Abstract

Face au changement climatique, les énergies renouvelables constituent une alternative « propre » aux combustibles fossiles. L’instauration de tarifs de rachat garantis (TRG), financés par les États, a permis de rendre ces nouvelles technologies attractives pour les investisseurs et les clients. Mais pour ne pas gaspiller l’argent public, il est important de fixer ces tarifs à un juste niveau. Trois chercheurs d’HEC Paris et de l’université du Texas, à Austin, montrent l’importance qu’il y a à prendre en compte et anticiper le comportement des différents acteurs du marché pour déterminer le niveau correct des TRG.
Sam Aflaki, Andrea Masini et Shadi Goodarzi, Optimal Feed-In Tariff Policies : The Impact of Market Structure and Technology Characteristics, Production and Operations Management, Vol. 28, No. 5, May 2019.

3 questions à Andrea Masini, directeur délégué du MBA HEC Paris

Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser à l’efficacité des tarifs de rachat garantis ?

Plusieurs pays européens ont fait des TRG leur outil principal pour accélérer le développement des énergies solaires et éoliennes. Les détracteurs de ce principe estiment qu’il faut laisser faire le marché plutôt que soutenir ces filières avec de l’argent public. C’est presque un débat idéologique. En l’occurrence, les tarifs de rachat sont un outil de régulation qui n’est pas toujours efficace. En Espagne, par exemple, une offre de TRG très avantageuse a été mise en place pour favoriser le développement de l’électricité photovoltaïque. Cette opportunité a attiré des investisseurs institutionnels qui ont financé des parcs solaires pour les revendre par tranches et bénéficier de subventions. Le coût pour l’État est devenu trop important, et le programme a dû être abandonné du jour au lendemain, ce qui a causé une crise de l’industrie photovoltaïque espagnole. Malgré un tarif de rachat élevé, l’initiative s’est donc soldée par un échec.

Vous avez utilisé la théorie des jeux pour modéliser les relations entre l’État, le réseau et les industriels…

La théorie des jeux permet de simuler des choix sachant que les décisions de chaque acteur influencent les autres. S’il estime que les industriels vont générer des économies d’échelle, l’État va préférer opter pour un tarif de rachat dégressif. De la même façon, un fabricant de centrales solaires qui pense que les tarifs garantis vont progressivement diminuer adaptera ses prix en conséquence. Dans certains pays européens, les pouvoirs publics se sont laissés surprendre par le succès de cette mesure incitative, qui a mobilisé des budgets supérieurs aux prévisions.

Est-ce qu’un pays a su, mieux que les autres, anticiper le comportement des industriels pour fixer les tarifs de rachat ?

En Allemagne, le gouvernement a instauré un système de tarifs de rachat garantis qui diminuaient de 5 %, puis de 6,5 % par an, anticipant un impact du progrès technologique sur les coûts de production. L’administration bénéficiait d’une bonne connaissance du secteur et d’une vision à long terme qui a permis d’assurer une aide publique soutenable sur le long terme. Ce système, en favorisant une transition graduelle vers les énergies renouvelables, a été soutenu par la population, même s’il induisait une hausse de la facture d’électricité.

énergies renouvelables - Andrea


Andrea Masini
Directeur délégué du MBA HEC depuis 2016, il axe ses recherches sur l’impact opérationnel et organisationnel des innovations technologiques.

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