De Medicare à la Sécurité sociale, de nombreux États facilitent l’accès aux soins et aux médicaments, tandis que les avancées de la médecine font reculer la maladie et la mortalité. Pourtant, un simple virus a suffi, il y a peu, à paralyser le monde et son économie. Tout est-il à refaire ? Quoi de neuf, docteur ? Onze HEC novateurs en biotechnologie, maladie rare, diagnostic.

Dépistage à fleur de peau

Anaïs Barut (H.16), cofondatrice et CEO de Damae Medical, classée parmi les 10 meilleurs inventeurs français de moins de 30 ans par le MIT en 2015, et lauréate du Forbes 30 Under 30

«Notre innovation facilite le dépistage des cancers de la peau grâce à un microscope que les dermatologues utilisent sur l’épiderme de leur patient. Cet appareil a été mis au point en 2013 par le Pr Arnaud Dubois au sein du laboratoire de recherche Charles-Fabry de l’Institut d’optique de Palaiseau. Nous avons décidé de mettre cette invention au service du dépistage du cancer le plus fréquent (un cancer diagnostiqué sur trois est un cancer de la peau, mélanomes et carcinomes confondus), qui est aussi celui dont le nombre de cas a le plus augmenté ces dix dernières années. Ce dispositif révolutionnaire permet au dermatologue d’analyser 100 % des lésions suspectes de manière non invasive. En un seul rendez-vous, il peut imager la lésion, poser un diagnostic et mettre en place le traitement. Nous avons créé la société Damae Medical en 2014 et commercialisé notre produit en 2020, grâce à un important soutien fi nancier de Bpifrance et de la Commission européenne et à des levées de fonds menées en 2017 et 2022. Avec notre équipe d’une trentaine de personnes, nous avons installé 40 dispositifs dans des hôpitaux, des cliniques et des cabinets en Europe, aux États-Unis et au Japon.»

Soigner les maladies rares

Franck Mouthon (HEC Challenge Plus), fondateur et CEO de Theranexus et président de l’association France Biotech

«Avec mon associé Mathieu Charvériat, nous avons travaillé au Commissariat à l’énergie atomique (CEA), où nous dirigions une équipe de recherche sur les maladies neurologiques. Notre société Theranexus est née d’un projet d’intrapreneuriat essaimé par le CEA. Elle conçoit et développe des médicaments pour traiter des maladies neurologiques rares. En partenariat avec le Collège de France et le CEA, nous avons conçu Neurolead, une plateforme technologique qui permet d’identifier et de caractériser les candidats médicaments en ciblant les interactions entre les neurones et les cellules gliales. Nous avons signé un accord de licence exclusive et mondiale avec la fondation américaine Beyond Batten Disease (BBDF) pour le développement clinique d’un candidat médicament Batten-1 jusqu’à son enregistrement et son exploitation commerciale dans la maladie de Batten, une maladie génétique et dégénérative rare. Depuis une dizaine d’années, on observe une évolution dans le secteur des maladies rares, dont 90 % sont orphelines de médicament. Grâce aux découvertes sur les mécanismes d’action de ces maladies et à une volonté des autorités réglementaires d’inciter au développement de remèdes. La France a bénéficié de plusieurs plans de l’État qui lui ont permis de structurer sa filière et de jouer un rôle fort au niveau européen. Il y a un foisonnement d’innovations dans le secteur de la HealthTech en France.»

Le travail, c’est la santé

Jean Thomas (H.22), cofondateur et CEO de Viabeez

«Notre start-up, qui a été accueillie par l’Incubateur HEC à Station F, vise à lutter contre le renoncement aux soins en faisant de l’entreprise un territoire de santé. Début 2022, nous avons lancé une application qui permet aux employeurs de faire venir des praticiens sur leurs sites. Pour l’instant, seuls les professionnels non-médecins issus d’une dizaine de spécialités de santé (optique, audition, ostéopathie, sophrologie, nutrition, soins infirmiers, etc.) sont concernés. Mais nous visons la participation des médecins dans un second temps. L’entreprise souscrit un abonnement de 1 à 2 € par mois et par salarié pour avoir accès à notre plateforme d’organisation des journées santé. Et nous percevons une commission sur les rendez-vous. Des entreprises comme Lactalis ou Thalès nous font déjà confiance.»

