Le long maintenant des professions juridiques – Martin Fauvel (H.12)

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Ces derniers jours, j’ai suivi avec intérêt la prise en compte de manières de travailler inhabituelles dans le secteur du droit. En cette période de crise, les populations juridiques sont extrêmement sollicitées, que ce soit pour assurer la sécurité de la poursuite de l’activité, pour analyser les conséquences de la crise sur les relations contractuelles, pour maintenir les relations commerciales…Pendant ce temps, certains imaginent un monde hypothétique de l’après. « Il y aura un avant et un après » est le dernier mantra à la mode. Comme si cette crise allait soudain s’arrêter et voir l’avènement d’un monde nouveau. Après plus de dix ans passés au contact de juristes et d’avocats, j’ai une vision différente de la réalité : le monde nouveau que l’on rêve est déjà là. La technologie est disponible depuis longtemps, le législateur s’est adapté depuis très longtemps. Ceux qui avaient adopté les innovations existantes n’ont fait qu’anticiper un mode de fonctionnement désormais standard. Pour étayer mon point de vue, voici quelques innovations incontournables pour les juristes et les avocats.Contrats. Aujourd’hui comme hier et bien sûr comme demain, un juriste se doit de pouvoir accéder à tout moment, en toutes circonstances aux données clés de l’entreprise que sont ses contrats.Suivi des sociétés.

Le décret 2019-1118 du 31 octobre 2019 rend possible la tenue totalement dématérialisée des registres et donc des assemblées générales. La mise en place de tels outils est plus que jamais d’actualité.Gestion des risques en masse. Devant l’ampleur de la crise en cours et face à son impact sur les relations entre les entreprises, il a fallu que les juristes et les avocats réagissent rapidement pour localiser les risques contractuels (identifier les clauses de force majeure par exemple). Pouvoir explorer rapidement ses contrats sur une information rarement identifiée dans les bases de données justifie l’utilisation de l’intelligence artificielle pour le droit.Environnement de travail en ligne et télétravail. Il y a un an, j’avais entrepris de préparer un évènement avec des juristes et des avocats, sur le thème « Coworking, open space, télétravail : comment l’espace de travail redéfinit le quotidien des juristes ». Un avocat qui devait porter cet événement s’est emporté au cours d’une réunion préparatoire en expliquant qu’il ne croyait pas au télétravail. L’événement n’a jamais eu lieu. J’espère qu’il est aujourd’hui revenu sur sa position. Si les outils sont importants, ce sont surtout les règles d’utilisation de ces outils et l’adaptation du management qui priment lorsque le télétravail est mis en place.Signature électronique. Le directeur commercial d’une entreprise de signature électronique me racontait que son chiffre d’affaires avait été multiplié par 5 avec l’arrivée de la crise. La signature à distance, légale depuis le 30 mars 2001, était en passe de se généraliser avant la crise.

C’est désormais un standard incontournable.Ces quelques exemples permettent de démontrer que :
– la dette d’innovation coûte cher quand il faut tout mettre en place dans l’urgence, la formation et l’adoption prennent du temps ;
– l’adoption d’une innovation ne tient pas tant au choix d’un outil plutôt qu’un autre, mais plutôt à l’exploitation d’un même outil par un groupe, cela demande de changer sa manière de travailler plus qu’un cahier des charges ;
– l’adoption d’innovations en avance de phase s’est trouvée payante sur le moyen terme ;
– Ce qui était une marotte, un gadget, une exception est devenue la règle en quelques jours : quoi de plus pénible que de devoir former son interlocuteur à l’utilisation d’un outil de conférence-téléphonique ? Pour toutes ces raisons, je ne pense pas qu’il y aura un avant et un après. Et si on acceptait simplement que le changement est permanent ?