur, percevoir ses hésitations, identifier une compatibilité culturelle entre deux organisations ou faire émerger une ambition commune restent des compétences profondément humaines. « Tout le monde ne peut pas le faire, souligne Jérémy Il faut avoir envie de rentrer dans l’humain, de comprendre ce que les gens veulent vraiment. »
Vers un M&A de plus en plus relationnel
Pour le fondateur de Human Stories, le métier du conseil est appelé à évoluer. Les banquiers d’affaires de demain ne seront plus seulement des techniciens de la transaction. Ils deviendront davantage des accompagnateurs capables de créer des passerelles entre des entrepreneurs, des investisseurs et des entreprises. « Demain, on fera plus des mariages », imagine-t-il. Une vision qui fait écho à l’ensemble de son parcours : de l’animation d’une communauté d’alumni à l’accompagnement de dirigeants, Jérémy Bas a toujours cherché à créer des liens entre des personnes et des projets.
Ce qui continue de le surprendre aujourd’hui ? La capacité des entrepreneurs à se réinventer dans un monde en transformation permanente. « Derrière chaque histoire d’entreprise et d’entrepreneur, il y a des belles surprises et des énergies toutes différentes », confie-t-il.
À l’heure où l’IA accélère la transformation de nombreux métiers, Human Stories défend finalement une idée simple : plus la technologie progresse, plus la valeur de l’humain devient visible.
©image générée par l’IA
Published by Daphné Segretain