Finance d’entreprise : financements verts et durables, les DAF à la manœuvre

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De gauche à droite : Julien Rivals, associé Deloitte ; Anne-Catherine Husson-Traoré, directrice de Novethic et membre du HLEG Sustainable Finance ; Benoît Rousseau, directeur financement et assurances Groupe Bel ; Thomas Salvadori, Bureau HEC FE ; et Jean-Marc Turchini, directeur corporate finance Engie.

Le 5 décembre dernier, une table ronde était animée chez Deloitte par Thomas Salvadori (H.01). Participaient à ce débat Julien Rivals, associé Deloitte, et Anne-Catherine Husson-Traoré Anne, directrice de Novethic et membre du HLEG Sustainable Finance.Lorsqu’en 2001, la loi NRE a instauré le reporting RSE les directeurs financiers ne se sont guère sentis concernés… Les années qui ont suivi ont vu la montée en puissance des investisseurs ISR (investissement socialement responsable). En 2015, avec l’accord de Paris, le réchauffement climatique émerge enfin comme un risque systémique, auquel les entreprises sont exposées de trois manières :
– risque physique : inondations, sécheresse… ;
– risque de transition : lorsque la survie de l’entreprise est en jeu ;
– stranded assets : lorsque certains actifs perdent toute valeur ; les financiers se sont emparés de ce sujet plus que des deux précédents.
Au niveau de l’Union européenne, la DG Marchés financiers a lancé fin 2016 un High Level Expert Group (HLEG) pour imaginer une finance européenne durable, intégrant l’enjeu climatique mais également l’enjeu social. Parmi les idées retenues « pour action » en 2018 par la Commission européenne :
– développer l’économie verte et favoriser la création de valeur durable ;
– passer d’un reporting « backwards looking » à « forward looking », mettant en avant la stratégie, les risques… ;
– s’appuyer sur les objectifs de développement durable de l’ONU.

Deux applications concrètes en entreprise, par Jean-Marc Turchini, directeur corporate finance Engie, et Benoît Rousseau, directeur financement et assurances Groupe Bel.Engie est entré dans le monde des green bonds dès 2014. Depuis, cinq émissions ont été réalisées pour un total de 7 milliards d’euros. Aujourd’hui, environ un tiers des obligations Engie sont labellisées « Green » : énergie renouvelable, efficience énergétique… Un tel programme a nécessité une mobilisation complète de l’entreprise. Au départ, les Business Units ne voyaient pas l’intérêt du reporting qui leur était demandé : cette question ne vient plus aujourd’hui.
Deuxième exemple dans un tout autre secteur : les Fromageries Bel, entreprise familiale cotée qui a mis la RSE au cœur de sa stratégie. Toute l’entreprise a dû s’y mettre, et ce n’était pas si facile pour le trésorier : Bel n’a pas de besoins pour un green bonds ! Inspiré par l’exemple d’Unibail Rodamco, qui introduit des critères environnementaux dans le financement de ses centres commerciaux, Benoît Rousseau a saisi l’occasion du renouvellement d’un crédit syndiqué en 2018 et a eu l’idée d’y intégrer une dimension RSE, en utilisant le travail déjà fait sur divers thèmes : packaging recyclable, bien-être animal… Les banques venaient au même moment avec des propositions ( bon alignement des planètes !)
Un travail à trois s’est engagé avec les équipes RSE, les équipes finance et la banque. Trois critères ont été définis : amont laitier, programmes de nutrition, réduction des gaz à effet de serre. Le buzz généré a été étonnant, l’opération a été très bien perçue par l’amont laitier et par les distributeurs.

Le développement durable, facteur de pérennité de l’entreprise. La finance travaille majoritairement sur le court et moyen terme. Or à long terme, le développement durable peut être une manière de réduire les risques et d’assurer la pérennité de l’entreprise. Une nouvelle initiative tournée vers les CFO encourage à créer des outils pour mesurer la création de valeur sociale de leur entreprise. Le risque de transition, c’est aussi des opportunités extraordinaires !

Monique Huet (H.80)