En dernière année à HEC, Iris Maréchal, 23 ans, est présidente de L’Observatoire étudiant des violences sexuelles et sexistes dans l’enseignement supérieur. L’association vient de publier une vaste enquête auprès de 10 000 personnes à travers toute la France pour lever le voile sur ces violences.

Iris Maréchal, qu’est-ce qui vous a poussé à vous engager contre les violences sexuelles et sexistes ?
Le sujet m’a toujours interpellée, qu’il s’agisse des violences sexuelles ou des inégalités femme-homme. Et à force d’être témoin d’agressions, d’en entendre parler autour de moi et face au constat que peu de choses étaient mises en place par les établissements, je me suis dit qu’il fallait se bouger. Avec une professeure d’HEC, Laure Lelasseux, on a estimé qu’il fallait une structure dédiée à ces questions au sein du monde étudiant, car c’est un moment charnière, pour les victimes mais aussi pour les agresseurs, qui risquent d’avoir les mêmes comportements en entreprise, si rien n’est fait avant.

Comment qualifieriez-vous la situation actuelle en France ?
Elle est alarmante… et en même temps encourageante. Depuis le phénomène #MeToo, il y a une vraie libération de la parole, il faut savoir surfer là-dessus. De nombreuses initiatives se sont lancées depuis, y compris dans l’enseignement supérieur avec des mouvements comme « Balance ton stage » ou « Paye ton IEP ». Ce qui est déplorable, en revanche, c’est que certains médias se focalisent sur des initiatives extrêmes, comme les courants féministes qui rejettent les hommes. C’est une perte de temps qui empêche de faire avancer le débat et de se concentrer sur le fond du problème.

Quelles sont les conclusions les plus marquantes de votre enquête ?
Sans aucun doute les chiffres concernant les violences subies : une étudiante sur vingt déclare avoir été violée et une sur dix avoir été agressée sexuellement. On ne s’attendait pas à un ratio aussi élevé. Surtout, en s’adressant à un panel aussi large à travers tout le pays, on a compris que c’était un problème global.

Quel type d’action préconisez-vous pour lutter contre ces violences ?
Notre enquête a permis de dégager trois mesures principales, proposées par les personnes interrogées : mettre en place des campagnes de sensibilisation, mener des actions de prévention en amont des soirées ou des week-ends d’intégration, et offrir aux victimes un accompagnement juridique. C’est ce qu’on commence à faire dans plusieurs établissements. Nous avons aussi le projet de créer un label pour donner du poids aux initiatives de lutte contre les violences sexuelles ou sexistes. Cela nous permettra, par exemple, de soutenir les BDE qui mettent en place des safe people pendant les soirées, des personnes identifiables dont on peut se rapprocher pour être mise en situation de sécurité. Un pôle de l’Observatoire est également chargé des liens avec les pouvoirs publics, car notre objectif reste de changer les choses au niveau national.

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