Depuis 2021, le programme de bourses HEC Imagine Fellows aide des jeunes gens venus de pays en guerre à venir étudier à Jouy-en-Josas. Au siège de l’Unesco à Paris, Adrien Nussenbaum (H.01), qui a créé HEC Imagine, s’est joint au dean d’HEC Paris et à des figures de la diplomatie pour célébrer les 5 ans de cette initiative.

Dans le 7e arrondissement de Paris, le siège de l’Unesco est une construction de béton à l’architecture brutaliste, surnommée l’« étoile à trois branches » – vu du ciel, le bâtiment a une forme de « Y ». Depuis plus d’un demi-siècle, cette institution assure les missions des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture.

Un lieu tout trouvé pour célébrer une initiative pour la paix et l’enseignement. En maîtres de cérémonie, Charles Autheman (M.09), enseignant à HEC, et Nikol Myroshnychenko (H.28) – lire son portrait, paru dans HEC Stories en juin 2026 –, étudiante, ont accueilli sur scène des intervenants de marque. Jean-Noël Barrot (H.07, PhD.13), ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Gaël Veyssière, ancien ambassadeur de France en Ukraine, et Nadiia Vatulova, conseillère chargée des questions d’éducation à l’ambassade d’Ukraine en France ont offert un aperçu des enjeux géopolitiques actuels. De leurs côtés, Éloïc Peyrache, dean etDG d’HEC Paris, et Adrien Nussenbaum (H.01), fondateur de Mirakl et président d’HEC Alumni, sont revenus sur la genèse et l’histoire du programme HEC Imagine Fellows. Enfin, la jeune Moralie Mihigo (X-HEC.27), étudiante originaire de RDC, a, elle, parlé de la situation de la région du Kivu, à l’est du pays.

 

Réagir quand les tensions internationales s’accroissent

Chargé d’ouvrir cette soirée d’anniversaire, Éloïc Peyrache a partagé une anecdote sur la genèse d’Imagine Fellows. Tout est parti d’une discussion avec Adrien Nussenbaum, dans laquelle ils avaient évoqué le don faramineux du créateur de Blackstone, Stephen Schwarzman, à l’université Tsinghua de Pékin. Chiffré en centaines de millions de dollars, ce don a permis de créer le Schwarzman College, et un programme de bourses d’excellence pour des étudiants étrangers – majoritairement américains. « C’était à l’époque du premier mandat de Donald Trump et quand on a demandé à ce philanthrope américain pourquoi il avait fait un don à l’université de Tsinghua, en Chine, plutôt qu’à Yale ou Harvard, aux États-Unis, il a répondu : “Comme les relations entre les États-Unis et la Chine vont se tendre, mon objectif est d’envoyer aujourd’hui les talents du monde entier étudier pendant un an à Tsinghua, aux côtés des futurs décideurs du Parti communiste chinois. En espérant que le jour où les relations entre les deux pays se détériorent vraiment, ils pensent à prendre leur téléphoner et s’appeler.” J’ai parlé de ça à Adrien Nussenbaum et il m’a dit : “C’est génial. Et je te propose un truc : on va aller chercher nos étudiants dans des pays en guerre.” C’est ainsi qu’est née l’idée d’HEC Imagine Fellows. »

Parrain de l’événement, le ministre Jean-Noël Barrot (H.07, PhD.13) était retenu ailleurs par d’autres obligations. Il avait enregistré une allocution pour confirmer les liens puissants entre la paix entre les États, l’éducation des jeunes et les échanges économiques. « Avec 65 conflits impliquant un État, la conflictualité n’a jamais été aussi élevée dans le monde depuis 1946 », a-t-il commencé par rappeler. « Dans un monde qui se brutalise, la paix n’a plus rien d’évident : elle se prépare et se construit. Elle se construit d’abord à l’école, dans les esprits, sur les campus, dans les universités, mais aussi dans les entreprises. Et c’est par le commerce et l’interdépendance économique, qui reposent des intérêts communs, que se créent les conditions d’une paix solide et durable. »

