Habituellement utilisée pour mesurer l’efficacité d’un traitement médical sur un groupe d’individus, la méthode des essais contrôlés randomisés (ECR) a été retenue par deux chercheurs d’HEC Paris, Thomas Åstebro et Florian Hoos, pour mesurer l’impact d’un programme de formation à l’entrepreneuriat social. Thomas Åstebro explique cette approche.

Qu’est-ce qui vous a amené à entamer des recherches sur la formation à l’entrepreneuriat social ?

En 2014, j’ai été contacté par un étudiant en master, Matthieu Dardaillon (Majeure Alternative Management à HEC Paris), qui est CEO de Ticket for Change, un programme français d’entrepreneuriat social. Il m’a demandé de quelle manière je pouvais l’aider à développer son programme de formation. Avec mon collègue d’HEC Florian Hoos, nous nous sommes penchés sur la question et avons cherché à évaluer l’impact de sa formation sur les participants.

Quelle méthodologie avez-vous adoptée ?

Il existait déjà une quinzaine d’études sur l’impact de programmes de formation à l’entrepreneuriat fondées sur la méthode des essais contrôlés randomisés (ECR). Mais aucune ne concernait l’entrepreneuriat social. Nous avons donc choisi 50 candidats qui suivaient le programme, et 50 autres qui constituaient le groupe de « contrôle » de l’étude. C’est le principe des essais médicaux : comparer l’évolution d’un groupe d’individus qui suit un traitement à celle d’un groupe témoin, auquel on n’administre qu’un placebo. Toute différence entre les deux groupes indique l’effet du traitement.

Qu’est-ce que cette expérience a mis en lumière ?

La formation avait deux volets : le renforcement d’une identité entrepreneuriale sociale,et le renforcement de qualités entrepreneuriales traditionnelles. Le résultat de cette première session nous a surpris : l’effet du traitement était nul. Alors, nous avons décidé de réduire la partie concernant l’identité entrepreneuriale sociale (les espaces de recyclage, la lutte contre le gaspillage alimentaire, les dons aux œuvres de charité, aller travailler à vélo, etc.) et d’augmenter la part d’activités relatives à la formation entrepreneuriale classique.

Car sur la première promotion du programme, beaucoup de participants avaient en réalité déjà des identités sociales très marquées, mais un niveau de formation à l’entrepreneuriat peu élevé. Avec ces nouveaux critères, nous avons observé un impact de la formation sur les projets entrepreneuriaux. Au bout de trois ans, nous avons étudié les profils LinkedIn pour voir combien de temps après la formation ils étaient devenus entrepreneurs. Et il y avait une grosse différence entre ceux qui avaient suivi le programme et les individus qui constituaient le groupe de contrôle : la formation entrepreneuriale avait un fort un impact sur leurs carrières. Tandis qu’au départ, nous pensions qu’il fallait surtout mesurer l’impact du volet social de cette formation, il est apparu que c’était en réalité les enseignements purement entrepreneuriaux qui faisaient la valeur de ce programme.

Impact measurement based on repeated randomized control trials: The case of a training program to encourage social entrepreneurship.Thomas Åstebro, Florian Hoos, HEC Paris Research Paper No. SPE-2016-1128. January 13, 2016.

entrepreneuriat social

Thomas Åstebro
Docteur en philosophie (PhD), il enseigne à HEC Paris depuisplus de dix ans. Depuis 2015, il dirige la chaire entrepreneuriale L’Oréal au sein de l’école. Dans le cadre de ses recherches, il publie régulièrement des articles dans différentes revues, telles que Management Science, Research Policy ou Small Business Economics.

Lire aussi : L’IMPORTANCE DU STORYTELLING POUR LES VENDEURS À DÉCOUVERT ACTIVISTES

Published by