À la tête de Ponant Explorations depuis bientôt un an, cet homme décidé dirige l’un des fleurons français du voyage haut de gamme. Derrière cette nomination se cache pourtant une trajectoire peu linéaire : une enfance agrégée de déménagements, un apprentissage du terrain dans l’hôtellerie, une immersion dans l’univers du luxe puis de l’éducation internationale. Un parcours guidé par un même fil rouge : le goût du mouvement, de la découverte et de l’hospitalité.

Un homme de passages devenu passeur d’horizons

Ponant Explorations aime les routes que les autres ignorent. Dans les îles grecques, ses navires préfèrent Hydra ou Patmos à Santorin. En Antarctique, les bateaux de Ponant Exploration s’aventurent là où peu d’opérateurs peuvent naviguer. À bord du Commandant Charcot, la compagnie française a fait de l’exploration sa signature. Depuis l’automne dernier, cette promesse est portée par un dirigeant dont le parcours semble avoir été préparé de longue date à cette idée du mouvement. Car avant de prendre la tête du groupe, Benoît-Étienne Domenget avait déjà connu une quinzaine de déménagements.

 

« J’ai grandi un peu partout », sourit-il. Le Centre de la France, Bordeaux, le Nord, le Sud-Ouest : l’enfance du futur dirigeant se déroule au rythme des changements d’adresse. Une mobilité qui, rétrospectivement, ressemble à une première école du voyage. Bien avant les mers australes ou les fjords arctiques, il apprend à changer d’environnement, à observer, à s’adapter.

À l’adolescence, pourtant, rien ne laisse présager une trajectoire parfaitement balisée vers les grandes écoles. La prépa n’est pas un projet mûri de longue date. « Je ne me suis pas réveillé en seconde en me disant que je ferais une prépa puis une école de commerce », raconte-t-il. La décision se construit progressivement. Admis en prépa à Franklin, il intègre HEC en 1997, et découvre le campus et cette parenthèse de liberté dont tant d’anciens élèves parlent encore avec nostalgie. Comme beaucoup de diplômés, Benoit-Etienne garde de ces années certains souvenir en particulier. « J’ai choisi la Majeure marketing et j’ai eu la chance d’avoir Jean-Noël Kapferer (H.70). Il était inspirant et exigeant et avait l’art de transformer une matière en quelque chose de très inspirant et concret ». Puis vient un échange à Barcelone dans le cadre du programme CEMS et les amitiés nouées sur le campus.

Choisir le terrain plutôt que les bureaux

Après sa graduation, Benoît-Étienne Domenget prend une direction peu conventionnelle pour un jeune diplômé d’une grande école. Là où beaucoup rejoignent les sièges sociaux, le conseil ou la finance, lui choisit le terrain. Passionné de voyage, de gastronomie et d’hospitalité, il frappe à la porte d’Accor avec une idée précise en tête : apprendre le métier au plus près des opérations. « Je suis arrivé en disant : j’aimerais devenir directeur d’hôtel. Pour commencer, je dois faire mes classes. » Le groupe accepte le pari. Il débute au Sofitel Forum Rive Gauche, à Paris, et découvre la restauration, les cuisines, les étages, les contraintes opérationnelles d’un métier qui ne s’interrompt jamais. « L’hôtellerie, c’est 365 jours par an, 24 heures sur 24. J’ai trouvé ça passionnant. » Pendant cinq années, il dirige plusieurs établissements. Une expérience qu’il décrit encore aujourd’hui comme un formidable terrain d’apprentissage. « J’adorais ce moment où j’avais la responsabilité d’une business unit, où j’étais au contact des équipes et des clients. »

Cette immersion opérationnelle constitue la première pierre d’une carrière qui ne cessera ensuite de changer d’échelle. Après l’exploitation vient le développement. D’abord chargé de l’Europe du Nord, puis de l’Europe, de l’Afrique et du Moyen-Orient, il participe à l’expansion internationale d’Accor. Les voyages se multiplient. Les pays de l’Est, l’Afrique du Nord, le Golfe deviennent des territoires familiers. Pourtant, après dix années dans le groupe, une nouvelle envie apparaît : celle de sortir du cadre d’une grande entreprise mondiale.

