Face à l’envolée des émissions de gaz à effet de serre, par nature volatils, les investisseurs se tournent aujourd’hui vers des valeurs alternatives et une transition écologique… Comment les HEC agissent pour mettre la finance au diapason des critères RSE ?

Blue Like an Orange

Après un parcours qui lui a permis d’observer « les recoins de la finance, y compris son pouvoir destructeur », Bertrand Badré (H.89), ex-directeur général de la Banque mondiale, a créé le fonds Blue Like an Orange Sustainable Capital. Il aura fallu trois ans pour collecter des capitaux. « J’ai naïvement sous-estimé la difficulté de se faire une place quand on veut faire bouger les lignes, dans un monde où le conformisme est important. » Il a pourtant réussi à lever plus de 200 millions de dollars. « Nous avons réalisé neuf investissements et nous en espérons huit autres, dans des secteurs variés, dont la santé. » Objectif : montrer qu’il est possible d’obtenir des rendements importants en ayant un impact positif. « Nous faisons attention à ne pas faire la morale aux entreprises », précise Bertrand Badré, adepte du « dialogue constant ». L’auteur de Voulons-nous (sérieusement) changer le monde ? (éditions Mame) s’est inspiré d’un vers de Paul Éluard, « La Terre est bleue comme une orange », pour le nom du fonds. « J’aime cette image qui assimile notre planète à un fruit à la fois riche et fragile. »

Inco Academy

Serial entrepreneur, Nicolas Hazard (H.08) voit dans la création d’entreprise un « outil pour changer le monde ». Il a lancé le fonds engagé Inco en 2011 pour soutenir « des solutions locales à des problèmes globaux ». Inco Ventures, actif dans plus de 50 pays, gère aujourd’hui plus de 200 millions d’euros. « Nous avons lancé l’impact investing en Europe et soutenons en parallèle 700 start-up green et sociales via nos différents programmes et incubateurs. De plus, Inco Academy permet de former chaque année plus de 300 000 personnes éloignées de l’emploi aux métiers de demain. » Après Appel à la guérilla mondiale (éditions Débats publics), il vient de publier un nouvel ouvrage : Le Bonheur est dans le village (éditions Flammarion). Le sujet ? « Montrer que les solutions pour créer un monde plus écologique, où chacun a sa place, existent déjà. Elles sont développées à petite échelle et ne demandent qu’à essaimer. »

Goodvest

Joseph Choueifaty (M.20), 23 ans, a confondé Goodvest, une assurance-vie 100 % éthique, transparente et sur mesure. Les épargnants peuvent choisir sept domaines d’investissement : transition écologique, emploi et solidarité, égalité des genres, énergies vertes, accès à l’eau, pays émergents, santé. Tous les fonds sont labellisés Greenfin, ISR ou Finansol. « L’épargne, c’est en moyenne 11 tonnes de CO2 par an et par Français, souligne le cofondateur. Seuls 5 % des Français ont ne serait-ce qu’un produit responsable dans leur épargne. » La start-up a développé une application web, qui sera prochainement disponible sur mobile et s’est fixé pour objectifs de totaliser 3 000 clients et 20 millions d’euros sous gestion en 2021. Elle comptait plus de 2 000 préinscrits fin février !

BNP Paribas CIB

« Pour transformer l’économie, l’enjeu est aujourd’hui d’indexer le taux des prêts et émissions de dettes à l’atteinte d’objectifs ESG, estime Constance Chalchat (MBA.93), responsable engagement d’entreprise chez BNP Paribas CIB. Plus ces critères sont ambitieux, plus le taux est bas, et moins l’emprunt sera cher. Avec un système de discount si les objectifs ESG sont atteints, et de malus dans le cas contraire. » En 2020, BNP Paribas a ainsi accompagné Chanel pour l’émission de ses premières obligations indexées sur des objectifs de développement écologique et durable, à hauteur de 600 millions d’euros. « Une première dans le secteur du luxe. »

Helios

Cofondatrice et directrice générale de la banque numérique Helios, Julia Ménayas (H.18) entend dépolluer nos comptes courants. « Nous sommes la première éco-banque en France », se targue-t-elle. Lancée fin février, Helios a enregistré plus de 500 ouvertures de comptes en 48 heures. Elle ne finance que les secteurs moteurs de la transition écologique – le premier projet soutenu est une centrale solaire en Nouvelle-Calédonie – et fonctionne sur le principe de l’exclusion. La liste des types de projet exclus est sur le site d’Helios. « Nous ne finançons aucune entreprise liée au charbon. »