 

Des histoires humaines

Invité à s’exprimer à la suite du ministre, Adrien Nussenbaum, créateur de cette bourse HEC Imagine Fellows avec un don initial de 1,1 million d’euros, a rappelé combien face l’injustice, à la guerre ou l’arbitraire, on se sent individuellement impuissant. « Mais il y a une phrase que j’aime beaucoup, qui dit : “Quiconque sauve une vie sauve le monde entier.” Cette phrase nous dit le contraire de ce sentiment d’incapacité. Et elle nous dit que chaque vie compte. Elle nous dit aussi qu’on n’a pas besoin de changer le monde dans son ensemble pour commencer à changer le monde. »

Une idée partagée par le dean d’HEC, qui rappelle qu’à HEC, 130 nationalités d’étudiants se côtoient. « C’est une grande richesse pour l’École, et c’est un atout pour son rayonnement international. Mais au-delà de cela, nous aimerions que ces étudiants deviennent les ambassadeurs de cette diversité à travers le monde. »

Sur le campus, les étudiants Imagine Fellows ont donné une identité à cette jeunesse marquée par la guerre. « Très rapidement, cette initiative est devenue quelque chose de très concret, avec ses étudiants, leurs visages, leurs histoires… Par exemple, il y a avec nous ce soir Behishta Nazir (H.24), l’une des pionnières de ce programme (dont le portrait est paru dans HEC Stories en septembre 2024), qui est aujourd’hui une entrepreneure à impact en Allemagne et une jeune maman. Quand je me souviens de la première fois que nous avons entendu parler de Behishta et de la manière dont elle s’était échappée d’Afghanistan pour rejoindre des camps de réfugiés, et comment elle avait fini par rejoindre le campus d’HEC, sans connaître un mot de français, je suis vraiment fier de ce que nous avons pu accomplir en tant que communauté », a déclaré Adrien Nussenbaum.

Au-delà des destins individuels, HEC Imagine Fellows a également fait évoluer l’École elle-même. Le programme a offert à ces jeunes la possibilité de poursuivre leurs études et de construire leur avenir. Et leur présence sur le campus a été une source d’enrichissement pour l’ensemble de la communauté. « Les étudiants que nous avons accueillis nous ont, eux aussi, beaucoup appris, souligne Éloïc Peyrache. Nous avons créé des cours de Business and Human Rights. Nous avons aussi développé et discuté des thématiques de Business for Peace. C’est une expérience qui nous a transformés. »

Illustration de cet échange avec les étudiants Imagine, Moralie Mihigo (X-HEC.27), venue de la République démocratique du Congo, a évoqué sur scène les tensions et la violence qui règnent dans le Kivu. Cette région dont le sous-sol regorge de minerais et terres rares attisent les convoitises de faction qui oppressent et agressent les populations locales. Ainsi, ce qui aurait dû être une chance se change en une malédiction pour les habitants. Les interventions suivantes ont aussi évoqué la grande résilience du peuple ukrainien, qui résiste à l’invasion russe depuis quatre ans et demi.

Au terme de la cérémonie, un diplôme d’ambassadeur de la paix a été remis aux étudiants qui ont pu ensuite partager un moment convivial avec le public présent dans les salons de l’Unesco.

Cinq ans après sa création, HEC Imagine Fellows a fait la preuve que l’enseignement supérieur joue un rôle qui dépasse la seule transmission des connaissances. Une ambition qu’Adrien Nussenbaum résume en une formule : « Une école doit se poser la question du rôle qu’elle veut tenir dans la société, au-delà de l’enseignement qu’elle délivre. Quel autre endroit plus qu’une école – où naissent des rêves et des carrières, où sont réunis des étudiants du monde entier – pourrait contribuer à un futur meilleur ? »

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