Le témoignage d’Ori Chamla (E.19)

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En avril 2020, HEC Stories a proposé aux alumni de partager leur expérience du confinement. Voici le témoignage envoyé par Ori.

Après quinze ans à exercer en tant que directeur commercial et marketing, j’ai eu l’excellente idée, à la fin 2019, de créer ma propre agence immobilière. Mon petit bébé à moi, fruit de mon association avec un de mes meilleurs amis.Le temps des longueurs administratives que vous connaissez toutes et tous, et nous voici déjà fin janvier lorsque je reçois ma carte T nous permettant enfin d’exercer. Mettre les choses en place, former le personnel, commencer à travailler… ah non, pas vraiment : nous sommes le 17 mars.

La « définition » de l’immobilier, en tout cas dans l’ancien, se résume à peu près à ça : se déplacer chez des inconnus pour connaître leur bien et par la suite le faire visiter à un maximum d’autres inconnus susceptibles de pouvoir l’acheter. Et quand j’écris faire visiter, c’est passer et repasser dans chaque pièce, même les plus petites, en insistant sur les détails, en ouvrant les placards, les fenêtres, les baies vitrées… Beaucoup de métiers ne sont pas compatibles avec le confinement, j’en conviens, mais avouez que j’ai particulièrement bien choisi ma reconversion ! Les jours passant, l’angoisse légitime a laissé place à une sérénité et je me rends compte que le plus important n’est pas ce que je croyais. Faire la classe à mon fils jusqu’à m’en arracher les cheveux, jouer avec lui et voir cette lueur unique dans ses yeux, profiter avec ma femme de nombreux moments volés au dieu travail, m’instruire encore et encore, jouer de la musique, échanger avec mes amis, ma famille, de parfaits inconnus, écrire, m’occuper de moi.

J’ai la chance énorme de n’avoir eu que très peu de personnes infectées par le Covid-19 dans mon entourage, et toujours dans des formes assez bénignes de la maladie. Et, très égoïstement, je chéris ces jours qui ont le mérite de me rendre lucide sur le fait que non seulement nous ne sommes pas immortels, mais aussi qu’en ce monde nous sommes de simples invités et non les hôtes. Quelle expérience extraordinaire, dans le sens littéral du terme. Mon fils Maxime se souviendra-t-il de ce qu’il a vécu alors qu’il n’avait que six ans ? Ces périodes deviendront-elles son quotidien, effet d’un futur toujours plus incertain, ou une anomalie de parcours, qu’il pourra raconter à ses enfants et petits-enfants ? Personnellement, je ne sais pas si j’aurai la force de changer les choses, mais je suis plus convaincu que jamais que notre destin est entre nos mains, que ce soit pour le meilleur ou pour le pire.