le récit business de Frédéric Malègue (H.93)

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Diplôme d’HEC en poche, j’ai commencé par travailler dans la finance, sur les marchés de Londres et New York. Objectif ? Rembourser mon emprunt étudiant et surtout me constituer un matelas pour créer ma propre société dans le domaine de la production de films. Chose faite à 30 ans. Je crée Goyaves, une société de production axée sur la production de cinéma et de documentaires. Je m’essaie aussi à la réalisation. Je ne lâche pas pour autant la finance, clé d’entrée dans le monde du cinéma. Je monte des obligations indexées sur le nombre d’entrées en salles cotées au Luxembourg, des warrants cinéma…

À l’approche de la quarantaine, je commence à avoir une expérience de la réalisation : 6 courts métrages dont un diffusé lors du Festival de Cannes, des scénarios de long métrages sélectionnés à de nombreux concours. Pour autant, je n’ai aucune perspective de gagner ma vie dans ce domaine. Côté financement du cinéma, les perspectives ne sont pas plus brillantes, malgré mon réseau dans les fonds d’investissement et ma connaissance des structurations juridiques et fiscales complexes. En effet, le milieu cinéma n’est pas très réglo : le jeu consiste souvent à changer les termes contrat la veille de la signature, en revenant sur les conditions négociées auprès des investisseurs. Je n’ai plus d’argent, alors que je suis en train de fonder une famille. Goyaves devient alors une société de production essentiellement axée sur le brand content et la pub.

J’embauche des commerciaux, j’industrialise le process de production et d’acquisition client, j’ouvre au Brésil, alors un marché très porteur. Les grands annonceurs ont besoin de créer des contenus pour tous leurs grands marchés ? On relève le défi ! On développe un réseau de correspondants dans 70 pays, avec lesquels nous travaillons aujourd’hui régulièrement, pour produire simultanément des contenus dans 10 ou 15 pays à la fois avec la même simplicité, délai, coût et gage de qualité qu’un tournage à Paris. Depuis cinq ou six ans, le secteur du brand content et de la pub web, au départ négligé par les grandes agences, devient clé. Les agences l’incluent désormais dans leurs contrats au long cours, et l’activité entre dans leur pré carré, avec des entités de productions internalisées… et très, très chères. Mais le client n’a pas le choix ; les grandes agences ont souvent droit de vie ou de mort sur les chefs de produits et directeur marketing. En parallèle se développe le marché de la vidéo « snackable » : la vidéo sans cesse renouvelée pour les sites et les réseaux sociaux.

C’est un exercice particulier : il faut produire en quelques minutes pour quelques euros… La production classique ne peut pas suivre. Il faut industrialiser, automatiser. Je monte alors GingaLab, et la solution Ginger. Quatre ans de développement, 1,5 million d’euros d’investissement, et on offre une solution aux entreprises et aux marques avec la possibilité de capter, stocker, monter, poster et récupérer les audiences sans sortir de la plateforme cloud Ginger. En quelques minutes, les professionnels peuvent créer des vidéos, les poster et en mesurer la performance, l’envoyer sur leurs sites ou leurs newsletters… La plateforme, dans sa troisième version, est lancée en février cette année. Aujourd’hui, plus de trente entreprises utilisent la plateforme. Mais la tension est toujours grande, pour atteindre le point d’équilibre, il faut encore batailler : GingaLab compte 10 développeurs et un directeur commercial en France, ainsi qu’une directrice commerciale en Allemagne… Il faut chercher un bridge de financement pour se déployer hors de France, où la concurrence (comme c’est le cas en Allemagne) est moins rude…. Bref, l’aventure ne fait que commencer.