Après dix-huit ans dans l’immobilier institutionnel, Barthélémy Doat a choisi de mettre son expertise au service de l’intérêt général. Ancien dirigeant passé par Unibail Rodamco Westfield puis Klépierre (autre leader des centres commerciaux), il est aujourd’hui cofondateur d’Agora pour l’habitant, une foncière solidaire dédiée à l’accession sociale à la propriété et d’Imbrik&Co, une structure de conseil spécialisée dans l’immobilier productif. Ce quadragénaire revient sur un parcours qu’il revendique comme une continuité, et sur une conviction forte : l’immobilier peut devenir un outil d’impact social durable.

Une trajectoire construite dans l’immobilier institutionnel

Diplômé en 2003, Barthélémy Doat entre dans l’immobilier presque naturellement. Déjà impliqué au sein de la Junior Entreprise du campus, il réalise plusieurs missions pour Unibail Rodamco-Westfield, une expérience fondatrice qui lui permet d’intégrer le groupe à sa sortie de l’école. Il évolue ensuite pendant près de dix-huit ans dans l’univers des foncières, principalement spécialisées dans les centres commerciaux. À travers des fonctions d’asset management puis de direction, il développe une vision globale des projets immobiliers, mêlant enjeux financiers, opérationnels et commerciaux.

Cette lecture à 360 degrés de l’immobilier l’amène progressivement à élargir ses responsabilités. En 2018, il rejoint Klépierre à un poste de direction générale, prenant la tête de la filiale française et belge du groupe. À ce stade de son parcours, il estime avoir acquis un niveau d’expérience et de maturité suffisant pour envisager une nouvelle étape, non pas en rupture avec son métier, mais en redéfinissant sa finalité.

Mettre l’expérience au service de l’intérêt général

À tout juste 40 ans, Barthélémy fait le choix de quitter le salariat et l’univers des centres commerciaux. La décision est mûrement réfléchie. Pour lui, il s’agit moins de “changer de voie” que de réorienter son savoir-faire vers des projets à impact, inscrits dans l’économie sociale et solidaire. L’immobilier reste son terrain d’action, un domaine qu’il juge suffisamment vaste pour continuer à y apprendre et à innover, à condition d’en transformer les usages et les objectifs.

C’est dans ce cadre qu’il a cofondé il y a quatre ans Agora pour l’habitant, une foncière solidaire organisée sous forme de coopérative. Le choix de ce modèle n’est pas anecdotique. La gouvernance repose sur le principe une personne, une voix, indépendamment du capital détenu, et la lucrativité y est strictement limitée. Même en cas de fort développement, les fondateurs ne perçoivent aucune plus-value : seule la mise initiale peut être récupérée. Un cadre qui, selon lui, garantit l’alignement entre intention et action.

Aujourd’hui, Agora pour l’habitant compte plus de cent associés. Parmi eux, plusieurs camarades de sa promo et autres générations : Gaëlle Zinkiewicz, Louise Adnot, Bruno Caballero, Fabrice Crabie, Sophie Garrigou, Maxime Depreux, Romain Richemont et Richard Johnson. Tous ont investi à titre personnel, devenant associés de la coopérative à partir d’un ticket d’entrée de 4 000 € et participant pleinement aux décisions. Pour Barthélémy Doat, cet engagement illustre la force du lien tissé à Jouy-en-Josas : un réseau qui dépasse la logique transactionnelle pour s’inscrire dans la durée.

En parallèle, il a développé – en solo dans une premier temps – une activité de conseil dédiée à l’immobilier social et solidaire. Et aujourd’hui il a décidé de s’associer avec trois autres entrepreneurs pour cofonder Imbrik&Co, une structure qui accompagne des acteurs de l’ESS, de la transition écologique, de l’artisanat ou de la petite production, en jouant un rôle de passerelle entre le monde institutionnel qu’il connaît bien et des projets souvent plus fragiles mais fortement innovants. « Mon alignement, explique-t-il, passe très concrètement par le choix des missions et des clients que je choisis d’accompagner ».

HEC occupe enfin une place centrale dans son regard rétrospectif. Il évoque la structuration de la pensée, la capacité à appréhender des problématiques complexes de manière globale, mais aussi la force des relations humaines construites sur le long terme. Une anecdote est révélatrice : certains camarades rencontrés à la Junior Entreprise investissent aujourd’hui, vingt-cinq ans plus tard, dans le projet qu’il porte.

À un étudiant HEC hésitant entre une carrière dite “classique” et un projet à impact, son message est direct. L’École est un sésame qui ouvre de nombreuses portes, mais la question essentielle n’est pas seulement celle des opportunités accessibles. Elle tient plutôt dans le choix personnel des portes que l’on souhaite ouvrir soi-même grâce à ce sésame. Rien n’est écrit d’avance, conclut-il : tout est possible, à condition d’oser définir sa propre trajectoire.

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