Né à El Salvador, formé au lycée français, Miguel a très tôt appris à transformer une passion en opportunité. Des Pokémon chromatiques à l’échange de cartes Yu-Gi-Oh!, il se finance, voyage, gagne en indépendance. Puis vient la bascule : Grenoble, la physique, l’IA, et une rencontre décisive qui l’emmène vers HEC Paris. Derrière les formules, un fil rouge : l’envie de transmettre et d’aider les autres.

Miguel Torrez, a grandi à El Salvador, son enfance est marquée par la perte de son père a 11 ans, qui fait naître en lui le feu de l’ entrepreneuriat depuis sa jeunesse. Dès la 3e , à 15 ans, au détour d’une passion très générationnelle, il crée des équipes de Pokémon chromatiques pour des joueurs compétitifs : des Pokémon rares, d’une couleur différente, symbole de prestige dans l’arène. « Je passais ma journée à faire des équipes. Je vendais ça via Paypal. » L’argent lui sert à réinvestir : acheter des cartes, constituer des collections, apprendre la valeur — la vraie, celle qui se négocie et se comprend.

Il passe le bac à 17 ans, dans son pays, au lycée français ou il étudie depuis la maternelle — presque par pragmatisme familial. « Mon père voulait me mettre à l’école allemande, mais l’intégration s’y faisait un an plus tard. Ma mère a insisté pour le lycée français et elle avait toujours raison », sourit-il. Il ne le savait pas encore, mais cette décision marquera un tournant décisif dans sa vie : c’est ce lycée lui donnera l’envie de venir en France, plus tard, mais sa motivation, sa débrouillardise et les sacrifice de sa famille réussiront par l’y envoyer.

Le lycée français lui aura aussi permis de sceller des amitiés durables. « Mes meilleurs amis en France, je les connais depuis que j’ai 6 ans. C’est comme des frères».

L’économie parallèle des cartes : apprendre la valeur avant d’apprendre le business

L’autre déclic s’appelle Yu-Gi-Oh! (un jeu de cartes à collectionner, issues d’un manga). Une passion qu’il découvre au Salvador et qui continuera à lui ouvrir des portes à son arrivée en France. « J’ai grandi avec Yu-Gi-Oh!. Un jour en 3eme, mon cousin m’indique qu’un magasin dédié ouvre. On a repris nos cartes d’enfance, on y est allé et ça a changé ma vie. »

Ce qui l’attire, ce n’est pas seulement le jeu, mais l’écosystème : rareté, demande, échange, arbitrage. Miguel se met à échanger des cartes, progressivement, avec une logique presque “marché”. Il part de cartes modestes — “20 euros”, dit-il — et grimpe, échange après échange, jusqu’à des pièces qui valent “des milliers d’euros”. Il ne vend pas tout : il garde sa collection, par attachement, par fierté aussi. Mais il revend ponctuellement, quand il a besoin de liquidités.

À cet âge-là, le mot “indépendance” prend une forme concrète. Avec quelques centaines d’euros, il finance ses voyages pour des tournois. À 18–20 ans, il paie ses billets d’avion — “Environ 1 000 euros, deux fois par an pour rentrer au Salvador” — devient un symbole d’indépendance. Sa mère l’aide un temps. Et puis, a la fin de sa L1, il refuse, pour protéger l’équilibre familial : « Elle me donnait quelques centaines d’euros mais je finissais par lui demander de garder les sous pour ma soeur. Moi, je me débrouille. »

Grenoble, la physique et l’IA

L’arrivée de Miguel en France n’est pas synonyme de passeport social. « Je ne suis jamais parti du principe qu’il faut faire des études pour gagner de l’argent. J’ai gagné de l’argent en parallèle depuis mon enfance. » Il choisit des études qui le passionnent : maths, physique, physique théorique, jusqu’au niveau master à Grenoble. Il évoque aussi une frustration — celle d’une spécialisation qu’il n’obtient pas, la physique subatomique, qu’il pense avoir manquée à cause d’une motivation jugée “non conforme”. Car Miguel n’ambitionne pas d’être chercheur mais veut transmettre, expliquer, rendre lisible. La physique reste intime, structurante. Et elle devient un terrain d’expérimentation. Le jeune homme aime “appliquer l’IA à la physique”, tester, explorer. L’IA, chez lui, n’est pas un gadget : c’est une extension de sa curiosité, un outil pour comprendre et fabriquer.

