Sensibilisation

Prendre conscience de la pollution plastique

Paul-François Flori (HEC Executive MBA 2016), CEO de Tarra et Board Committee Director de l’association No Plastic In My Sea

« Notre société, Tarra, fournit des solutions de traitement des biodéchets à la source. Notre association, No Plastic In My Sea, œuvre pour la réduction de la production, de l’emploi et de la consommation de plastique, notamment à travers des opérations de sensibilisation des citoyens. Tous les ans, nous organisons le No Plastic Challenge. Des centaines d’entreprises et de collectivités y participent en invitant leurs employés à transformer leurs modes de consommation pour diminuer leur utilisation de plastique. Lorsqu’il est à usage unique, ce dernier représente 50 % des polluants classiques en mer. Il est donc important de préférer les tasses réutilisables et les thermos aux gobelets jetables (qui sont d’ailleurs interdits aujourd’hui), de privilégier le savon solide aux gels douche, d’éviter d’acheter des bouteilles en plastique, etc. Nous avons rejoint le 1 % pour la planète et créé des synergies avec d’autres associations comme La Surfrider Foundation, Agir pour l’environnement, Réseau vrac, Cantine sans plastique ou 0 Waste France. »

Net Zero Plastic

Proposer un système de compensation grâce à des crédits plastiques

Tristan Lecomte (H.96), fondateur de PUR Project et Second Life Plastics

« La nouvelle entreprise sociale que j’ai créée en 2020, Second Life Plastics, a pour objectif de soutenir économiquement les collecteurs informels de plastique sur des plages et des îles isolées en Thaïlande et en Indonésie. Nous nous assurons de leur rémunération pour la récolte et le transport du plastique, et nous vérifions qu’il est bien ensuite recyclé. Pour financer notre activité, nous avons créé le premier système de crédits plastiques certifié par le Plastic Reduction Standard de l’organisme Verra, sur le même principe que la compensation carbone. Les crédits plastiques que nous délivrons permettent aux entreprises de compenser leur empreinte pour arriver à un Net Zero Plastic. Pour cela, elles doivent diminuer leur utilisation de plastique, employer du plastique recyclé et réduire la proportion de leurs emballages non recyclables. Nous les invitons, en outre, à soutenir des projets dans des pays où le problème est critique, notamment en Asie où sont concentrés 90 % des plastiques océaniques. Chaque année nous récoltons entre 2 000 et 3 000 tonnes de déchets grâce à ce système soutenu par des entreprises comme Caudalie ou Clarins. »

Baskets

Privilégier les plastiques biosourcés

François-Ghislain Morillon (H.02), cofondateur de la marque de baskets Veja.

« J’ai créé la marque de baskets Veja en 2005 avec Sébastien Kopp. Nos chaussures sont fabriquées au Brésil, principalement à partir de matières écologiques comme le coton bio, le caoutchouc et des matières innovantes conçues avec des bouteilles en plastique et du polyester recyclés. En 2019, nous avons lancé une basket de running sur le développement de laquelle nous avons travaillé pendant trois ans et que nous voulions sans plastique vierge (c’est-à-dire non issu du recyclage). Finalement, cette basket pèse 280 grammes et sa masse est à 65 % sans plastique vierge. Nous utilisons deux types de polymères : du PET recyclé et du plastique biosourcé, donc d’origine végétale. L’EVA (éthylène-vinyle acétate) que nous employons le plus est produit à partir de canne à sucre. Il est présent dans la semelle intérieure de nos chaussures, la « mid-sole », qui donne l’amorti et le confort. La semelle extérieure, « l’out-sole », est en caoutchouc d’Amazonie. Nos chaussures ne sont donc pas encore zéro plastique, mais on peut dire qu’elles sont réalisées avec de meilleurs plastiques. »

Intelligence artificielle

Utiliser les algorithmes pour localiser les déchets plastiques

Luc Haumonté (E.20), fondateur de la start-up LitterSnap.

« En 2021, j’ai lancé Littersnap, une technologique qui détecte les anomalies pour améliorer la propreté tout en réduisant les dépenses. Grâce à une solution destinée à supprimer les déchets présents dans les espaces publics et privés par le biais de l’intelligence artificielle. Concrètement, il s’agit d’un système qui fonctionne avec des algorithmes et permet de détecter la présence de déchets comme les mégots ou les emballages plastiques ménagers ou alimentaires. L’outil génère de la donnée que nous proposons à des organisateurs d’évènements, à des gestionnaires d’établissements tels que les gares, aéroports, villages de vacances ou galeries marchandes, ainsi qu’à des prestataires de services pour les collectivités comme Suez ou Veolia. J’ai rejoint l’incubateur de La Belle de Mai, à Marseille. Et j’aimerais pouvoir démontrer l’efficacité de ma technologie lors des JO 2024. Je prépare une levée de fonds de 150 000 euros au premier trimestre 2023, puis une seconde, de 500 000 euros, au deuxième trimestre. »

Beauté

Proposer des cosmétiques sans composants issus de la pétrochimie

Violette Soriano (H.16), cofondatrice de la gamme de cosmétiques Belles Sœurs.

