J’ai la joie et la fierté de lancer cette année Eutopia, un fonds d’investissement early stage dédié aux marques émergentes qui repensent les secteurs de la grande consommation, avec mes trois associés Antoine Régis (H.06), Cyrille Bessiere (H.04) et Camille Kriebitzsch. Eutopia est pour moi l’aboutissement d’un parcours personnel et professionnel dense et pas toujours rectiligne depuis ma sortie d’HEC. Je souhaitais le partager dans HEC Stories, car on entend finalement rarement des anciens nous raconter leurs phases de doutes et de questionnements, pourtant si fondatrices dans la construction de soi et de sa carrière. Voilà donc mon parcours en quelques mots. Je viens d’une famille nombreuse marseillaise qui a moins la culture de la performance et du succès que celle du sens et de la bienveillance. Partant de là, mes deux années de prépa à Ginette ont été pour moi déterminantes, car j’en ai tiré la conviction qu’on pouvait à la fois viser haut et conserver des valeurs collectives au quotidien. Je suis sorti de l’école en 2003, année blanche de l’entrepreneuriat pour cause d’éclatement de la bulle internet. Hors conseil et finance, point de salut pour les jeunes diplômés à cette époque. Me voilà parti pour sept ans de fonds LBO, de « belles années » sur le papier (ou plutôt dans la bulle) mais, sur le fond, des années assez déséquilibrées pour moi car sur le seul pied de l’ambition, sans attachement au sens et des valeurs. Plusieurs événements personnels douloureux et la faillite de Lehman (qui n’entre pas dans la première catégorie !) m’ont donné à l’automne 2008 à la fois le courage et l’opportunité de prendre une année sabbatique pour réfléchir à la suite et au nécessaire rééquilibrage de ma vie professionnelle. Au programme, un an de voyage sur mon vespa PX le long des côtes de Méditerranée, que je considérais comme la terre de nos (mes) racines, de Marseille à Marseille en passant par Tipaza, Carthage, Bir-Hakeïm, Alexandrie, Jerusalem, Beyrouth, Ithaque, Tirana ou encore l’île d’Elbe… De quoi s’immerger dans quelques lieux historiques fondateurs… et mesurer les dérives de notre société de consommation actuelle.Au retour, le vide comme il faut parfois le connaître pour mieux se re-remplir. Des tests de personnalité et des séances de coaching. Pas évident de savoir ce que pourrait être sa place dans un système qu’on a quitté volontairement…J’apprends au cours de mes tests que les personnes ayant mon profil sont en général prêtres, imams ou rabbins (!) et finis par formuler que mon driver personnel est d’aider les autres à exprimer leurs talents.Beaucoup de tentatives diverses et variées pour essayer de convertir cela en projets professionnels (entrepreneur dans la smartfood avec ma sœur en 2010, lancement d’un projet d’impact investing dans la formation en Libye…) sans pleinement y parvenir. En 2015, je rencontre Pierre-Édouard Stérin (fondateur de Smartbox et d’Otium Capital) qui me propose de le rejoindre dans son aventure d’investisseur entrepreneurial. Les débuts ne sont pas simples comme toute reprise, surtout après plusieurs années sur des circuits alternatifs. Une rencontre fin 2015 va être déterminante : celle de Juliette Couturier (H.15) et Judith Levy, les fondatrices de Même Cosmetics (marque de cosmétique dédiée aux femmes concernées par le cancer). Je prends alors conscience qu’une nouvelle vague d’ « entrepreneurs à mission » est en train d’émerger dans les secteurs de la grande conso, parents pauvres du monde des start-up jusqu’alors, mais appelés à devenir un vaste terrain de jeu compte tenu des enjeux écologiques et sociétaux qu’ils représentent. Même Cosmetics sera le premier investissement de cette aventure. Société de gestion désormais indépendante depuis notre spin-off d’Otium Capital début 2019, Eutopia gère aujourd’hui 100 millions d’euros et accompagne 19 équipes de fondateurs, toutes animées par la même volonté de faire les choses en grand et en bien (= l’Eutopie). Je me réjouis tous les jours d’évoluer désormais dans un tel écosystème et d’être parvenu, après quinze ans de vie professionnelle, à « connecter les points » de mes expériences passées, en espérant rester aligné dans le futur !J’espère que ce récit confortera tous ceux qui veulent s’engager ou se sont engagés sur ce long chemin de l’alignement.

Antoine Fine (H.03)