Madame Ménissez, commandeur de l’Ordre national du Mérite, officier de l’Ordre des Arts et des Lettres, s’en est allée le 9 mars 2021 après un siècle d’une vie bien remplie, marquée par sa volonté d’œuvrer sans cesse pour la promotion des femmes dans les fonctions de haut niveau au sein du monde professionnel. Au fil des années, malgré l’évolution des usages et la modernité, nous, les HECJF, avons continué à l’appeler Madame Ménissez, par habitude, par déférence, par respect. Nous avions presque oublié qu’elle avait un prénom.  

Yvette Ménissez voit le jour le 18 juillet 1921 à Fribourg, en Allemagne. Après ses études au lycée Lamartine et à la faculté de droit de Paris, elle entre à l’École HECJF dont elle sortira diplômée en 1944. À ce parchemin, qui marque le début de son destin avec ses futures élèves, s’ajoutent ses diplômes de licenciée en droit et de docteur ès sciences économiques.  

Elle entre dans la vie professionnelle en 1947 comme attachée dans un cabinet d’organisation, en qualité d’expert-comptable stagiaire. Elle reste en même temps dans l’univers de l’École HECJF au sein de la structure administrative. Son objectif de promouvoir les femmes dans la vie professionnelle se précise.  

Dès 1951, elle scelle son avenir avec l’École HECJF et prend les fonctions de censeur des études ; à la même époque, le diplôme HECJF est reconnu, par arrêté ministériel du 3 février 1950, pour la présentation au concours de l’ENA au même titre que celui d’HEC. Il faut se souvenir que, depuis la création de l’École en 1916, pendant la Première Guerre mondiale, par Louli Sanua, femme visionnaire sur les attentes du milieu professionnel, le chemin parcouru pour la reconnaissance des femmes dans le monde du travail a progressé, mais pas suffisamment. Aux côtés d’Anne-Marie Ginèbre, alors directrice de l’École depuis 1941, Yvette Ménissez participe à faire évoluer les programmes d’enseignement en phase avec les nouvelles exigences du monde des affaires. À partir de 1954, elle devient sous-directrice.  

Lorsqu’elle est nommée directrice de l’Ecole, en 1957, Yvette Ménissez n’a qu’un seul objectif, rendre évidente, aux yeux des dirigeants d’entreprise, l’équivalence de l’enseignement HECJF avec celui des grandes écoles alors réservées aux garçons. Les programmes continuent d’évoluer. Elle sélectionne le corps professoral parmi les personnalités reconnues pour leurs compétences, leur expérience du monde des affaires, leur renommée dans les autres établissements d’enseignement supérieur. Il en résulte de hautes études à la fois théoriques, avec des cours magistraux, et pratiques, avec des études de cas, formations qu’attendent l’administration, l’industrie, le commerce et les affaires pour les hauts dirigeants.  

A la même époque, elle est membre de l’Association française des femmes diplômées des universités (AFFDU) dont elle p préside le groupe de Paris de 1959 à 1962. Elle déploie ses talents de femme engagée, en tant qu’expert du comité jeunesse à la commission française de l’Unesco, puis membre du club Soroptimist de Paris, dont elle sera présidente de 1983 à 1985. Ses qualités de cœur, elle en fait bénéficier l’association pour les aveugles La Lumière par le livre, où elle est membre du conseil d’administration. Elle devient également membre émérite de l’Académie des sciences commerciales.  

Elle nourrit de ses compétences les lecteurs de plusieurs ouvrages dont elle est l’auteur. « Le Problème des public-relations en France » paraît en 1955. Plus tard, elle publie « L’Enseignement de la gestion en France » en 1979 et « L’Enseignement de la gestion et ses publics » en 1981.  

Mais ces actions gravitent autour du cœur de son activité principale de directrice d’HECJF.  

Au fil des années, Yvette Ménissez transforme l’École HECJF, grande école de commerce, en une grande école de management. Elle pressent très tôt que ce ne sont pas uniquement les connaissances qui importent, mais aussi et surtout la façon de travailler. Il en résulte un savoir-faire grâce à la qualité de l’enseignement dispensé, gage du niveau du diplôme, mais également un savoir-être grâce au respect du travail en équipe et au goût du partage des expériences nouvelles, gage de l’esprit HECJF. Le renom de l’École se construit au travers de l’opinion que donnent d’elles-mêmes les diplômées HECJF, gage de la bonne réputation collective. Madame Ménissez écrit dans le livre du cinquantenaire de la création de l’École : « Toute la formation s’ordonne autour d’une définition liminaire : une HECJF est avant tout une personne sur qui l’on peut compter. »  

L’approche réseau, bien avant qu’elle ne devienne un courant de recherche à part entière, fait partie de l’ADN d’Yvette Ménissez. Cette culture du réseau, elle l’enseigne à ses élèves et, jusqu’à la fin de sa vie, elle entretiendra celui des HECJF. Son réseau, composé de personnalités les plus influentes de l’enseignement sur le plan économique, juridique et culturel, ainsi que de chefs d’entreprise, est activé partout où il peut servir la progression de l’École et sa notoriété.  

C’est ainsi que, lorsque l’École ferme ses portes, André Blondeau, directeur de l’enseignement à la CCIP, écrit le 6 janvier 1975 : « La fermeture d’HECJF n’a été décidée par la Chambre de commerce et d’industrie de Paris que parce que l’introduction de la mixité à HEC créait un véritable double-emploi. J’irai jusqu’à dire que, loin d’ajouter un doute sur la qualité de l’école, la fermeture d’HECJF est bien la preuve qu’il n’était plus possible de faire de différence entre les jeunes filles d’HEC et les HECJF. »  

Au-delà de l’enseignement reçu, les anciennes élèves se souviennent des entrées de leur directrice dans l’amphithéâtre, précédées de son rire cristallin annonçant sa venue empreinte de positivité. Chacune de ses arrivées était royale, avec son allure élégante, son sourire sans faille, sa personnalité inimitable. Son sillage apportait un vent de dynamisme communicatif. Une femme que les ans n’atteignaient pas, immuable au fil des décennies : pas une ride au sens propre et au sens figuré ! Telle une reine, Yvette Ménissez a rayonné sur l’École et ses élèves.  

A revoir et merci, Madame. Vous restez dans nos mémoires.  

Martine Higonnet Ruault (HJF 69), dernière Présidente (2010-2013) de l’Association des diplômées HECJF  

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