Time for the Planet

Coline Debayle (H.13), 31 ans, a confondé la société à but non lucratif Time for the Planet, qui entend réunir 1 milliard d’euros pour créer 100 entreprises qui lutteront, à l’échelle mondiale, contre le dérèglement climatique. Les innovations seront en toutes en open source. « Nous menons ainsi une réflexion commune pour déterminer, au cas par cas, les business models les plus adaptés : services additionnels, market places, réseau d’installateurs, etc. » Tout le monde peut devenir actionnaire à partir de 1 euro et 100 % des bénéfices sont réinvestis. « Une entreprise française ne peut pas dire qu’elle ne distribuera pas de dividendes. Nous avons donc conditionné les dividendes à un retour à +0 degré par rapport à l’ère préindustrielle. » Chaque actionnaire peut aussi s’engager en tant que bénévole. « Sur notre serveur Discord, ils se regroupent par secteur géographique, de compétences ou d’école pour agir ensemble et faire grandir Time for the Planet. » En février, l’initiative avait déjà séduit plus de 15 000 actionnaires et collecté près de 2,4 millions d’euros.

Makesense

Alizée Lozac’Hmeur (H.12) a cofondé l’association Makesense, qui s’est diversifiée avec un fonds de préamorçage. « Nous étions frustrés de voir des entrepreneurs avoir tant de mal à trouver leurs premiers financements. Les fonds attendaient un chiffre d’affaires significatif ; les entrepreneurs que l’on accompagnait étaient trop en amont. » Makesense Seed I a finalisé en 2019 une levée de fonds de 8 millions d’euros, a structuré sa thèse d’investissement et investi des tickets de 100 000 euros dans dix projets. Objectif : 24 projets sur quatre ans. « Nous privilégions les projets go-to-market à un an, voire qui ont déjà commencé. » Parmi les premiers : le Drive Tout Nu, zéro déchet et responsable ou Toopi, qui valorise de l’urine humaine pour l’agriculture.

BlackRock

« Auparavant, il y avait une fausse croyance selon laquelle l’investissement responsable serait synonyme de moindres performances », rappelle Carole Crozat (H.04), à la tête de la recherche thématique en investissement responsable chez BlackRock. « Cette perception a évolué, et des analyses et méta-analyses ont montré la meilleure résilience des fonds à critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Ainsi, à la fin 2020, 80 % des indices ESG ont surperformé. Entre février et mars 2020, quand la plupart des fonds décollectaient, la collecte des fonds ESG a continué. Ces investisseurs responsables ont une vision plus à long terme que les autres. »

Educapital

« D’ici à 2030 il faudra environ 69 millions d’enseignants de plus dans le monde pour permettre l’accès à un enseignement primaire et secondaire universel de qualité. » Marie-Christine Levet (H.88), fondatrice du fonds Educapital, estime que les technologies de l’éducation sont incontournables pour réaliser les objectifs de développement durable de l’ONU. « Nous voulons rendre l’éducation accessible et inclusive, plus performante – notamment grâce à l’IA et à la data qui aideront à la mise en place d’un enseignement personnalisé et à lutter contre le décrochage. Rien qu’en France, 80 000 jeunes décrochent chaque année du système scolaire. » Educapital a créé en 2017 un premier fonds de 50 millions d’euros et a investi dans 16 entreprises innovantes. Un nouveau fonds de 100 millions d’euros vient d’être lancé. Parmi ses investissements : 360Learning, plateforme de formation en entreprise, par un apprentissage collaboratif, ou Lalilo, application pour apprendre à lire. Une piste pour mieux diffuser ces solutions ? « Les enseignants ont besoin d’une plus grande liberté pédagogique pour se les approprier. »

Pour en savoir plus

  • On écoute les cinq épisodes de Finanthrope, le podcast entièrement dédié à la finance responsable.investir-ethique.fr
  • On s’inscrit au cours Advanced Finance d’HEC Paris, créé pour les étudiants de M1 par les professeurs Johan Hombert et Daniel Schmidt en mars 2021. www.hec.edu
  • On lit l’article de recherche ESG Investing: How to Optimize Impact? publié en 2020 par Augustin Landier et Stefano Lovo (HEC Paris Research Paper No.FIN-2020-1363). Téléchargeable au format PDF sur le site www.papers.ssrn.com

Dans la même rubrique : “ La finance peut-elle sauver le monde ? ” par Pascal Quiry (H.84)

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