Aux antipodes de la production intensive des usines textiles indiennes, Gamchha a fait le choix d’une fabrication à taille humaine, équitable et reposant sur un produit rare : la soie éri.

A Bhagalpur, ville du Bihar cernée de moulins à jute (fibre dont l’Inde est le premier producteur mondial), à deux pas du Bangladesh et de ses monstrueuses usines-ateliers débitant du textile au kilomètre, la société Gamchha tisse ses étoffes selon des techniques traditionnelles. Cet anachronisme du fait-main au pays du fabriqué-trop- vite, Gamchha le revendique. « Notre entreprise est née d’une volonté de retrouver du sens, de se recentrer sur le matériau, sur la façon dont on le travaille, dont on le plie à sa volonté » , explique Himanshu Jain (MBA.18) directeur du story-telling de la marque.

Tout pour soie

Le matériau, en l’occurrence, c’est la soie. Mais pas n’importe laquelle. « Nous utilisons uniquement de la soie éri, qui est obtenue à partir des cocons d’une chenille ne se nourrissant pas de feuilles de mûrier, mais de ricin. Leur élevage demande beaucoup moins de ressources en eau et en nutriments. Il est tout à fait adapté à notre région. » Autre avantage : alors qu’en sériciculture classique, la chenille est tuée avant de prélever le cocon, celle qui produit le tissu éri peut tranquillement poursuivre sa vie de chrysalide.

Bref, l’éri est une soie non violente, garantie sans massacre de papillons. Les principes de l’ahimsa (la bienveillance indienne), Gamchha les applique aussi à ses équipes de tisserands et de teinturiers. « Ce sont des artisans, détenteurs d’un savoir-faire millénaire. Nous voulons qu’ils soient fiers de ce qu’ils produisent, et qu’ils en tirent un revenu équitable ». Enfin, la marque n’utilise que des pigments naturels. Indigo, garance, œillet d’Inde… Une gamme chromatique 100 % bio et locale. De quoi redorer le blason du made in India.

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atelier intérieur
Simple mais précis. Les métiers à tisser utilisés sont des modèles à pédale, avec navette volante. Malgré leur aspect épuré (un simple cadre en bois de sal, cet arbre sous lequel méditait le Bouddha), ils sont capables de dessiner des motifs très complexes.
© Amitabh Thakur

Gamchha tisserand de soie
Naseem Ansari, est l’un des cinq tisserands de Gamchha. Son savoir-faire est le fruit d’une vie, autant qu’un héritage, transmis par son père et son grand-père
© Amitabh Thakur

Gamchha couleur bleu pour la soie
La bonne couleur. Une fois filées, les écharpes sont plongées dans un bain de pigments naturels, qui leur donnera leur teinte finale.
© Amitabh Thakur

Gamchha atelier extérieur
L’atelier. Ce bâtiment appartenait à une usine édifiée à Bhagalpur dans les années 1960, avant d’être abandonné. Il menaçait de tomber en ruine. En 2014, la manufacture a été convertie en un loft-atelier hébergeant toute la production de la marque.
© Amitabh Thakur

 

Par La rédaction

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