Améliorer le suivi des patients

Olivier Zambelli (M.03), directeur de la business unit sclérose en plaques chez Biogen

«L’innovation digitale chez Biogen s’est matérialisée dès 2018 par la mise à disposition de Cleo, une application d’assistance aux patients atteints de sclérose en plaques. Puis, en 2019, nous avons lancé Neurodiem, une plateforme qui donne aux professionnels un accès à l’ensemble des actualités de la recherche en neurologie. Depuis 2020, Biogen Digital Health (BDH), notre entité spécialisée dans l’innovation digitale basée à Paris, a élargi son champ d’action dans la R&D et les soins cliniques via des partenariats avec des start-up telles que TheraPanacea, qui utilise l’IA pour classifier les lésions causées par la sclérose en plaques. BDH a aussi développé une plateforme digitale, Konectom, permettant aux patients d’évaluer eux-mêmes l’évolution de leur pathologie. Ces deux projets doivent permettre d’optimiser et de personnaliser leur traitement. Parmi nos autres projets, on peut citer Capsule, un casque de réalité virtuelle qui améliorera l’expérience du patient au moment de l’administration de notre traitement de l’amyotrophie spinale. Nous travaillons aussi avec la start-up américaine MedRythms, qui développe des thérapies digitales pour les troubles de la motricité grâce à une technologie appelée stimulation auditive rythmique. Nous sommes dans une véritable phase d’ébullition !»

Un diagnostic précoce

Baptiste Billoir (H.15), cofondateur et CFO d’AgenT

«Mon associé, le Dr Jérôme Braudeau, a consacré sept ans à la recherche d’un modèle animal basé sur le transfert de gènes, avec pour objectif d’étudier la phase asymptomatique de la maladie d’Alzheimer. Cette maladie dégénérative est détectée en phase démentielle, soit trop tard pour pouvoir la traiter. Notre but est de réussir à vaincre Alzheimer en ciblant la phase silencieuse via un diagnostic associé à un pronostic. Ensuite, nous voulons développer nos propres traitements et devenir les leaders du marché ces dix prochaines années. Nous nous sommes lancés dans le projet en 2016 et avons créé AgenT en 2018. Nous avons obtenu une subvention de France Alzheimer et des financements de business angels, dont le Dr Bernard Majoie. En tout, nous avons reçu 3,3 millions d’euros de financements. Notre ambition est qu’à partir de 50 ans, une simple prise de sang tous les cinq ans permette de détecter la maladie. Et qu’un traitement empêche les symptômes de se développer.»

Favoriser le développement de biothérapies

Nicolas Rousseau (HEC Challenge Plus 17), CCO d’Everzom

«Notre société, créée en 2019, intervient dans le domaine de biothérapies innovantes. Les cellules souches peuvent permettre de traiter des pathologies dans lesquelles on ne parvient pas encore à régénérer les tissus, à l’image de l’arthrose, de l’ulcère diabétique ou de lésions cardiaques post-infarctus. Notre brevet porte sur la production d’exosomes, qui sont, d’une certaine manière, le “jus” des cellules souches. Nous industrialisons cette technologie pour fournir des exosomes aux chercheurs de l’industrie pharmaceutique (laboratoires pharmaceutiques ou académiques, biotech…). Notre bioprocédé permet de les produire à grande échelle en multipliant les rendements par 100 grâce à un stimulus mécanique plutôt que chimique. En industrialisant ce procédé, il sera possible de produire des médicaments innovants en réduisant les coûts. Le plan France 2030 comprend une section consacrée à la bioproduction. C’est un axe stratégique pour l’État, dans un contexte de réindustrialisation et de sortie de la dépendance industrielle à d’autres pays.»

Un service d’assistance global

Omar Filali (E.19), directeur associé de C3Medical

«Notre entreprise, créée en 2011, met à disposition des compagnies d’assurances, mutuelles, entreprises et institutions une gamme de services d’assurance médicale et de conseil international. Cela va des parcours de soins à l’étranger jusqu’au rapatriement des corps, en passant par les bilans de santé, l’assistance médico-sociale, l’intervention d’équipes médicales mobiles, l’accès à un second avis médical, les soins et l’hospitalisation à domicile ou l’évacuation sanitaire. Notre conciergerie médicale permet aux bénéficiaires d’appréhender les situations avec moins de stress tout en optimisant leurs coûts. Chaque dossier est suivi par une équipe multilingue.»