Réapprendre sans cesse

Direction Lausanne, où il prend la tête de la filiale suisse d’Accor avant de rejoindre l’entrepreneur Michel Reybier. Le changement est radical. « Je suis passé de l’industrie à l’artisanat, mais dans le sens le plus noble du terme », explique-t-il. Dans l’univers du très haut de gamme, de l’hôtellerie de luxe et des grands domaines viticoles, il découvre une autre manière de servir. Plus personnalisée, plus intime et aussi plus exigeante. « Je croyais connaître le métier de l’hôtellerie. En réalité, j’en ai réappris beaucoup des codes. »

Quelques années plus tard, nouvelle bifurcation. Il rejoint Sommet Education, maison mère notamment des écoles Glion et Les Roches. Pendant près de neuf ans, il pilote le développement international du groupe, accompagne l’ouverture de nouveaux campus et participe à plusieurs acquisitions stratégiques. Le métier change encore, mais le fil conducteur demeure. « J’ai toujours eu cette colonne vertébrale autour du service, du voyage, du tourisme, de l’accueil. » Cette fidélité à un univers professionnel explique sans doute pourquoi l’opportunité Ponant Explorations lui apparaît rapidement comme une évidence.

L’exploration comme promesse

Avant même de rejoindre officiellement l’entreprise, Benoît-Étienne Domenget décide pourtant de vivre l’expérience comme un client ordinaire. L’été précédent sa nomination, il embarque discrètement avec sa famille sur une croisière entre Athènes et Malte. « Ce que j’y ai découvert m’a confirmé tout le bien que j’en pensais », raconte-t-il. Au-delà du navire, de l’équipage ou des destinations, quelque chose le frappe. Le rapport au temps. « Un navire, c’est un refuge. Un cocon. Une forme de sanctuaire où l’on se déconnecte et où l’on se reconnecte à l’essentiel. » Cette intuition nourrit aujourd’hui sa vision stratégique. Après plusieurs mois passés à rencontrer collaborateurs, partenaires et clients, un mot s’impose selon lui pour définir l’entreprise : l’exploration. « À la fin, tout ramène à cela. La raison d’être de Ponant, c’est l’exploration. »

Une exploration qui dépasse largement la seule géographie. Exploration des territoires, bien sûr, mais aussi exploration culturelle, gastronomique et même personnelle. Pour illustrer cette philosophie, il évoque volontiers les itinéraires qui font la singularité du groupe. « Quand nous allons dans les îles grecques, nous préférons souvent Hydra ou Patmos à Santorin ou Mykonos. Nous cherchons à sortir des sentiers battus. »

La même logique préside aux projets les plus ambitieux du groupe, comme cette circumnavigation complète de l’Antarctique prévue pour l’hiver 2027-2028. Soixante-deux jours autour du continent blanc, rendus possibles par les capacités uniques du Commandant Charcot. « Nous voulons devenir le leader incontesté de l’exploration », affirme fièrement celui qui est la barre du Groupe Ponant Explorations.

Luxe, hospitalité et transition écologique

Cette ambition ne peut cependant ignorer la question environnementale. Pour un acteur du voyage, le sujet est devenu central. Benoît-Étienne Domenget revendique une approche fondée sur l’amélioration continue plutôt que sur les déclarations d’intention. « Je crois au luxe de l’expérience. Je crois à un luxe qui transforme. Mais cela implique aussi une responsabilité. ». Depuis plusieurs années déjà, Ponant Explorations investit dans la réduction de son empreinte environnementale. Les navires de la flotte sont capables d’utiliser des biocarburants, plusieurs fonctionnent avec des technologies hybrides ou au gaz naturel liquéfié (GNL), et sont équipés pour le branchement électrique à quai lorsque les infrastructures portuaires le permettent. La compagnie travaille également sur l’optimisation des itinéraires, la réduction des vitesses de navigation et le développement de futurs navires combinant propulsion vélique et nouvelles technologies énergétiques. « Nous réfléchissons déjà aux navires zéro émission de demain », explique le dirigeant. L’objectif annoncé est ambitieux : réduire de 30 % les émissions de CO₂ entre 2018 et 2030.

Le Jacques Cartier

Au-delà de l’horizon

À l’écouter, le mot exploration agit comme un révélateur autant que comme une stratégie d’entreprise. Il raconte une marque, mais aussi une trajectoire personnelle. L’enfant qui a grandi aux quatre coins de la France, l’étudiant parti à Barcelone, le jeune diplômé qui a préféré les cuisines et les comptoirs d’hôtel aux bureaux feutrés, le dirigeant qui a traversé les univers de l’hôtellerie, du luxe et de l’éducation internationale, semblent finalement poursuivre la même quête depuis toujours. « Partir avec Ponant, c’est revenir plus riche de découvertes, de rencontres, d’expériences », dit-il. Après quinze déménagements, plusieurs continents parcourus et vingt-cinq années consacrées à l’hospitalité, Benoît-Étienne Domenget continue, lui aussi, à regarder vers l’horizon. Avec une conviction simple : les plus beaux voyages sont souvent ceux qui permettent autant de se découvrir soi-même que de découvrir le monde.

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