Abstract

Le comportement moral d’une entreprise joue sur sa valorisation boursière. Telle est la conclusion des travaux publiés par quatre chercheurs, dont Augustin Landier, professeur à HEC Paris, qui ont mené une expérience sur internet auprès de 750 participants. En moyenne, ceux-ci sont prêts à payer un supplément de 0,7 dollar par action pour une entreprise donnant un dollar par action à des organisations philanthropiques. À l’inverse, une entreprise qui augmente son dividende en « privant » des associations caritatives d’un dollar par action, voit sa valorisation diminuer de 0,9 dollar par action. L’étude tend à prouver que les investisseurs prennent leurs décisions en fonction de leurs valeurs, et pas seulement en fonction de leur espérance de gain.
Jean-Francois Bonnefon, Augustin Landier, Parinitha Sastry, David Thesmar, Do Investors Care About Corporate Externalities ? Experimental Evidence, HEC Paris Research Paper No. FIN-2019-1350, September 23, 2019.

3 questions à Augustin Landier, professeur de finance à HEC

Comment avez-vous procédé pour obtenir ces résultats ?

Il s’agit d’une expérience menée sur Mechanical Turk, une plateforme de micro-travail gérée par Amazon sur laquelle on peut recruter des travailleurs pour des tâches réalisables sur ordinateur. Les 755 participants, rémunérés, ont été confrontés à des situations où ils devaient arbitrer entre leurs profits financiers et des considérations morales. Nous avons conçu ce jeu pour qu’il reflète les dilemmes éthiques d’un investisseur. Il s’agissait de voir si le participant était prêt à réduire ses gains pour que les entreprises dans lesquelles il investit se comportent de manière plus exemplaire.

Votre rapport se base sur des cas fictifs. Peut-on appliquer les mêmes conclusions à la « vraie vie », et en particulier aux marchés financiers ?

C’est une bonne question, celle de la « validité externe » de l’expérience. Nos participants sont confrontés à un véritable enjeu financier. Ce n’est pas fictif pour eux, car ils s’inscrivent sur la plateforme pour gagner de l’argent. Ils sont rémunérés 2 dollars par expérience, à quoi s’ajoute un supplément variable d’environ 2 dollars. Il existe une littérature démontrant que les participants à ce type d’expérience fournissent un véritable effort pour répondre, même quand les incitations financières sont faibles. Je vous renvoie par exemple à l’étude What motivates effort ? de Stefano DellaVigna et Devin Pope, publiée en 2018.Nous avons également reproduit l’expérience sur nos étudiants, avec des résultats similaires. Mais pour l’instant, ces tests ont été menés uniquement auprès d’investisseurs amateurs. Il serait intéressant de retenter l’expérience avec un échantillon de professionnels.

Quel est d’après vous, l’enseignement principal de cette étude ?

Nous avons testé deux types de contextes. Dans le premier scénario, le fait qu’un participant investisse dans une société « généreuse » a effectivement un impact sur les montants reçus par l’ONG. Dans le second, cela n’en a pas : le participant sait qu’un autre investisseur le fera à sa place. Or les résultats changent peu en fonction du contexte. Cela signifie que l’investisseur répond davantage à des principes déontologiques qu’à une logique d’impact. C’est un peu le même cas de figure qu’une personne se refusant à acheter des actions Total. Elle sait qu’un investisseur agnostique se substituera à elle, donc que son choix d’exclusion n’a « pas d’impact », mais elle se sent alignée avec ses valeurs.

Augustin Landier
Professeur de finance à HEC Paris et docteur en économie du MIT, il a enseigné à Toulouse School of Economics, à New York University et à l’Université de Chicago. Ses recherches portent sur la finance comportementale et la gestion d’actifs. Il a reçu le prix Turgot en 2011 et le prix du meilleur jeune économiste en 2014

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