Honneur à la Marine française – Jean-Paul Mengès (H.65)

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Sortant fièrement diplômé d’HEC en 1965, je bénéficiais d’une première expérience positive des réseaux en intégrant la Marine nationale pour mon service militaire (à l’époque !) avec le grade de midship (1/2 galon), au prix de quelques séances de PMS au fort de Vincennes.J’embarquais donc à Brest sur le porte-avions Foch, l’orgueil de la Royale, grâce à un bon rang de sortie à l’examen du chiffre (ORIC), où l’on nous apprit les secrets de la machine allemande à chiffrer Enigma (prise de guerre) aux Bormettes, base de la Marine qui faisait face à Brégançon à l’époque de sa splendeur. Vu mon daltonisme, découvert incidemment par le médecin du bord, on me donna pour mission de développer un studio de TV pour un JT à destination de l’équipage (1 850 hommes, et pas une femme) en partance pour Mururoa (force alpha gaullienne – la bombe A française). J’avais failli envoyer les 35 000 tonnes du porte-avions dans le quai de Brest en confondant un phare vert et un phare rouge, à la grande fureur du Pacha sur la passerelle où je me baladais imprudemment !Un jour, à quai à Toulon à côté du sous-marin Minerve, je complotais pour être invité à bord. On sait vivre, dans la Royale ! À l’invitation à déjeuner par le Pacha, j’entrai dans une sorte de cigare cercueil noir qui puait le diesel. Nous déjeunâmes au punch, au planteur (carburant ordinaire de la Marine) et au rosé de Provence. Puis on me proposa de vérifier le PH des batteries du sous-marin : la moitié de la coque ! on m’installa à plat ventre sur un chariot coulissant entre les batteries géantes et la coque, me laissant un espace de 50 cm, à condition que je baisse le nez sur les plots des batteries qui empestaient l’acide… excellent digestif ! Je quittais le bord au son du clairon, avec un immense soulagement et un salut au pavillon : pas de drapeau dans la Marine, pas de corde, mais des aussières et surtout pas de lapin, le simple mot porte malheur… Peut-être fut-il prononcé, car deux ans plus tard, la Minerve disparaissait avec 52 hommes d’équipage au large de Toulon. Entre-temps, j’avais fait la connaissance de l’amiral sous-marin Joire-Noullens, par l’entremise de sa charmante fille rencontrée au bal de l’école navale.

La Marine française, aidée d’un bâtiment américain, vient de localiser l’équipage par 2 300 m de fond, à 50 km au large de son port d’attache. Chaque année, je vais me recueillir devant leur monument, à côté du Bathyscaphe du professeur Piccard à l’entrée de la rade de Toulon. Honneur à leur sacrifice pour la liberté de leur patrie, la France.

Jean-Paul Mengès (H.65)