Faut-il vraiment passer à la 5G ?

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POUR

“ Une technologie nécessaire pour absorber l’explosion des volumes de données ”

Pour la 5G Gauthier Dalle
Gauthier Dalle (E.10)
Ancien directeur commercial chez Bose, Gauthier Dalle (E.10) a cofondé la société Odiho qui diffuse des contenus audio en direct sur les smartphones dans les gares et aéroports ou lors d’événements ou de rencontres sportives. Sa solution, qui fait appel au Wi-Fi et à la 4G, a été utilisée pour assurer la traduction simultanée lors des AG d’HEC Alumni.

Il y aura en 2025, d’après le magazine Forbes, 80 milliards d’objets connectés sur la planète, des smartphones aux drones, en passant par les capteurs pour les villes intelligentes. Ces dispositifs produiront quelque 180 milliards de gigaoctets (Go) de données quotidiennes. Déjà proche de la saturation, le réseau 4G n’est pas capable d’absorber un tel volume de fichiers.La 5G se présente comme la nouvelle génération de réseau mobile. Elle cumule plusieurs atouts. Outre l’augmentation du nombre de connexions mobiles simultanées, son débit est dix fois supérieur à celui de la 4G.

De plus, le temps de latence va passer de 0,27 à 0,01 seconde, soit le temps dont le cerveau humain a besoin pour reconnaître une image ! Cela permettra, par exemple, à un chirurgien de manipuler à distance des bras robotisés au-dessus d’un patient. Ces performances vont faciliter le développement de nouveaux usages, comme la vidéo 4K (et bientôt 8K), la communication entre machines ou même, plus prosaïquement, le télétravail – avec des visioconférences moins instables ou saccadées.

Une technologie de rupture

La 5G va également donner un coup de fouet à la réalité virtuelle et augmentée. À distance, des ingénieurs équipés de casques de réalité virtuelle pourront travailler ensemble sur l’objet de leur recherche en vision 3D – qui est une technologie très gourmande en données. Les informations transiteront dans le cloud et seront analysées en temps quasi réel. En effet, les terminaux seront, à terme, dotés de capteurs mais dépourvus de puissance de calcul. Tout passera par le cloud, dont les ressources en stockage et en capacité de traitement sont presque illimitées. Un drone ou un véhicule autonome enverra les images vers les centres de données virtuels, qui les analyseront et lui indiqueront la décision à prendre – par exemple freiner pour ne pas écraser l’individu qui traverse la route. La rapidité de la 5G trouve tout son intérêt dans ses applications ! Une voiture totalement autonome produira près de 4 000 Go de données par jour, contre 1 ou 2 Go pour un smartphone actuel…

Pour finir, certains usages sont encore inconnus. Souvenons-nous que la 3G, lancée en 2002, n’a trouvé sa pleine utilité qu’après l’explosion des smartphones, à partir de 2007. La France ne doit pas rater le virage de la 5G. C’est une technologie stratégique comme l’illustre l’affaire Huawei. Le président Donald Trump craint l’essor de la Chine qui progresse très vite. L’Europe doit s’y mettre, il n’y a pas de temps à perdre !

CONTRE

“ La 5G est une technologie destructrice et autoritaire ”

Contre la 5G Yves-Marie Abraham
Yves-Marie Abraham (D.04)
Installé au Québec depuis près de vingt ans, Yves-Marie Abraham (D.04) est professeur agrégé à HEC Montréal, spécialisé dans la sociologie de l’économie. Il a créé l’un des premiers cours universitaires sur la « décroissance soutenable » et a publié, en 2019, l’ouvrage Guérir du mal de l’infini : produire moins, partager plus, décider ensemble.

Après la fronde contre l’installation des compteurs « intelligents », le développement de la 5G suscite à son tour de vives controverses. Je me réjouis de voir un nombre croissant de citoyens se préoccuper des conséquences du déploiement de cette nouvelle génération de réseaux mobiles. En effet, le désastre écologique en cours va être accéléré par la 5G. Ce nouveau réseau ne viendra pas se substituer à ceux qui existent déjà, mais s’y ajouter. Il favorisera dans les prochaines années la fabrication de milliards de terminaux et objets connectés dont l’empreinte écologique n’a même pas été estimée – que ce soit en termes d’énergie, de matériaux consommés ou de déchets générés. Par ailleurs, la 5G va accroître la consommation mondiale d’électricité, or celle-ci est encore produite à plus de 60 % à partir de combustibles fossiles (gaz, pétrole et charbon).

L’argument selon lequel cette technologie permettra d’économiser de l’énergie du fait de sa plus grande efficacité est fallacieux. On le sait depuis cent cinquante ans, avec la publication de The Coal Question par l’économiste britannique William Stanley Jevons : l’introduction d’une technique plus performante se traduit par une accélération de la consommation des ressources associées, car le coût d’utilisation de celles-ci s’en trouve réduit.

Un risque sanitaire et social

Ajoutons au chapitre des nuisances écologiques de la 5G des dangers immédiats sur le plan sanitaire, pointés par un nombre grandissant de chercheurs. L’exposition aux ondes courtes utilisées par la 5G pourrait non seulement accroître les risques de cancer chez l’être humain, mais aussi affecter son système reproducteur, sa mémoire ou ses capacités d’apprentissage. D’où le moratoire contre la 5G réclamé en 2017 à l’Union européenne par des scientifiques. Près de 400 chercheurs et médecins à travers le monde l’ont désormais signé. L’autre raison majeure pour laquelle il y a tout lieu de se réjouir de ces contestations est d’ordre politique. L’industrialisation de nos sociétés a reposé sur des techniques non seulement destructrices pour l’environnement, mais aussi aliénantes pour l’individu.

Comme le soulignait déjà le philosophe américain Henry David Thoreau il y a plus d’un siècle, « les hommes sont devenus les outils de leurs outils ». Ce qui nous est présenté comme de simples moyens mis au service de nos fins nous prive du pouvoir réel de décider de nos manières de vivre ensemble. La 5G est l’une des dernières en date de ces « techniques autoritaires » dont l’historien Lewis Mumford a fait la critique. S’y opposer constitue un premier pas vers la reconquête de notre liberté collective, quitte à renoncer – du moins un peu – à notre volonté de puissance individuelle.

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