« Je voulais faire de l’enseignement, de la vulgarisation. En France, il y a un énorme problème avec la vulgarisation de la connaissance. »

“HEC, c’est le numéro 1 ou rien” : l’intuition comme boussole

Après la disparition de sa mère, Miguel prolonge ses études et fait une rencontre lors de son deuxième master. Son camarade Théo Lacazale reconnait l’entrepreneur en lui et le pousse vers HEC. Miguel, lui, ne connaît pas les écoles de commerce et découvre les acronymes, les classements et tranche à sa manière : « Si je quitte Grenoble, je vais à Paris. Mais c’est pour le numéro 1 ou rien. » Il n’aime pas Paris, il aime la montagne et l’air de Grenoble. Il en cédera pas aux sirènes du prestige sans alignement personnel.

À la même période, il candidate aussi à l’Emlyon, attiré par un format en alternance chez Schneider Electric, sur un sujet exigeant : la conduite du changement autour de l’IA générative. 2023 est une année d’exploration dans l’IA, dit-il. Lui  s’intéresse à la pédagogie. Il a été tuteur à la fac, il a encadré des étudiants, créé un serveur Discord pendant le Covid pour aider, à utiliser l’IA. « La formation, c’est dur. Et c’est important : on a un impact direct sur le futur de quelqu’un. » L’IA générative, pour lui, fait naître une responsabilité : accompagner, expliquer, outiller.

2023 : Miguel est admis à HEC et à l’Emlyon mais il demande un report d’un an à HEC, par nécessité. Il raconte une année fragile et des contraintes financières. Le refus initial se transforme en soutien. Miguel se souvient de cette décision comme d’un évènement marquant : quelqu’un a cru possible ce qu’il essayait de construire.

Quelques mois plus tard, son arrivée à Jouy-en-Josas se fait autour d’un apéro avec toute sa promo.  Objectif : connaître les gens et comprendre leurs ambitions. Il tient un carnet où chacun écrit ce qu’il veut devenir . Il renverra, un an plus tard, la photo de ces pages à leurs auteurs. Il évoque un séminaire du Jura, les rencontres, la bienveillance du programme, l’importance accordée à l’humain plus qu’au “business plan parfait”. Une phrase revient, comme une synthèse : il lui semble “impossible de tomber quand on est bien entouré”.

Puis tout s’accélère. Miguel commence à travailler en freelance, explore l’intégration de l’IA, la vente, la création d’outils. Il bute sur une réalité administrative — ne pas pouvoir facturer facilement en France, faute de statut — mais ne s’arrête pas. Il réfléchit à ce qu’il veut vraiment : pas seulement “faire de l’argent”, mais plutôt trouver une forme d’utilité. Il parle de “solopreneur augmenté”, d’une agence à une personne “avec plein de robots”, et d’une obsession : mesurer sa capacité à produire de la valeur, indépendamment.

À ce moment-là, Miguel rencontre Samir Fernando Florido Poka (MSc X-HEC Entrepreneurs.25), Bolivien, avec qui il forme un duo. Leur alliance naît moins d’une stratégie de complémentarité que d’une évidence relationnelle. « Les gens ne disent jamais qu’ils adorent Miguel ou Fernando. Ils disent qu’ils adorent notre duo. » Ensemble, ils accompagnent PME, startups, parfois de grands groupes, autour de l’IA générative : formation, conseil, intégration. Ils montrent, en direct, ce que la technologie permet. Ils questionnent aussi les modèles économiques : comment facturer quand la valeur produite en une journée dépasse les grilles “au temps passé” ?

Derrière ces étapes, Miguel porte une vision de l’IA qui dépasse la seule performance technologique. À ses yeux, il s’agit d’un levier de transformation des rapports de pouvoir : une technologie qui permet à un individu, bien équipé, de produire autant de valeur qu’une équipe entière, et qui ouvre ainsi de nouvelles formes d’autonomie économique.

Il croit aux petites structures, à la vitesse, à la capacité d’exécution. Et surtout, Miguel revient à ce qui le guide depuis Grenoble : l’accompagnement. « Ce qui me tient le plus à cœur, c’est la jeunesse. Les gens qui commencent leur carrière… ce n’est pas le même monde. » À l’entendre, l’avenir appartient à ceux qui n’auront connu que cette abondance technologique — et qui n’auront pas peur de créer.

 

Avatar photo

Published by