Le mot de Valentin Michel (H.21)

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J’ai découvert le monde de la mémorisation et les championnats de mémoire lorsque j’étais étudiant en classe prépa. Quand j’ai su que des « athlètes » parvenaient à mémoriser des milliers de décimales de pi, des jeux de cartes et des centaines de noms et visages en quelques minutes, je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire pour améliorer mon quotidien. Le cerveau des champions de la mémoire, comme Akira Haraguchi, qui parvient à réciter près de 117 000 décimales de pi de tête, n’est pas câblé différemment du nôtre. Comme on se plaît d’ailleurs à le répéter dans le domaine, « il n’y a pas de mauvaise mémoire, mais uniquement des mémoires sous-entraînées ».

Ces passionnés utilisent plutôt un ensemble de techniques puissantes, héritées des civilisations de l’oralité, pour qui la mémoire était un enjeu central dans la transmission des savoirs de génération en génération : système de lois, état des connaissances sur les animaux, comestibilité et utilisation des plantes, tout devait être stocké dans leur esprit. La technique la plus connue, le « palais mental », consiste à créer un itinéraire le long d’un parcours dans un lieu connu et à y disposer les éléments à mémoriser. Elle a été très largement utilisée par les rhéteurs et aèdes de l’Antiquité pour délivrer leurs discours et déclamer des centaines de vers ou de chansons puis, par la suite, parles plus grands penseurs de ce monde tels Giordano Bruno, Descartes, Spinoza ou encore Leibniz.J’ai voulu m’essayer à ces méthodes, tant dans mes études qu’au quotidien.

Par exemple l’une d’entre elles, le système majeur, permet de mémoriser tous les contenus chiffrés à l’aide d’images, que ce soit des taux de croissance, des pourcentages, des numéros de téléphone ou des codes d’interphone. La vitesse à laquelle je me suis mis à mémoriser m’a laissé sans voix. Surtout, en mêlant le système majeur et le palais mental, j’ai réalisé qu’il m’était devenu quasi impossible d’oublier les souvenirs que j’encodais (si tant est que j’utilise des images mentales qui soient « performantes »). Après plusieurs années de pratique intensive, je peux affirmer une chose : ces techniques méritent d’être démocratisées et connues par le plus grand nombre. Je suis persuadé qu’elles peuvent énormément aider les jeunes dans leurs études, et les moins jeunes dans leur quotidien professionnel. C’est pour cette raison que je copublie Révélez les super pouvoirs de votre mémoire, chez Dunod, et que j’ai fondé Memorease, organisme de formation aux techniques de mémorisation avec Yoann Allardin.

Nos recherches nous ont poussés à étudier les racines historiques de la mnémotechnique, sur lesquelles repose en grande partie notre société actuelle. Paradoxalement, elle en est la grande absente : la Contre-Réforme, la démocratisation de l’écriture et l’arrivée du digital en ayant progressivement sonné le glas. Nous nous sommes également penchés sur les phénomènes à l’œuvre lors de la création des souvenirs et leurs implications sur nos manières de mémoriser ainsi que sur nos modes de vie. Nous avons alors optimisé nos méthodes en les calquant sur le fonctionnement de notre cerveau. Nous donnons à présent des cours à l’EM Lyon, à la Sorbonne, à l’UVSQ mais aussi en classe préparatoire, et nos formations sont bientôt disponibles en entreprise. Notre formation en ligne permet aussi à tout curieux de prendre en main nos méthodes. Notre objectif : rendre ses lettres de noblesse à un art si intime et si cher à l’être humain, qui lui permet de cultiver ses capacités mémorielles au-delà de ce qu’il aurait cru possible.