Lorsqu’il s’agit de s’engager dans une action contre la pauvreté, les entreprises ont souvent le réflexe de mettre en place un mécénat, financier ou de compétences, en faveur d’une cause. Mais à en croire Frédéric Dalsace, elles devraient commencer par interroger et réviser en profondeur leurs propres pratiques pour que leur action soit réellement efficace.

Posez-vous les vraies questions

Faire un don à une association caritative est une solution de facilité. Si votre entreprise souhaite s’attaquer au problème de la pauvreté à la racine, elle ne peut pas faire l’économie de quelques remises en question. Clarifiez d’abord votre périmètre d’action. Souhaitez-vous agir au sein même de votre entreprise ? Au niveau de ses parties prenantes ? Vis-à-vis des consommateurs ? Pour chaque objectif, la démarche diffère.

Commencez en interne

Questionnez-vous d’abord sur la pauvreté que votre entreprise crée en son sein. En France, n pauvre est une personne qui gagne 60 % du salaire médian national. Identifiez les bas salaires et les temps partiels concernés par cette définition dans votre organisation. Que pouvez-vous faire pour eux ? Leur accorder des primes, des avantages via votre comité d’entreprise ? Opérer des arbitrages pour améliorer leur qualité de vie ? Par exemple, Danone n’astreint plus le personnel de nettoyage de ses bureaux parisiens à des horaires décalés. Le groupe a investi dans des aspirateurs silencieux pour qu’ils puissent travailler en journée.

Passez votre sourcing à la loupe

Considérez l’écosystème de votre entreprise au sens large. Créez-vous de la pauvreté chez vos fournisseurs, directs et indirects ? L’extrême complexité des supply chains ne permet pas d’identifier facilement tous les acteurs, surtout les plus éloignés. Pour sourcer vos matières premières et produits de manière vraiment éthique, faites la pleine transparence sur vos processus d’achat. Les marques Veja, Everlast et American Apparel ont travaillé ces questions et garantissent ainsi l’exemplarité de leurs articles « ethically made, sweatshop free ».

Traquez les pénalités de pauvreté

Au niveau des consommateurs, vérifiez que vous ne créez pas des « pénalités de pauvreté », qui conduisent à faire (involontairement) payer plus cher vos produits ou services aux pauvres. Exemples : les forfaits de téléphonie les plus intéressants se trouvent sur internet… auquel les plus démunis n’ont pas accès. Une voiture neuve est inabordable pour un pauvre – mais la maintenance d’un vieux véhicule finira, en cumulé, par lui coûter plus cher. Passez au peigne fin vos activités pour repérer si elles induisent de tels effets pervers et essayez de les corriger.

Allez encore plus loin

Si vous voulez vous engager davantage, rejoignez l’Action Tank Entreprise & Pauvreté, une association créée en 2010 à l’initiative de Martin Hirsch et Emmanuel Faber (H.86). Elle réunit des grandes entreprises qui développent, à la marge de leurs activités traditionnelles, des business models proposant aux pauvres des offres avantageuses qui leur sont réservées, afin de réduire leur taux d’effort. Des projets existent dans tous les secteurs : optique solidaire, construction de logements abordables, accès à une alimentation de qualité, etc.


Frédéric Dalsace (H.85)
Professeur d’HEC en disponibilité, titulaire pendant dix ans de la chaire d’enseignement Social Business Entrepriseet Pauvreté, il enseigne actuellement à l’IMD Lausanne.

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