Incarnation du self-made man à la française, ce grand capitaine d’industrie avait créé de toutes pièces une entreprise devenue un demi-siècle plus tard le numéro un de la restauration d’entreprise. Soutien fidèle et généreux d’HEC, Pierre Bellon est décédé le 31 janvier 2022.

Un géant. Peu d’industriels français peuvent se targuer du parcours de Pierre Bellon (H.54), disparu lundi 31 janvier à l’âge de 92 ans. Fondateur de Sodexho en 1966 (qui sera plus tard rebaptisée Sodexo), il en était resté président d’honneur depuis 2005, attaché au cœur à cette société qu’il avait créée de toutes pièces. Aujourd’hui, le numéro un de la restauration d’entreprise, dont la capitalisation boursière dépasse les 12 milliards d’euros, emploie 412 000 collaborateurs dans 56 pays. « Notre père était un bâtisseur, un pionnier, un esprit libre que la prise de risques n’a jamais effrayé », a rappelé sa fille Sophie Bellon, présidente du conseil d’administration et directrice générale du groupe par intérim. Tous ceux qui l’ont connu se souviennent de sa jovialité, de son insatiable curiosité aussi, et d’un bagou qui avait permis à un jeune entrepreneur de Marseille de fonder progressivement un empire de la restauration.

Une volonté au service de l’action

Car la vie de Pierre Bellon pourrait être tirée d’un roman. Né en 1930 dans la cité phocéenne, il perd sa mère à l’âge de 10 ans au moment où il entre dans un collège de jésuites. Très vite, il comprend qu’il rêve de devenir entrepreneur comme son père, Félix Bellon (1905-1988), qui a fondé une société spécialisée dans le ravitaillement maritime destiné aux paquebots et aux bateaux de croisière. Pour le jeune homme, HEC est un passage obligé : son diplôme décroché en 1954 sera toujours l’une de ses plus grandes joies. « Même s’il répétait avec modestie qu’il était entré parmi les derniers ! », raconte aujourd’hui Daniel Bernard (H.69), Président de Provestis, et Président d’honneur de la Fondation HEC, qui se souvient d’un homme « agile et malin, foncièrement Marseillais, et profondément attaché toute sa vie à l’entreprise qu’il avait créée. Son ADN était celui de sa société, et vice-versa. » Un constat partagé par Didier Pineau-Valencienne (H.54), qui fut son camarade de promotion : « Pierre était un ami de toujours. Quand je l’ai connu à HEC, tout ce qu’il entreprenait, il réussissait. Quand il s’était mis en tête de se mettre au tennis ou au football, il devenait très vite parmi les meilleurs ! Pour moi, Pierre, c’était une immense volonté au service de l’action. »

Un Marseillais à l’assaut du monde

Cette volonté s’est traduite très vite sur le terrain. Grâce aux 100 000 francs prêtés par son père, Pierre Bellon avait créé son entreprise de plateaux-repas Sodexho (pour société d’exploitation hôtelière), s’inspirant de Jacques Borel, pionnier de la restauration rapide. Les débuts sont modestes : Pierre Bellon livre lui-même ses repas avec sa camionnette à Marseille. Mais très vite, l’entreprise décolle. Dès 1964, il obtient le contrat de la nouvelle cafétéria du Commissariat à l’énergie atomique de Pierrelatte, dans la Drôme, première pierre à son empire de la restauration collective qu’il gérera « au centime près », préférant toujours se développer par la croissance interne plutôt qu’en s’endettant. Même s’il avouait avec l’humour qui le caractérisait « parler anglais comme ses pieds et avec ses mains », Pierre Bellon fera de Sodexo un géant international du secteur, rachetant notamment le britannique Gardner Merchant en 1995 ou la branche de restauration collective de l’américain Marriott trois ans plus tard. Parallèlement, il s’engage pleinement pour l’entreprenariat, militant dès le début de sa carrière au Centre des jeunes patrons. Il intégrera plus tard le membre du conseil exécutif du CNPF puis du Medef, dont il sera le vice-président de 1980 à 2005.

Docteur Honoris Causa

Avec sa disparition, c’est toute la communauté HEC qui est aujourd’hui en deuil. Car Pierre Bellon fait partie des diplômés emblématiques qui ont largement contribué au développement comme au rayonnement de l’école. « Pierre a toujours été l’un de mes modèles. Avec lui, on apprenait par mimétisme, se souvient Jean-Luc Allavena (H.86), président d’Honneur de l’Association des diplômés d’HEC et de la Fondation HEC. Nous avons noué une amitié très forte, accentuée par nos origines méditerranéennes : il est Marseillais, je suis Monégasque… Quand je lui ai fait part au début des années 2000 du projet de lancement de grandes campagnes de collecte de fonds pour l’égalité des chances, l’entrepreneuriat et le développement d’HEC, il m’a tout de suite dit : ‘’Quand tu seras prêt, tu pourras compter sur moi’’ ». Homme de parole, généreux, Pierre Bellon fera ainsi partie en 2005 des dix fondateurs qui firent le premier don collectif des HEC pour 2 000 000 €.

Un engagement renouvelé au lancement par Daniel Bernard de la campagne suivante en 2008-2013 : « Il fut l’un des premiers diplômés à s’engager aux côtés de l’école qui l’avait formé afin de soutenir pleinement ses ambitions, nous rappelle-t-il. On lui doit notamment d’avoir financé, aux côtés de Didier Pineau-Valencienne, le siège d’HEC Alumni avenue Franklin-Roosevelt. Nous lui devons énormément. Je me souviens de son émotion lorsque nous lui avons remis en 2015 le titre de Docteur Honoris Causa de l’école… » Nouvelle étape de son engagement en 2018, lorsque Pierre Bellon crée un fonds pour soutenir les actions en faveur de l’égalité des chances et l’ouverture sociale d’HEC Paris, en finançant des bourses qui portent son nom. Olivier Sevillia, président de la Fondation HEC, et Eloïc Peyrache, directeur général d’HEC Paris, ont tenu à lui rendre hommage : « Il était un véritable rôle modèle, humble et ambitieux, pour nos élèves et tous les membres de la communauté des diplômés ». Il est, à ce jour, l’un des plus grands mécènes de la Fondation HEC et sa générosité a permis de donner un nouvel élan historique à notre École ». Père de quatre enfants et grand-père de treize petits-enfants, Pierre Bellon a marqué son entreprise de son empreinte , comme toute la communauté HEC dont il incarne l’esprit entrepreneurial, désormais ancré viscéralement dans les valeurs de l’Ecole. Il laisse une trace inestimable.

 

Published by La rédaction

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