Entré à HEC sans réseau ni repères, Dinh-Long Pham (H.14) a trouvé sa voie à la croisée de l’engagement social et des Nations Unies. Aujourd’hui au PNUD Asie-Pacifique, il œuvre depuis sept ans à donner aux jeunes les moyens — et le courage — d’agir.

Il ne connaissait personne qui avait fait une grande école. Quand Dinh-Long Pham intègre HEC en 2014, après une classe préparatoire, il arrive sans carte, sans boussole, et sans idée précise de ce qui l’attend. C’est le forum des associations des premières semaines qui va tout changer. Il tombe sur l’asso qui promeut le développement durable et l’entrepreneuriat social — et quelque chose s’allume.

« J’ai commencé à faire tous les cours électifs qui avaient un rapport avec l’impact social. Et à l’époque, il commençait à en avoir de plus en plus. » Parmi eux, le cours Fact Planet, co-animé par Lise Pénillard et Florian Rousse, qu’il décrit comme « le meilleur cours » : chaque étudiant est matché avec un entrepreneur social alumni, qu’il soutient à distance pendant quelques mois avant d’être envoyé sur place. Dans son cas : le Bénin, deux mois, au contact du terrain.

La césure comme confirmation

Deux ans de césure, trois stages autour du même fil rouge : soutenir des porteurs de projets à impact. C’est pendant cette période qu’il co-lance un tiers-lieu à Hanoï, au Vietnam — le pays de ses parents —, dédié à l’accompagnement d’entrepreneurs sociaux. Il y observe quelque chose qui va orienter toute sa carrière : « Beaucoup de jeunes voulaient avoir un impact, mais ne savaient pas par où commencer. Et ce n’était pas propre au Vietnam. J’avais vu exactement la même chose à HEC. »

De retour à HEC pour son M2, il choisit le master en marketing avec une idée précise : beaucoup des entrepreneurs qu’il avait accompagnés maîtrisaient leur sujet sur le fond, mais peinent à le « vendre ». Il veut combler ce manque. Et dans la foulée de sa diplomation, une opportunité se présente au PNUD — le Programme des Nations Unies pour le Développement — pour rejoindre l’équipe d’engagement de la jeunesse du bureau Asie-Pacifique. « La graduation devait être vers le 10 juin. J’ai commencé le 15. »

« Il faut donner confiance aux jeunes qu’ils peuvent commencer à leur échelle — et petit à petit, monter en échelle. »

60 % des jeunes du monde, une seule région

Sept ans plus tard, Dinh-Long Pham est toujours au PNUD. Le périmètre est vaste : 30 à 35 pays et territoires, de l’Iran à la Mongolie en passant par les îles du Pacifique. La raison d’être de son programme, baptisé « Moonshot » : l’Asie-Pacifique concentre 60 % des jeunes du monde âgés de 15 à 24 ans. Une génération à former, à mobiliser, à connecter aux enjeux du présent.

Le travail s’organise autour de trois piliers — environnement et climat, employabilité et compétences, gouvernance et participation politique des jeunes — et à trois niveaux : avec les jeunes directement, avec les partenaires (universités, écoles, ONG), et avec les gouvernements. Depuis 2016-2017, le programme a formé environ 600 000 jeunes à travers la région, accompagné plus de 3 000 entreprises sociales portées par des jeunes, et développé un réseau de plus de 1 000 partenaires.

Le COVID comme accélérateur inattendu

Quand la pandémie frappe en 2020, l’équipe travaille déjà à distance sur 30 pays — Skype, appels, formations en ligne. La transition se fait presque naturellement. Le programme Movers, lancé juste avant le COVID, en sort transformé. Conçu dès le départ pour être accessible à tous — « on ne demande qu’une adresse mail » —, il repose sur un modèle de train-the-trainer : des ateliers sur le climat, l’égalité des genres ou le leadership, que les participants peuvent ensuite répliquer avec leurs proches.

Le passage au tout numérique a permis de toucher bien plus de jeunes. Et des retours inattendus sont remontés du terrain : « On avait des bénévoles qui nous disaient qu’ils commençaient à avoir des problèmes de santé mentale dans leur chambre, et que le fait de s’engager, de participer aux ateliers, de connecter avec d’autres jeunes engagés de toute la région — ça les faisait se sentir mieux. »

Il cite l’exemple d’une bénévole du Bangladesh qui, dans sa vie quotidienne, apporte un sac réutilisable au marché — et se fait moquer par ses amis. Dans les ateliers Movers, elle partage la même habitude et reçoit de l’enthousiasme, des conseils, de la solidarité. « Elle s’est rendu compte que ce n’était pas elle qui était bizarre. C’est juste qu’elle était avec la mauvaise communauté. »

Lifeline : donner la parole, vraiment

En parallèle de son travail au PNUD, Dinh-Long Pham anime Lifeline (« ligne de vie »), un podcast de longues interviews — entre une et trois heures — avec des acteurs du changement de tous âges. L’idée est née d’un constat : quand on admire quelqu’un qui a eu un grand impact, on a tendance à croire qu’il a tout réussi depuis le début. Les panels d’événements ne laissent que le temps du beau parcours — pas des obstacles, des doutes, des nuits sans certitude.

« Je voulais vraiment comprendre le parcours complet : pourquoi ils font ce qu’ils font, quels ont été leurs premiers obstacles, qui les a aidés alors que personne ne croyait en eux — parfois pas même eux-mêmes. » Une quarantaine d’épisodes au compteur. Et une conviction : les role models changent tout. Il se souvient d’être repassé à HEC et d’avoir vu, dans les couloirs, des posters d’alumni ayant lancé des entreprises sociales. « Pour les jeunes étudiants qui arrivent, ça change leur vision. Si eux ont fait ça, peut-être qu’on peut le faire aussi. »

Give first

À un jeune qui ne sait pas par où commencer, Dinh-Long Pham donne un seul conseil : rencontrer des gens. Beaucoup. Dans des domaines qui vous intéressent, et dans d’autres qui ne vous intéressent pas encore. Aller à des événements où on n’irait pas forcément, se forcer un peu, et surtout — chercher comment aider ceux qu’on rencontre.

« Quand on est jeune, on a peur de proposer son aide parce qu’on a l’impression de ne rien avoir à apporter. Mais il y a toujours une manière d’aider. J’étais bénévole, je prenais des photos, j’aidais des ONG que j’aimais. Et je n’attendais rien en retour — parce que ça vient, si on ne le demande pas trop vite. Il faut vraiment give first. »

Aujourd’hui président du chapter HEC Vietnam, il rêve de voir l’école intensifier ses activités dans le pays. Et continue, depuis Bangkok ou en remote, de tisser ce fil qu’il a trouvé presque par hasard dans les premières semaines d’une école qu’il ne connaissait pas : faire en sorte que les jeunes qui veulent changer le monde sachent, au moins, par où commencer.

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