C’est au détour d’une conversation l’été dernier avec Pierre Blanc-Sahnoun – auteur du best seller L’Art de Coacher qui en est à sa 4ème édition et pionnier de l’Approche Narrative en France – que j’apprends sa retraite et la parution de son ultime tribune mensuelle « Chronique d’un Vieux Guerrier » dans le numéro de juillet-août 2021 de Management Magazine.

Ces articles ont été réunis et développés dans son dernier ouvrage « Manager, tout un art. 50 conseils d’un vieux guerrier pour trouver ta voie ».

Il a, avec l’aval de Lomig Guillo – rédacteur en chef de Management Magazine que nous remercions – autorisé HEC Alumni à reproduire ce point d’exclamation qui résonne pour beaucoup d’entre nous. Merci Pierre !


ET EN AVANT LA MUSIQUE…

« Quand j’étais en sixième, mon prof de musique demanda à rencontrer mes parents. “Votre fils a un vrai don pour la musique, leur dit-il, il faut lui faire jouer d’un instrument, piano ou encore mieux, avec son oreille absolue : violon ou alto”. Mes parents sortirent de ce rendez-vous catastrophés. Leurs pires craintes semblaient être confirmées par M. Robert, le prof, qui ne comprenait pas pourquoi l’annonce de mon tropisme mélodique semblait aussi peu les réjouir.
“Jamais il ne faudra lui faire donner des cours ni même le laisser s’approcher d’un piano, se promirent-t-ils ce soir-là en sortant du collège David Johnston, tu te rends compte, il risque de vouloir devenir musicien, autant dire un crève la faim qui n’aura jamais de vraie situation !”


A onze ans, j’ai réussi à mettre la main sur une guitare et je ne l’ai plus jamais lâchée. A force de supplier, j’avais obtenu quelques petits cours avec le fils de nos voisins, un manouche qui jouait magnifiquement et m’enseignait selon sa tradition, sans portée, solfège ni métronome. J’ai passé des heures à sécher les cours pour écrire des chansons au Jardin Public, juste en face du lycée Montesquieu dont je me suis fait virer cette année-là pour une chanson satirique sur le proviseur. Arrivé au Bac, mon projet professionnel était d’être rock star. Mes parents, toujours eux : “fais une prépa, puis une Grande École, et ensuite on te fichera la paix”. N’ayant jamais eu le courage du conflit, c’est comme ça que je me suis retrouvé à l’École Supérieure du Capitalisme, à sécher les cours de finance et de marketing pour squatter la salle de musique qui était située sous la scène du Grand Amphi. J’ai joué à l’époque dans deux groupes très peu inoubliables, “Amanite Phalloïde” et “Collectif Marsupial”.


Diplômé en Capitalisme, sans trop avoir compris comment, je me suis lancé dans la vie professionnelle. Je détestais l’idée de passer ma vie enfermé dans une entreprise, à la merci d’actionnaires avides et cyniques. J’ai épousé une fille de ma promo, une pianiste qui m’a fait découvrir la musique baroque, coup de foudre musical absolu qui n’a jamais cessé. C’est cette même année que j’ai démarré ma première psychanalyse, pensant que j’étais très probablement fou.


Ma première chance a été de tomber par hasard sur un métier qui démarrait à l’époque : le coaching, un métier où l’on ne s’ennuie jamais, où l’on répare les victimes de la finance de marché et où il n’y a pas de petits chefs. La deuxième, quinze ans après, c’est d’être parti en Australie étudier l’approche narrative, une forme de thérapie que l’on peut exercer avec une guitare. C’était il y a 40 ans.

Dans les entreprises, dans la politique, dans les services publics, on rencontre beaucoup de managers qui ont du mal à prendre leur retraite, surtout des hommes. J’ai accompagné beaucoup de ces travaillomanes dans l’analyse de leurs peurs ; peur de ne plus servir à rien, de ne pas savoir quoi faire, de se retrouver à la maison sans projet, toutes ces petites peurs étant des affluents du grand fleuve de la peur de mourir. Mais moi, c’est différent. La musique m’attend depuis 50 ans, depuis ce fameux soir où mes parents ont rencontré M. Robert et décidé du cours que ne prendrait pas ma vie. Elle a été patiente, amie fidèle et loyale toujours à mes côtés dans les moments glorieux comme dans les vallées de cendres, sans jamais rien demander en retour. Alors je ne vais pas la faire attendre plus longtemps, je vais la rejoindre. Un dernier conseil pour la route ? Ne fais pas comme moi, n’attends pas d’être vieux pour répondre à l’appel de ce que tu aimes vraiment. Au revoir, et merci pour tout. Ça a été un honneur et un bonheur de partager avec toi pendant toutes ces années mes petites histoires de guérisseur blessé. »

Pierre-Blanc Sahnoun, publié dans Management Magazine en juillet-aout 2021

PS : j’aurais bien mis un lien vers son Linkedin, fourni pendant tant d’années, mais il n’est plus, pour donner naissance à un autre chemin que nous ne manquerons pas, je le souhaite profondément, de recroiser sur HEC Stories !

NOTRE INVITE : PIERRE BLANC-SAHNOUN

Pierre Blanc-Sahnoun a fait partie de la première génération de coachs français, dans les années 1980-90.

Fondateur ou co-dirigeant de plusieurs cabinets et « tribus » (Garon-Bonvalot, la Compagnie des Coachs, COOP RH, … ), enseignant et superviseur (Paris 8, Bordeaux 4, la Fabrique Narrative), il a également contribué à la création de l’Association Européenne de Coaching.

Il se consacre aujourd’hui à la mise au point d’ingénieries novatrices permettant aux organisations de réconcilier intentions stratégiques globales et cultures de travail locales. Après avoir été formé aux pratiques narratives en France et en Australie, il participe depuis dix ans à leur diffusion en langue française et à leur transposition dans le monde du coaching en organisation. Auteur de nombreux ouvrages dont « L’art de coacher » (Interéditions) et chroniqueur au mensuel « Management », il vit et travaille à Bordeaux.

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