Son business, c’est l’organisation du temps. Elle a d’ailleurs développé le calendrier Outlook que nombre d’entre nous utilisent. Aujourd’hui, Alice Default (H.14) est à la tête de Double, une tech qui match les dirigeants débordés avec des assistantes d’un nouveau genre, saupoudrée d’une dose d’IA.

 

Alice est basée à New York, mais c’est sa « double », installée dans le sud de la France, qui a organisé notre interview. Car l’entrepreneure utilise son propre service. Sa société Double s’est positionnée sur les marchés de la productivité américain et français en proposant, à renfort de tests de personnalités, une plateforme web et mobile qui associe dirigeants souhaitant déléguer une partie de leurs taches pro et perso avec des assistantes travaillant un nombre d’heures ajustable, à distance, de manière flexible. La recette d’une nouvelle organisation du travail.

Fille d’expats, Alice a passé une bonne partie de son enfance « au milieu de nulle part », c’est-à-dire en Caroline du Sud. En France, très investie dans la vie associative d’HEC pendant ses études – notamment au sein célèbre BDE –, elle commence sa carrière directement dans le monde de la productivité. Une success story qui débute par un premier stage chez Front, start-up cofondée par Mathilde Collin (H.12) devenue une licorne en 2022. « Je suis d’un naturel assez organisé et je n’aime pas passer des heures au travail pour rien, explique Alice Default. J’ai toujours essayé d’être le plus efficace possible, faire ce que je devais faire et avoir du temps pour moi après. »

 

« Que ferais-tu de ton temps si tu déléguais tes notes de frais ? »

Spécialisée dans la conception de calendriers aux fonctionnalités avancées, elle part à New York en 2016 travailler pour Sunrise Calendar, tout juste racheté par Microsoft. Elle n’en repartira pas. « J’ai adoré la ville. Je n’avais pas forcément envie de rentrer à Paris, puisque je n’y avais pas d’attache. » C’est ainsi qu’elle se retrouve en charge de développer l’application mobile Outlook, qui rythme la vie d’innombrables travailleurs. « À l’époque, on avait 80 millions d’utilisateurs mensuels… »

Très vite lui vient l’idée de Double, une solution qui diffère de la to-do list et des outils de gestion de projet purs. « Je voulais apporter aux gens un équilibre pro-perso un peu plus sympa, dit-elle. Et ce n’est pas en faisant une meilleure application e-mail que ça va changer. Interruption par des messages sur Slack, urgences, administratif à faire… À l’époque, je n’étais pas dirigeante, mais passer du temps sur ce genre de choses m’avaient déjà fatiguée. Que pourrais-tu faire de ton temps si tu déléguais la prise de rendez-vous, les notes de frais, et la réservation de tes voyages ? On a lancé Double en se disant que faciliter la délégation était une façon d’aider les gens de se concentrer sur le plus important. »

Une large enquête auprès d’assistants de direction et de cadres confirme une opportunité de marché, d’autant plus que beaucoup perçoivent l’embauche d’un assistant comme une épreuve contraignante. « C’était compliqué de trouver un bon assistant de direction d’une façon qui était assez flexible. On a vite cette image de la secrétaire old school qui travaille à nos côtés à temps plein. » En lançant Double en 2018 depuis New York, la co-fondatrice propose un assistanat d’un nouveau genre : à distance, avec le choix de quelques heures par mois en fonction des besoins et des échanges sur une plateforme intuitive.

Utilisée en France et aux États-Unis, cette plateforme match des dirigeants avec des assistantes qualifiées, « qui idéalement ont déjà de l’expérience dans l’industrie voulue ». En grande majorité des femmes travaillant sous le statut d’auto-entrepreneur, ces assistantes détaillent, en plus de leur parcours, leur personnalité, leurs attentes et leurs sujets de prédilection. Idem pour les dirigeants de l’autre côté de l’interface. Un système relie entre eux les profils ayant le plus de points communs. « La clé du succès, c’est vraiment la confiance que tu vas avoir avec l’autre personne. Certains de nos clients partagent une grande partie de leur vie avec leur assistante. »

Quant à l’IA, l’outil est utilisé pour « aider sur l’exécution de tâches. » Ainsi, si un client recherche une activité à faire avec ses enfants le week-end, l’IA génère une liste de recommandations pour l’assistante. Et du côté des cadres, « 70 % de nos clients n’ont jamais eu d’assistants avant. L’IA leur permet de voir sur quoi ils ont besoin d’aide, en se basant sur leur profil et leurs demandes précédentes. »

 

 

Deux pays, deux visions

Recourir aux services d’une assistante n’est cependant pas perçu de la même manière d’un côté à l’autre de l’Atlantique. « Aux États-Unis, avoir un assistant est un signal positif. Si je prends un assistant, c’est que je prends ma vie en main et que je m’organise pour être moi-même plus efficace, explique-t-elle. En France, cela peut être vu comme un luxe que s’offrent les CEO. Ils sont souvent plus mal à l’aise avec cette idée et demandent parfois à ce que leur équipe ne le sache pas. »

Avec Double, l’entrepreneure a levé près de 15 millions de dollars en sept ans. Avec aujourd’hui 8 millions de dollars de revenus, la dirigeante, qui figure au palmarès 2020 des Forbes 30 under 30 et qui siège au board de la French Tech New York, compte bien être rentable d’ici à la fin 2025. En deux ans de collaboration, elle a croisé sa « double » une fois, à New York. Et niveau to-do list ? Mère d’une petite fille, elle compte lever le pied. « Ça me manque un peu d’avoir des moments pour faire des choses qui ne sont pas productives. »

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