« Il y a quelques mois, j’ai lancé la gamme de soins pour le visage Belles Sœurs avec mon associée Flavie Soldan. Auparavant, nous avions travaillé ensemble pour la marque La Bouche Rouge, qui a inspiré notre ADN : l’usage du plastique réduit au strict minimum, le naturel et le made in France. La formulation de nos produits est réalisée par un laboratoire qui n’a recours à aucune forme de pétrochimie. Nous avons fait le choix d’éliminer tous les dérivés de pétrochimie, tous les silicones et les cross-polymers contenus dans de nombreuses formules. Par exemple, nous utilisons une algue dorée comme liant à la place du silicone. Nos packagings sont en verre et en aluminium (deux matières recyclables à l’infini) et en papier non laminé (c’est-à-dire sans filtre plastique) qui se recycle facilement. Nous avons simplement conservé un opercule pour la conservation de la crème, qui est en plastique mais sans micro-plastique. Pour nos prochains lancements, nous travaillons aussi sur la question du rechargeable. »

Vrac

Créer des commerces de proximité sans emballage plastique

Caroline Millet (HEC EXED 2020), fondatrice de l’épicerie City Vrac.

« Avec mon mari, nous avons monté deux épiceries zéro déchet avec des produits bio et sourcés au maximum chez des producteurs locaux : la première a ouverte à Versailles en septembre 2020 et la deuxième, à Sèvres en avril 2021. Dans nos magasins, il n’y a aucun emballage en plastique. Les clients viennent avec leurs propres contenants ou utilisent des sachets en papier kraft mis à leur disposition. Nous avons aussi quelques produits vendus dans des emballages en verre consignés (bouteilles ou bocaux). C’est le cas de certains plats cuisinés, des sauces, des jus de fruits, des vins, des bières, du lait, de la crème fraîche, des yaourts ou des cosmétiques. Et même lorsque nos clients commandent en ligne, nous les livrons dans nos contenants consignés. Nous proposons également un service de traiteur zéro plastique pour les événements, avec des plateaux de fromages, des fruits et légumes, et des plats servis dans des bocaux consignés. Bien sûr, cela a nécessité de mettre en place quelques process logistiques pour le stockage et le nettoyage du verre. »

Papier

Une matière innovante pour les emballages de la grande distribution

Manuel Milliery, fondateur et CEO de Papkot

« Mon entreprise est née en 2020 avec l’ambition de contribuer à supprimer tous les emballages plastiques dans la grande distribution d’ici à 2030. Grâce à un système d’IA générative appliquée à la chimie, nous avons mis au point une encre invisible que nous appliquons sur du papier pour le doter des mêmes propriétés que le plastique. Le papier reste recyclable et biodégradable, il conserve son toucher et sa couleur originale, mais sa chimie de surface est différente car elle n’absorbe pas les graisses ou l’eau. Notre laboratoire se trouve sur le plateau de Saclay et notre usine à Rouen. Nous allons prochainement ouvrir deux autres unités de production, aux États-Unis et en Chine, pour répondre à la demande de nos clients sur ces deux marchés. En France, nous comptons de gros clients de l’industrie agroalimentaire comme Danone. Cette année, nous allons également lancer des couverts et des gobelets 100 % en papier. Et nous travaillons sur des emballages et des sacs pour les produits surgelés. En 2023, nous visons un chiffre d’affaires de 2 millions d’euros. »

Soins

Cosmétiques en vrac ou en flacons consignés

Arnaud Lancelot (H.05), cofondateur de Cozie Cosmétiques et consultant en économie circulaire

