Les mesures de confinement et d’interdiction de regroupement liés à l’épidémie de coronavirus ont conduit à annuler de nombreuses rencontres et événements organisés par les clubs. Le Club Média & Entertainment a choisi de publier le récit de deux conférences qui se sont tenues avant la crise sanitaire, la première avec Pierre-Antoine Capton, président du groupe de production audiovisuelle Mediawan, et la seconde en compagnie de Marc Feuillée, directeur général du groupe Le Figaro. Flash-back.

Comment réussir dans la production audiovisuelle en France ?

C’est dans le cadre suranné des salons du Procope, rue de l’ancienne comédie dans le 6e arrondissement de Paris, que le 19 septembre dernier, à 8 h 30, le Club Medias & Entertainment recevait autour d’un petit-déjeuner débat, un emblème de la modernité : Pierre-Antoine Capton, président de Mediawan, qui vient de se hisser au rang de premier groupe de production de fictions français.Quasi autodidacte, Pierre-Antoine Capton quitte sa Normandie natale après son baccalauréat avec un seul contact en poche (celui de Dominique Besnehard), pour s’inscrire au Cours Florent, afin de devenir comédien. Après avoir même fait un temps le coursier chez AB Productions, il est remarqué par Marc- Olivier Fogiel, qui lui donne sa chance sur les plateaux TV chez Canal+. Mais c’est en 2001 alors qu’il a à peine 25 ans, qu’il décide de monter sa propre société de production, Troisième Œil Productions. Celle-ci s’impose en une quinzaine d’années sur ce marché compétitif, grâce à des émissions de qualité, comme « Les Carnets de Julie », « Des Racines et des Ailes », et bien évidemment le célèbre talk-show culturel « C à vous » (qu’il lance alors qu’il n’a pas 35 ans, et qui va connaître un grand succès, devenant leader en access prime time chaque soir).En 2016, de sa rencontre avec Xavier Niel et Matthieu Pigasse, naît Mediawan (société dans laquelle chacun des trois investit 2 millions d’euros pour 20 % de la société) et qui lève 250 millions d’euros lors de son introduction en Bourse, avec comme objectif de constituer un groupe de production majeur via des acquisitions en Europe dans les médias et le divertissement.

En 2017, il acquiert notamment le géant AB Productions, puis ne cesse de se développer. Aujourd’hui, ce groupe de près de 1 000 personnes est présent dans trois métiers : la diffusion (17 chaînes télévisées), la production de contenus (fiction TV et cinéma) et la distribution. Pierre-Antoine Capton considère qu’ils doivent doubler encore de taille, pour être considérés comme des concurrents « sérieux » outre-Atlantique, car « à moins de 500 millions d’euros, les KPI ne sont pas jugés suffisants par les Américains », estime-t-il.D’ici deux ans, Pierre-Antoine Capton estime que le modèle de la production mondiale aura profondément évolué (on passe à vive allure « de l’ancien monde au nouveau monde »…). L’avènement des plateformes notamment va changer la donne : dans le sillage de Netflix (avec lequel Mediawan collabore sur de nombreux projets), arrivent Disney+, Apple TV, etc. Et les gros networks Warner ou NBC Universal vont également lancer leurs plateformes, sans parler des marques qui deviennent des médias demandeurs de contenus (LVMH, Redbull…). Il y aura beaucoup plus de guichets pour les producteurs, mais il est impératif de soutenir et conserver une production indépendante, afin de ne pas « lisser » les contenus, considère Pierre-Antoine Capton, qui explique que Mediawan laisse une grande indépendance à ses producteurs, afin que ceux-ci restent des entrepreneurs.

Le groupe n’hésite d’ailleurs pas à prendre des risques, comme récemment l’investissement de 300 000 euros dans le documentaire « Coulisses » sur la campagne d’Emmanuel Macron (tourné alors qu’on ne donnait alors que peu de chances à ce candidat sorti de l’ombre…).Bien sûr, Mediawan continue de travailler pour les chaînes de télévision, qui restent ses premiers clients – restant, par exemple, fidèle à la production d’émissions comme « Le Grand Échiquier » par amitié pour Jacques Chancel, et s’attachant aussi les conseils de producteurs historiques comme Pierre Lescure ou Rodolphe Belmer. Mais le groupe se tourne aussi vers les plateformes que privilégient les nouveaux réalisateurs (les chaînes ayant souvent tendance à travailler toujours avec les mêmes collaborateurs). La stratégie de Mediawan consiste aujourd’hui à se concentrer sur la production de séries françaises à vocation internationale (comme Les Bracelets rouges et 10 % qui ont connu un grand succès, ou plus récemment Les Sauvages sur Canal+ et Pour Sarah sur TF1) pour ce qui concerne la fiction. Ce qui ne remet pas en question son investissement dans l’animation et le documentaire (avec notamment le rachat de CC&C Productions, de notre camarade Louis Vaudeville (H.74), précédent président de notre Club et producteur des programmes historiques à succès international tels qu’Apocalypse…). En revanche, Pierre-Antoine Capton souligne que Mediawan ne peut plus prendre le risque de la distribution (qui a coûté son indépendance à Europacorp avec l’échec aux États-Unis de Valerian). En conclusion, le groupe Mediawan, qui vient de déménager de Saint-Denis dans un immeuble cossu de 10 000 m2 avenue de Breteuil (qui est l’ancien siège social de Michelin) veut désormais se faire la vitrine et le champion de l’export des programmes français et même, au sens large, de sa culture. À ce titre, le théâtre de Florian Zeller, produit par le groupe, a rencontré un vif succès à l’étranger.

Jérôme Wagner (H.85), président du Club Medias & Entertainment

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