Après un deug de biologie et une école d’ingénieur agroalimentaire, mon mastère marketing à HEC en 2002 m’a ouvert les portes de grosses entreprises (Unilever, Heineken) où j’ai pu « apprendre le métier » puis faire mes armes chez Segafredo Zanetti pendant cinq ans. Je n’étais pas un excellent chef de produit, pas assez « business oriented » comme me l’a indiqué un DRH de Danone lors d’un entretien. Et c’était vrai, j’aimais la technique du marketing, sa manière de passer de l’idée au concept puis à la phase de « conviction » pour faire adhérer le public cible. Mais faire vendre et apporter de la valeur aux actionnaires ne me traversait même pas l’esprit.Ce qui était le plus important pour moi, et c’est devenu très clair les jours suivant un accident de voiture (premier choc) dont lequel je suis sorti indemne, c’était le vivant, ma première formation.Je rejoins alors le WWF en tant que bénévole les week-ends et RTT puis la Fondation Nicolas Hulot (FNH) pendant deux ans au service Partenariat avec les entreprises.

Je quitte Segafredo et passe mes journées à la FNH qui me propose un CDD puis un CDI. J’y reste cinq ans, négociant des partenariats, me nourrissant de rencontres passionnantes avec des experts et entrepreneurs engagés et montant des projets chargés de sens avec des collègues devenus amis. En 2011, la FNH me propose de me former plus en profondeur au « développement durable » et je suis le CHEEDD, aujourd’hui devenu IFS (Institut des Futurs Souhaitables). Je crée alors avec des collègues proches l’association whyboOk qui a développé pendant cinq ans une plateforme de dialogue citoyen, et dont le point d’orgue a été un partenariat avec Médiapart pendant les présidentielles 2017.

Deuxième choc : la naissance de mon fils, Martin, la découverte de l’amour inconditionnel et le poids grandissant de ma responsabilité à son égard. Pour me rapprocher de Bordeaux où j’ai grandi et où il vit, parce que j’avais fait le tour du poste et qu’il n’y avait pas de possibilité d’évolution, je quitte la FNH en 2013. Suivent quatre années assez difficiles où je cherche réellement quoi faire, entre ce qui est le plus sensé et ce qui me permet de payer mes charges : commercial dans les toitures végétales ? auto-entrepreneur en « marketing responsable » ? Rien ne tient, rien ne m’anime vraiment… Un soir, ma meilleure amie me dit : « À t’entendre, ce que tu veux vraiment faire à fond, c’est whyboOk ! ». Déclic.

Je me lance alors à fond dans le développement du projet avec mon ami et associé Pierre Charrier, rencontré à la FNH. Puis tout va très vite, nous réalisons que le processus de dialogue de whyboOk ne va pas assez loin et que nous ne parviendrons pas à trouver un modèle économique qui nous permette d’en vivre. Nous créons en 2018 la société MoOt Points pour provoquer de l’impact (sociétal) chez nos clients. Nous proposons d’abord un gros processus de coopération avec la société civile à nos prospects (entreprises, collectivités) et nous nous heurtons à des murs d’incompréhension : pourquoi diable coopérer ? C’est bien gentil, mais quel intérêt ? Devant l’incompréhension totale des enjeux environnementaux (et forcément sociétaux), nous décidons de mettre en place pendant plusieurs mois une conférence que nous appelons délibérément… Électrochoc.

C’est en travaillant sur le contenu et le déroulé de la conférence que nous vient l’idée de proposer aux participants un faux générateur d’excuses à donner à nos enfants si nous ne faisons pas le maximum pour leur assurer un avenir au mieux serein, au pire viable. Nous tenions l’idée de base de Sorry Children, que nous avons développé « pour de vrai » avec l’aide de deux jeunes hyper talentueux emballés par le projet. Le site, construit avec Pablo Servigne, un des pères de la collapsologie en France, et Jean-Pierre LeDanff, ami et écopsychologue, propose des centaines d’excuses à donner à nos enfants, de la plus grave à la plus déconnante, et explique surtout pourquoi, si nous ne parvenons pas à sortir rapidement d’un scénario « business as usual », nous aurons certainement à nous excuser, pour de vrai. Il oriente également vers des centaines d’actions pour la société civile, de la plus simple (quels médias consulter) à la plus engageante (désobéir civilement).Le site fonctionne très bien dès son lancement, mais le décollage vient quelques mois plus tard quand mon ami Josef Helie, street artist bordelais qui a la fâcheuse tendance à recoller dans les rues de New York, Montreal, Paris, Bordeaux, les photos volées qu’il prend des passants, nous propose de faire quelque chose ensemble.L’activation de notre réseau (et du réseau de notre réseau) nous conduit à prendre en photo des centaines de personnalités (entrepreneurs, politiques, artistes, activistes…) avec #lapireexcuse qu’elles pourraient donner à leurs enfants.

La diffusion sur les réseaux sociaux fonctionne très bien et des milliers de personnes partagent excuses et actions sur leurs pages.Il me semble que plus la situation est dramatique, plus nous sommes créatifs. Sorry Children n’en est qu’à ses débuts avec dans les tuyaux un projet de livre, d’appli pour rendre la diffusion des photos plus efficace, et le soutien de personnalités à l’international dont la première est l’intellectuel le plus important de notre époque, d’après le New York Times : Noam Chomsky. Avec le recul, je pense que c’est une succession de moments clés et de choix (notamment de laisser derrière moi une certaine idée du confort), le soutien de mes proches (mon père, ma compagne et mes amis) et l’énergie que me donne mon fils qui me permettent aujourd’hui d’être là où je peux au mieux développer mes idées et exploiter mon potentiel.
sorrychildren.com

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