De l’imagerie à l’analyse

Pierre Saudin (H.21), cofondateur et CEO de Paire.tech

«Notre projet est né à la suite des travaux de recherche de l’un de mes deux associés, Paul Blanc-Durand, chef de clinique et docteur en médecine nucléaire. Dans le cadre de sa thèse sur le machine learning à l’Inria (l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique), il a développé des algorithmes permettant de détecter et de segmenter des tumeurs sur les examens de TEP-scanner (branche nucléaire de l’imagerie médicale, moins utilisée que la radiologie, mais fournissant des informations plus complètes). Notre solution permet de décharger les médecins grâce à une intelligence artificielle capable d’informer sur le volume et l’activité métabolique d’une tumeur. Nous avons obtenu le marquage CE et commencé notre commercialisation en France. Paire est utilisée dans six hôpitaux et cabinets privés.»

Un programme antistress

Julien Lacaze (H.09), COO de Numa Health

«Après plusieurs expériences dans le monde de la santé, notamment chez Urgo, un constat m’a interpellé: on dépense beaucoup plus de temps et d’argent à guérir qu’à prévenir. C’est au réseau HEC que je dois ma super rencontre avec Thomas Schmit, un entrepreneur formé à la médecine intégrative qui a cofondé Numa Health en 2019 aux côtés du Dr Kamyar Hedayat (États-Unis). C’est une biotech française issue de quarante années d’expertise clinique, qui développe des solutions personnalisées capables de mesurer, comprendre et agir de façon naturelle sur la santé. Avec une solution phare: la capacité de modéliser l’adaptation au stress chez chacun dans le but de prévenir les maladies. Comment ça marche ? Les algorithmes de la plateforme Numa Health déchirent les résultats d’une prise de sang ainsi qu’une série de questions, qui identifient les domaines précis sur lesquels l’utilisateur peut agir. Vient ensuite un programme de recommandations personnalisées qui propose des aménagements concrets portant sur le mode de vie, l’exercice ou encore l’alimentation. Notre accompagnement contribue ainsi à créer une politique QVT ambitieuse pour engager les salariés, réduire l’absentéisme et fidéliser les talents des organisations. J’accompagne Numa Health depuis deux ans en tant que COO de transition aux côtés des deux fondateurs, et nous finalisons actuellement une levée de fonds de 2,5 millions d’euros en equity et 1 million d’euros non dilutif. »

Le contrôle par la pensée

Paul Barbaste (M.21), CEO et cofondateur d’Inclusive Brains

«Avec mon associé, le neuroscientifique Olivier Ouiller, nous avons imaginé une solution pour contrôler un ordinateur par la pensée grâce à des algorithmes d’intelligence artificielle et à un casque équipé d’électrodes. J’ai eu cette idée lorsque j’étais étudiant à Sciences Po, en découvrant un projet permettant à une personne tétraplégique de contrôler une Formule 1 par la pensée. C’est pour cela que je me suis inscrit au Master HEC Entrepreneurs. Nous avons lancé la start-up en 2022. Notre but premier est de permettre à des personnes tétraplégiques d’interagir avec leur environnement par la pensée et de se réinsérer dans la société grâce à une télécommande. En parallèle, nous nous penchons sur une solution destinée à des usages grand public.»

Accompagner l’innovation médicale

Florence Allouche (E.12), fondatrice du cabinet de conseil Myrpharm Advisors, ex-jurée du programme HEC Challenge Plus, lauréate des Mercure Entrepreneurs HEC en 2018 et du Prix Trajectoires d’HEC au Féminin en 2017

«Après avoir fondé le premier office de transfert de technologie au sein de l’APHP (lequel a lancé 75 start-up et déposé plus de 1000 brevets) et cofondé l’entreprise SparingVision, j’ai créé ma société de conseil pour aider les start-up innovantes dans le domaine de la santé. Au sein des différents programmes de l’EIT Health et du Venture Center of Excellence, nous accompagnons les chefs d’entreprise dans le développement de leur stratégie et de leur vision. Nous aidons certains projets dans leurs levées de fonds, d’autres dans l’organisation ou la création d’une structure à partir de brevets. Pharmacienne de formation et prof en faculté de pharmacie, j’insuffle le virus de l’entrepreneuriat à mes étudiants et les oriente souvent vers une double formation en école de commerce car il faut avoir des connaissances en finance, stratégie corporate et marketing.»

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