Antoine de Saint-Affrique aux Matins HEC : « apporter du calme quand tout s’emballe »
Invité des Matins HEC le vendredi 17 avril, le DG de Danone a partagé sa vision du leadership. Sa méthode : écouter, tenir le cap et rester connecté au terrain.
A l’heure où le monde s’enthousiasme autant qu’il s’inquiète de l’IA, la vraie « augmentation » ne viendrait-elle pas de l’alimentation ? Cette première question de la matinée, après le portrait d’Hortense de Roux, a été posée par Bruno Despujol, associé chez Oliver Wyman. Du pain bénit pour le patron de Danone, Antoine de Saint-Affrique, qui répond : « nous sommes ce que nous mangeons ». Et rappelle que nos aliments constituent un levier majeur de santé, de croissance et de longévité.
Depuis son arrivée en 2021, il a eu à cœur de recentrer Danone sur sa mission, « la santé par l’alimentation », avec un modèle « ancré dans la science » et tourné vers « le consommateur ou le patient ». Manière de rappeler que l’entreprise, une des préférées des Français, ne vend pas seulement des yaourts (Activia, Danone) et de l’eau minérale (Evian, Volvic), mais aussi des produits de nutrition médicale (Fortimel, Nutrison), infantile (Gallia, Blédina) et liés au vieillissement (Fortifit).
Le directeur de la rédaction de l’hebdomadaire Challenges, Pierre-Henri de Menthon, qui anime la discussion, revient sur les turbulences qui ont marqué la fin de l’ère Emmanuel Faber. Comment reconstruire une entreprise désorientée comme l’était Danone en 2021 ? Antoine de Saint-Affrique évoque trois bonnes pratiques. D’abord écouter. Beaucoup. Les équipes, les partenaires, mais aussi ceux qui parlent peu. Ensuite clarifier : fixer un cap simple et compréhensible. Surtout, maîtriser ses nerfs. « Un patron doit être contracyclique, c’est-à-dire bousculer les équipes quand elles somnolent, mais apporter du calme quand tout s’emballe », résume le patron de 61 ans.
Longtemps mis en avant pour son engagement B-Corp, Danone évolue désormais dans un climat moins favorable aux grands discours ESG, comme l’illustre le revirement de grands gestionnaires d’actifs comme Blackrock. Le diplômé de l’Essec et de la Harvard Business School estime néanmoins que la durabilité n’est pas seulement une posture morale, mais une nécessité stratégique pour son entreprise. « Si dans cinq ans il n’y a plus d’eau, nous n’existons plus. » L’environnement comme condition de survie industrielle.
Même posture d’humilité sur la relation aux fournisseurs : « sans agriculteurs, il n’y a plus de Danone. » Le groupe se targue d’avoir mis en place des contrats pluriannuels qui offrent une meilleure visibilité sur les revenus, un accompagnement vers l’agriculture régénératrice et des soutiens à l’installation des jeunes. Là encore, la logique serait moins philanthropique qu’économique : protéger l’amont pour sécuriser l’aval.

Si Danone affiche des valeurs d’exemplarité et de responsabilité, le groupe n’échappe pas aux polémiques sur la pollution plastique ou, plus récemment, sur sa décision de quitter le label Nutri–score (qui attribuait la note D à un Actimel, soit le même niveau qu’un soda). A propos des emballages, Antoine de Saint-Affrique se montre favorable à la consigne, citant l’Allemagne ou la Pologne. Le système fonctionne, dit-il, même si sa généralisation en France se heurte à des choix historiques en matière de collecte des déchets.
Le public, sans surprise, l’a interrogé sur l’IA et de ses impacts. Chez Danone, tous les salariés seraient équipés de Microsoft Copilot, y compris en usine. La planification industrielle, le marketing ou la production de contenus constituent déjà des cas probants. Mais le vrai défi concerne la transformation des métiers. Il faudra « repenser les pyramides de savoir » et investir massivement dans la montée en compétences. « Planifier une telle transition est beaucoup plus complexe à gérer que de négocier un plan social, qui a un début et une fin », souligne l’homme d’affaires qui fit ses armes chez Unilever.
A un an des élections présidentielles, un responsable des Petits Chaperons Rouges, partenaire de l’événement, lui demande quel conseil il donnerait à nos responsables politiques. Antoine de Saint-Affrique revendique un management par « l’exemple », la proximité, et exhorte les dirigeants à se frotter au réel. « Quand vous enfilez vos bottes pour rencontrer un éleveur et observe son bétail, vous apprenez beaucoup de choses ». Un discours de bon sens que n’aurait pas renié son illustre prédécesseur Antoine Riboud.
Published by Thomas Lestavel