LA RÉPONSE DEPUIS LES.. ETATS-UNIS

La campagne électorale qui oppose Donald Trump et Joe Biden est beaucoup plus virulente qu’à l’ordinaire, même lors-qu’on la compare à la précédente, en 2016, qui avait déjà atteint des sommets en la matière. La violence de cette campagne est d’abord une violence verbale : on n’a jamais vu un président, candidat à sa succession, se montrer aussi agressif à l’égard de son adversaire politique. Il l’insulte en permanence, le baptise Sleepy Joe (Joe le fatigué) sur Twitter, l’accuse de consommer de la drogue pour se tenir éveillé. Il pouvait y avoir quelques piques acerbes, ci ou là, à l’époque de George W. Bush ou plus tard contre Barack Obama. Mais, à ce niveau-là, c’est du jamais-vu. Cela devient presque effrayant. D’autant que cette violence se retrouve aussi dans la rue. À San Francisco ou Palo Alto, les manifestations en soutien au mouvement Black Lives Matter sont restées bon enfant, mais dans d’autres villes, comme Portland ou Minneapolis, elles ont dégénéré en échauffourées avec la police. La campagne électorale se déroule dans un contexte hyper tendu, et semble jeter de l’huile sur le feu.

Alors qu’il y avait de nombreux check and balances, des pouvoirs et des contre-pouvoirs, dans le système américain (en tout cas, c’était l’impression qu’on avait…), tout se passe désormais comme si Donald Trump jouissait d’une forme d’impunité. On le voit faire ou dire des choses auxquelles on ne se serait jamais attendu de la part d’un président américain. Prenez les sottises qu’il a dites sur l’eau de Javel : il a suggéré de s’en injecter pour lutter contre la Covid-19. C’est hallucinant. Après quatre années passées sous l’administration Trump, tout cela n’a sans doute rien de si surprenant. Mais ça reste surréaliste pour les Californiens, surtout ceux de San Francisco et de la Silicon Valley, qui sont restés très attachés au politiquement correct. Les gens, ici, ne comprennent pas que Donald Trump puisse proférer autant d’absurdités et être soutenu par de nombreux électeurs. Ce fossé, cette profonde incompréhension, vient de la forte polarisation de la société américaine. Il y a un appauvrissement d’une partie de la classe moyenne, dont l’avenir paraît de plus en plus incertain et qui voit en Donald Trump sa dernière chance.

Quand on vit dans la Silicon Valley, on est dans une bulle. Sur le plan économique, c’est particulièrement frappant en ce moment, car nous ne sommes pas vraiment touchés par la crise. Les boîtes de la tech s’en sortent très bien. Et au quotidien, il n’y a pas vraiment de prises de bec entre amis ou collègues puisque, à 80 %, les gens sont démocrates. C’est un îlot par rapport au reste des États-Unis. Ici, personne n’est fier de ce président, qui a sapé la crédibilité du pays à l’international. Mais dès qu’on descend l’autoroute 101 en direction de Los Angeles, on commence à apercevoir des panneaux « Make America Great Again ». Une frange non négligeable de la Californie reste républicaine. Dans la Silicon Valley, la conséquence la plus visible de la politique de Donald Trump est la restriction des visas. Des entrepreneurs, parfois ultra-diplômés, qui comptaient s’installer ici n’ont pas pu entrer sur le territoire… Mais le système américain a un avantage : Donald Trump peut dire ce qu’il veut, ses pouvoirs restent limités, grâce à la Constitution et au système fédéral. En Californie, le gouverneur Gavin Newsom a mis en place des mesures de confinement alors que Donald Trump prétendait que c’était inutile. Les États et les entreprises jouissent malgré tout d’une certaine autonomie. Il y a un contre-pouvoir local.


REZA MALEKZADEH (H.95) s’est installé dans la Silicon Valley à la sortie de l’École, il y a vingt-cinq ans, et travaille aujourd’hui dans un fonds d’investissement spécialisé dans les start-up. Depuis sa « bulle » californienne, à l’abri de toutes les turbulences du moment, il observe avec effarement et un brin d’inquiétude le débat politique, d’une brutalité sans égale dans l’histoire américaine.

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