Max Aniort (H.10), l’art de rassembler
Du petit port de Landerneau aux villas les plus convoitées du monde, le fondateur du Collectionist n’a rien du produit standard des grandes écoles. Derrière une trajectoire qui semble suivre un parcours sans faute — prépa, HEC, conseil, entrepreneuriat — apparaît une histoire bien moins linéaire : une enfance nomade entre la Bretagne, l’Arabie saoudite et la Grèce, des parents anticonformistes, une prépa vécue comme un choc social et une envie constante : créer du lien. À 40 ans, celui qui dirige désormais seul Le Collectionist, plateforme de location de villas haut de gamme présente dans les destinations les plus recherchées au monde, continue de cultiver la même passion qu’enfant : réunir les autres. Portrait d’un entrepreneur pour qui l’hospitalité n’est pas un métier, mais une manière d’être au monde.
Une maison ouverte sur le monde
Pour notre rencontre, Max Aniort a choisi l’un des lieux les plus en vue du moment : le nouveau club lancé par Xavier Niel, avenue d’Iéna dans le 8ème arrondissement de Paris, dont il est membre. Ici, pas de veste ni de cravates obligatoires ; loin des codes feutrés de l’Automobile Club ou de l’Interallié. Ic, les entrepreneurs croisent les créatifs, les investisseurs côtoient les artistes, et les conversations semblent compter davantage que les apparences. Lorsque j’arrive, Max Aniort m’attend déjà. Tee-shirt à manches longues, boucle d’oreille discrètement vissée au lobe, sourire immédiat. Ce dirigeant jeune génération — membre du French Tech Next 120 et Young Leader 2025 de la French-American Foundation — affiche une élégance sans ostentation. Une forme de raffinement naturel qui rappelle finalement l’univers qu’il a construit avec Le Collectionist : un luxe chaleureux, jamais démonstratif.
À première vue, son parcours semble parfaitement balisé. Celui d’un bon élève passé par les bonnes écoles avant de bâtir une entreprise devenue une référence mondiale de la location de villas haut de gamme. Mais à mesure que la conversation avance, un autre récit apparaît. Tout commence à Landerneau, dans le Finistère. « Je suis né dans un tout petit bled en Bretagne », sourit-il. Quelques années à Brest, puis un départ qui va façonner son regard sur le monde : de 7 à 14 ans, il grandit à Djeddah, en Arabie saoudite. Là-bas, loin de la France, son univers se construit autour de la famille. Un petit frère de quatre ans son cadet, des parents omniprésents mais pas étouffants. Il garde de cette liberté une nostalgie encore intacte aujourd’hui. « Franchement, c’était une enfance géniale. On était tout le temps dehors. On faisait du bateau, de la chasse sous-marine. »
Ses parents n’ont rien du modèle classique des expatriés français. Ils se rencontrent à 17 ans et fuguent ensemble la veille du baccalauréat pour partir jusqu’en Inde. Son père finit par rejoindre la Marine nationale et travaille dans la flotte d’hélicoptères. Sa mère, elle, multiplie les vies professionnelles : billetterie aérienne, mode, enseignement du français auprès de la famille royale saoudienne. « Elle a fait mille métiers », raconte-t-il avec admiration.
Ils transmettent surtout à leur fils ainé une manière d’habiter le monde. Chez les Aniort, la porte reste ouverte. À Djeddah, où la vie sociale est alors limitée et où les lieux de rencontre sont rares, la maison familiale devient un refuge pour les expatriés isolés. « Pour Noël, il y avait toujours un couvert de plus. Si quelqu’un passait, il pouvait s’asseoir à table. » Cette culture de l’accueil marquera profondément leur fils. « Je pense qu’on a vraiment été éduqués dans cette idée d’être une maison ouverte. » Une formule qui résonne étrangement lorsqu’on connaît la suite de son histoire.
