« Le changement est la seule constante. » Après deux ans de crise sanitaire, cette citation de Paul Auster résonne dans la tête de chacun. Le contexte actuel est un hymne aux capacités d’adaptation et d’improvisation. Pour Kristine de Valck, chercheuse à HEC Paris, l’improvisation réussie peut être identifiée, enseignée et reproduite. Offrant ainsi aux managers et aux employés de précieuses techniques pour répondre aux problèmes urgents.

À quel point l’improvisation est-elle importante dans un contexte professionnel  ?

Elle n’est pas seulement importante, elle est nécessaire. Nouvelles réglementations, nouvelles restrictions, deux ans après le début de la crise sanitaire, celle-ci oblige les entreprises à agir dans l’incertitude. Le contexte actuel exige de l’improvisation et cela peut s’avérer problématique pour les structures qui ne donnent pas le droit à l’échec car tout est protocolé. Avant la crise sanitaire, le big data et d’autres développement technologiques majeurs, comme l’essor de l’intelligence artificielle, laissaient déjà entendre qu’il fallait sortir du commun pour prospérer. Dans quelques années, ce sont les changements induits par la crise climatique qui mèneront au même constat.

Comment avez-vous procédé pour observer et étudier l’improvisation ?

C’était très difficile car l’improvisation, par définition, ne se planifie pas  ! Mes deux coauteurs sont très impliqués dans l’univers du jeu de rôle popularisé par Donjon & Dragons. Ces jeux se sont transformés en de véritables expériences de plusieurs jours où les participants inventent une histoire ensemble. Ces situations présentent de grandes similarités avec la vie en entreprise : prise de décision, ressources limitées, enjeux de pouvoir, alliances… Nous avons suivi trois groupes de joueurs différents en Australie et en Italie pendant deux ans afin d’observer l’improvisation dans le temps.

Au cours de cette étude, vous avez distingué plusieurs types d’improvisation.

L’improvisation par imitation consiste à observer les plus expérimentés et à s’adapter à leurs réponses aux problèmes. Il s’agit d’un point de départ simple qui permet aux nouveaux venus d’apprendre les ficelles de l’improvisation. Le type d’improvisation le plus commun est l’improvisation réactive. Elle se réfère à l’utilisation des informations fournies par les autres joueurs et l’environnement pour développer des réponses originales. L’improvisation générative est la plus efficace et exige de sonder l’avenir tout en essayant de nouvelles choses de manière à anticiper ce qui pourrait arriver. Il ne s’agit plus de réagir à une situation donnée mais de développer des idées uniques et innovantes. Cette distinction repose sur l’approche des joueurs : collaborative ou compétitive. Nous avons déterminé que seule l’approche collaborative mène à l’improvisation générative. Voilà une bonne piste pour la formation des futurs managers !

Mannucci, P. V., Orazi, D. C., & de Valck, K. (2021). Developing improvisation skills: the influence of individual orientations. Administrative Science Quarterly, 66(3), 612-658. 

Kristine de Valck

Titulaire d’un doctorat en marketing de l’université RSM Erasmus (2005). Professeur en marketing et doyenne des programmes diplômants à HEC Paris. Elle est directrice académique de la chaire Luxury en collaboration avec Kering depuis 2016

Par Flavia Sanches

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