Abstract

Depuis une réforme qui date de 2003, Pôle emploi maintient l’indemnisation des chômeurs qui montent leur société. Une étude réalisée par quatre chercheurs démontre que cette politique a porté ses fruits, favorisant un accroissement significatif de la création d’entreprises en France. Les sociétés fondées par les demandeurs d’emploi sont souvent plus petites, mais elles connaissent des taux de croissance et de survie similaires à celles créées dans les années qui ont précédé la réforme. De plus, ces nouveaux business génèrent autant d’emplois que les entreprises existantes de même taille, et leur productivité et leur valeur ajoutée sont globalement supérieures. Les pouvoirs publics ont donc intérêt à lever les obstacles à l’entrepreneuriat pour stimuler l’emploi.
Johan Hombert, Antoinette Schoar, David Sraer, David Thesmar, Can Unemployment Insurance Spur Entrepreneurial Activity ? Evidence from France,The Journal of Finance, Vol. 75, No. 3, June 2020.

3 questions à Johan Hombert, professeur de finance à HEC Paris

Pourquoi vous êtes-vous intéressés à l’impact des allocations chômage pour entrepreneurs ?

Depuis les années 2000, un consensus dans la littérature sur l’innovation établit qu’il existe une frontière étanche entre deux types d’entrepreneurs. Il y aurait d’un côté le fondateur ambitieux et talentueux, qui innove et crée des emplois. De l’autre, l’entrepreneur qui cherche avant tout à créer son propre emploi, mais n’a pas la volonté ou la capacité de faire grandir son entreprise. Une vision manichéenne qui présume que les sociétés fondées par des chômeurs vont être médiocres. Notre but était de confronter cette idée à la réalité. Nous avons donc analysé l’impact d’une mesure qui étend les allocations aux chômeurs créateurs d’entreprise. Les données que nous avons analysées montrent que les sociétés qu’ils ont créées sont performantes.L’ubérisation de nos économies fait craindre la multiplication de micro-entreprises précaires.

Comment avez-vous analysé la viabilité de ces sociétés ?

Si on évalue leur propension à créer des emplois, à dégager des bénéfices ou à perdurer sans faire faillite, les entreprises créées par les chômeurs affichent de bonnes performances. Cela étant, notre recherche porte sur les années 2000, donc avant que les plateformes numériques comme Uber ne prennent de l’ampleur. L’étude que nous avons menée montre qu’il n’y a pas de frontière étanche entre un entrepreneur qui commence petit et un autre qui commence grand, mais il y a sans doute une différence entre un entrepreneur qui est maître à bord et un chauffeur Uber – qui, dans les faits, est quasiment un employé. Il serait intéressant d’étendre notre recherche pour étudier cette distinction.

Comment expliquez-vous que les entreprises fondées par des demandeurs d’emploi soient plus productives que les sociétés existantes de taille analogue ?

Notre étude indique que les nouvelles entreprises – créées par des chômeurs ou non – sont plus productives que les sociétés existantes, qui sont en train de décliner et de perdre de l’emploi. C’est le phénomène de destruction créative décrit par l’économiste Joseph Schumpeter. Si elles sont suffisamment productives, les jeunes entreprises débauchent des salariés et soustraient des parts de marché à leurs concurrents. Ce cycle est bénéfique, parce qu’il conduit à une réallocation des ressources vers les entreprises les plus efficaces.

entrepreneuriat - Johan

Johan Hombert
Professeur de finance à HEC Paris depuis 2015 et diplômé de l’École polytechnique, il est également titulaire d’un doctorat en économie de la Toulouse School of Economics. Ses recherches portent sur l’entrepreneuriat et l’innovation, les frictions sur les marchés financiers et l’assurance vie.

Lire aussi : EXERCEZ VOTRE INFLUENCE EN ENTREPRISE

Avec un format inédit pour un magazine d’alumni, HEC Stories se donne pour ambition de mettre en lumière une communauté de diplômés diverse et internationale. Véritable porte-voix des HEC qui cherchent à avoir un impact positif sur le monde, ce magazine permet également à tous de conserver facilement un lien avec l’école et ses camarades : soutenez le magazine de votre école, abonnez-vous à partir de 40 euros par an.

1 COMMENTAIRE

Comments are closed.