Quelles traces le Covid-19 laissera-t-il dans l’agro-alimentaire ?

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Le Club HEC Agro-alimentaire a réuni 80 décideurs du secteur lors d’un webinaire, séquencé par des analyses chiffrées d’IRI et d’autres instituts, et des sondages réalisés en direct auprès des participants.

Au fil des analyses et au vu des réponses aux sondages effectués en séance, plusieurs tendances et enjeux clés ont pu être identifiés. – Une majorité de participants (61 %) estime que la crise du Covid-19 va durablement modifier les habitudes alimentaires des Français.– On constate une croissance forte pendant le premier confinement et le post-confinement du « fait maison » ( jusqu’à + 33 % pour les « produits de base » pendant le premier confinement). Une tendance qui, selon 71 % des participants devrait perdurer (42 % la voient perdurer pour les consommateurs qui savent cuisiner et qui auparavant n’avaient juste pas le temps).

– 84 % des participants s’attendent à une consommation des fruits et légumes en forte hausse et 69 % anticipent une rapide croissance du bio (de 10 à 20 % par an sur les cinq années à venir – certes en deçà de son bond de 25 % en GSA pendant le 1er confinement) : le « manger sain » se développe.

– Les participants anticipent aussi un affaiblissement continu du format hypermarchés, soit de l’ensemble des chaînes (pour 41 % d’entre eux), soit pour toutes hormis Leclerc (18 % des avis), en ligne avec les tendances pré-Covid et Covid, ainsi qu’un renforcement continu des solutions pratiques de courses que sont le Drive et les magasins de proximité.

– 55 % des participants pensent que la déflation, dont le retour a été constaté pendant le Covid, va perdurer. Cette déflation sur les prix alimentaires PGC-FLS serait portée par la croissance des MDD (dont 68 % des participants estiment qu’elles devraient dépasser les 36 % de part de marché) et une intensification promotionnelle.

– Une majorité de participants pensent que les habitudes de consommation deviendront plus écologiques, avec une progression du vrac (même si 67 % pensent que cette tendance concernera surtout les consommateurs engagés et les plus aisés) et une forte diminution de l’usage des emballages plastiques.

– De même, la préférence des consommateurs pour le local pourrait devenir plus marquée : 84 % des participants estiment qu’elle devrait progresser (pour 48 % seulement chez les consommateurs engagés et relativement aisés, et pour 36 % dans l’ensemble de la population).

– Enfin 71 % des participants soulignent le risque d’affaiblissement des marques de PME et ETI. Une position dans la continuité des tendances post-Egalim de 2019, mais à rebours de leurs relatives bonnes performances pendant le Covid (relatives, car ces sociétés ont en parallèle souffert de fortes baisses de CA en RHF et de leur « surexposition », en comparaison avec les grands groupes, à ce canal).« Local » et déflation, mieux manger et promotions, drive et proximité… ce webinaire n’a-t-il pas, à sa manière, souligné la fragmentation de la demande alimentaire, son « archipélisation », face à laquelle de nombreux acteurs nés avec la consommation de masse, quelle que soit leur taille, doivent se transformer ?

Frédéric Milgrom (H.92), Hubert Lange (H.90), Karine Sanouillet (H.89) et Patrice Siiriainen (M.04)