« Nous avons créé notre marque de cosmétiques, Cozie, en 2017. Nous proposons 18 références de soins pour la peau et de produits d’hygiène. L’idée est de permettre à nos clients de prendre soin d’eux tout en prenant soin de la planète. C’est pourquoi nous avons une approche très engagée sur la partie environnementale. Nos produits sont à base d’ingrédients naturels et issus de la filière bio. Et ils sont vendus dans des flacons en verre consignés que nos clients rapportent dans les points de vente. Ensuite, nous les collectons, nous les lavons et les séchons, puis nous les reremplissons pour les remettre sur le marché. Ce système permet de réduire l’empreinte carbone de 79 % par rapport à l’usage d’un emballage à usage unique. Par ailleurs, dans environ un quart de nos points de vente, nous avons mis à disposition de la clientèle des machines qui permettent de recharger les flacons. Nous comptons 440 points de vente en France : des magasins bio, des boutiques de vrac et des grands magasins comme Le Printemps Haussmann ou le BHV à Paris. »

Fibres végétales

Fabriquer des baskets véganes et sans plastique

Achille Gazagnes (H.17), cofondateur et CEO de MoEa

« Nous avons créé MoEa, une marque de baskets véganes et biosourcées, en 2021. Nous nous sommes lancés sur Kickstarter avec une campagne de précommandes en Angleterre, aux États-Unis et en Allemagne. Historiquement, pour remplacer les matières animales, les marques utilisaient du plastique. Mais depuis quelques années, des laboratoires de recherche ont développé des matières alternatives qui sont à la fois animal-free et plastic-free. Fin 2023, nous allons donc lancer une première paire de baskets sans matière animal ni plastique. Et c’est un véritable défi car, dans la fabrication des baskets, on retrouve des hydrocarbures partout, notamment dans les colles et dans les contreforts. Avec nos partenaires, nous avons donc mis au point des solutions alternatives. Notamment une colle sans plastique développé avec une entreprise portugaise. Aujourd’hui, nous avons recours à cinq bio-matières résistantes : les fibres de raisin, de maïs, d’ananas, de pommes et de cactus. Nous avons réalisé 1,7 million de chiffre d’affaires au cours de notre première année. »

Cosmétiques

Du soin biologique aux emballages éco-conçus

Pierre Juhen (H.08), cofondateur et CEO de Patyka

« Certifiée bio depuis vingt ans, la Maison Patyka, devenue entreprise à mission en 2020, s’est fixé pour objectif d’agir durablement pour prendre soin des femmes et des hommes et de préserver l’environnement et la biodiversité. 100 % de nos produits sont fabriqués en France et certifiés bio par Ecocert. 99,5 % des ingrédients sont d’origine naturelle et, pour près de la moitié, issus de l’agriculture biologique. Pionnière dans l’éco-conception de ses emballages, notre société propose depuis plus de quinze ans des étuis 100 % recyclables, fabriqués avec du papier certifié FSC, pliés en origami à la main, sans point de colle et imprimés avec des encres végétales. Depuis 20022, nous proposons des pots rechargeables tout en menant des études prospectives sur différents matériaux upcyclés ou biosourcés pouvant remplacer intelligemment les emballages en plastique. Dans notre plan de réduction des impacts, nous visons 100 % d’emballages en plastique recyclé à l’horizon 2024. »

Service

Recycler le non-recyclable

Claire Lot (H.2016), responsable du développement commercial chez Terra Cycle

« En France, plus d’un tiers des déchets déposés dans le bac jaune ne sont pas recyclés. De nombreux objets contenant du plastique sont en effet non recyclables, comme les raquettes de tennis, les mégots de cigarette ou encore les paquets de chips. Les gens pensent qu’il en est ainsi pour des raisons technologiques, mais l’explication est purement économique : le déchet est un marché et si le coût du recyclage est supérieur à la valeur de revente, personne ne voudra investir dedans. Notre rôle à Terra Cycle, start-up environnementale fondée en 2001 aux États-Unis, est de proposer aux fabricants de ces produits des programmes de collecte et de recyclage qui leur soient bénéfiques. Pour cela, nous nous adressons aux citoyens et aux communautés locales, comme des écoles ou des associations, pour la phase de ramassage et de collecte. Nous mettons ensuite en place des réseaux de transport et de recyclage à proprement parler, financés par les fabricants. Pour ces entreprises, le retour sur investissement est important, car cela leur permet de se différencier, d’améliorer leur image… Et parfois même d’augmenter leur visibilité en rayon : le partenariat que nous avons avec L’Oréal consiste à placer des boîtes de collecte dans les magasins Carrefour, ce qui est d’ailleurs bénéfique pour l’image de la marque comme pour celle du magasin. À la fin du cycle, nous créons aussi des équipements pour la collectivité qui a contribué à la collecte. Ainsi, au terme d’une campagne de recyclage des rasoirs usagés menée en partenariat avec Gillette, nous avons transformé les déchets plastiques en une aire de jeu, installée dans la cour d’une école ! »

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