Le choc du retour en France
À 14 ans, le jeune Max à rentrer en France. Direction le lycée naval de Brest. Ses parents restent en Arabie saoudite avec son frère et Max se retrouve seul, en internat, à plusieurs milliers de kilomètres de sa vie d’avant. « J’ai adoré. J’ai un peu galéré au départ, mais j’ai adoré. » Ses professeurs repèrent un potentiel, encouragent, orientent, ouvrent des portes. Max évoque notamment une professeure de mathématiques qui passe des heures à lui expliquer les classes préparatoires et les grandes écoles. Le bon élève intègre ensuite la prépa économique du lycée Henri-IV à Paris. Et là, nouveau choc. « Je débarque à Paris. Je ne connaissais personne. J’étais boursier, en internat. Franchement, ça a été vraiment dur. » Face à lui, des élèves souvent mieux préparés, parfois issus du lycée lui-même. Beaucoup semblent maîtriser des codes qui lui échappent encore. Pendant un temps, il se sent à la marge mais persévère. Il manque HEC d’un souffle lors d’une première tentative, choisit de cuber et découvre finalement dans cette troisième année une forme de plaisir intellectuel inattendu. « La première fois, tu es noyé. Tu prends des notes presque sans comprendre. La deuxième fois, tu peux enfin discuter avec les profs, poser des questions. J’ai adoré mon année de cube. »
HEC, les rencontres avant tout
Lorsqu’il intègre HEC en 2010, Max Aniort a 20 ans. Il s’installe sur le campus de Jouy-en-Josas et découvre un environnement radicalement différent. Les cours l’intéressen et certaines rencontres le marquent. « Je me suis fait des super copains. » Aujourd’hui encore, beaucoup appartiennent à son cercle proche. Pourtant, avec le recul, il porterait un regard différent sur sa scolarité. « Si c’était à refaire, je le ferais autrement. » Il regrette notamment de ne pas avoir davantage confronté les enseignements académiques au terrain. Une prise de conscience qui arrive lors de son année de césure à Hong Kong, entre analyse crédit et conseil dans les services financiers. Pour la première fois, il découvre l’entreprise de l’intérieur. « Quand je suis revenu, je n’avais plus du tout la même approche de l’école. » Comme beaucoup d’étudiants de sa génération, il s’oriente naturellement vers les secteurs les plus valorisés du moment : finance, conseil, stratégie. Sans véritablement s’interroger sur ce qu’il veut construire. « On m’avait dit que ce qui était bien, c’était de faire de la finance ou du conseil. Alors j’ai cherché quelque chose qui mélangeait les deux. » Le conseil lui apporte néanmoins une boîte à outils qu’il utilise encore aujourd’hui : structuration, gouvernance, organisation. Puis survient la rencontre qui change tout.
Créer plus qu’une entreprise : créer des retrouvailles
En 2014, un ancien camarade d’HEC, Olivier Cahane (H.08), cherche un associé pour développer une jeune société spécialisée dans la location de villas haut de gamme. Des amis communs organisent la rencontre. « Ce sont eux qui nous ont projetés dans ce rôle. » À l’époque, Max Aniort devient directeur général d’une structure embryonnaire. Ils sont trois associés. L’entreprise s’appelle déjà Le Collectionist. Si Max se pose des questions, la réponse de ses amis est révélatrice. « J’étais toujours celui qui organisait les dîners, les voyages, les soirées. Celui qui rassemblait les gens. » Au fond, Le Collectionist ne naît pas d’une passion pour l’immobilier ou le tourisme de luxe. Le projet touche quelque chose de plus profond. L’hospitalité, l’art d’accueillir et le plaisir de réunir. « Nous organisons davantage des vacances que des voyages. » La nuance est essentielle car là où d’autres vendent des destinations, Le Collectionist vend des moments de vie qui peuvent être des anniversaires en famille, des retrouvailles entre amis, des souvenirs. Le Covid accélère paradoxalement cette vision. Alors que le secteur du tourisme vacille, l’entreprise profite d’une demande nouvelle pour des maisons privées et des séjours en cercle restreint. « Les gens ne voulaient plus vraiment aller à l’hôtel. » L’année 2020 devient un tournant stratégique. L’entreprise démontre sa rentabilité. Entre 2021 et 2023, elle réalise cinq acquisitions. Aujourd’hui, Le Collectionist affiche des dimensions impressionnantes : 150 millions d’euros de volume d’affaires, 35 millions d’euros de chiffre d’affaires net, 200 salariés permanents, 200 saisonniers, 10 bureaux dans le monde et une activité présente sur les destinations les plus recherchées de la planète. Depuis le départ progressif de ses cofondateurs en 2018 puis 2020, Max Aniort est seul aux commandes. Le changement d’échelle est spectaculaire. Lorsqu’il reprend la direction opérationnelle complète de l’entreprise, celle-ci génère environ 25 millions d’euros de chiffre d’affaires. Six ans plus tard, ce chiffre a été multiplié par 6. Pour autant, son moteur semble n’avoir guère changé.
À l’écouter raconter ses dîners où se croisent designers, entrepreneurs américains, amis de longue date et nouvelles rencontres, on retrouve la même énergie que celle de la maison familiale de Djeddah. Une envie de mélanger les mondes, toujours baignée de curiosité et toujours cette table où une place reste libre. Les plus beaux souvenirs commencent souvent autour d’une table, dans une maison où l’on se sent attendu.
Published by Daphné Segretain