Bien avant que la crise de la Covid-19 ne fasse ressortir de nouvelles inégalités entre les hommes et les femmes, de nombreux exemples illustraient les difficultés rencontrées par les femmes, quel que soit leur milieu social, pour atteindre un positionnement similaire à leur égal masculin. Comment favoriser l’expression des talents des femmes, en particulier dans le monde de l’art et de l’entrepreneuriat ? Comment créer une société économique et culturelle plus inclusive ?À partir du constat établi par l’enquête des amis du NMWA, qui nous a été présenté par Annie Combelles, plusieurs groupes de discussions avec des artistes et des entrepreneures ont permis de traiter de la question des rôles modèles et du mentorat. Nous avons également eu le point de vue de Marie-Stéphanie Servos ( journaliste et fondatrice de Femmes d’Art).Nos intervenantes étaient : Bianca Bondi, Jeanne Susplugas, Laurence Lascary (De l’Autre Côté du Périph),Maud Louvrier-Clerc, les curateurs Anna Labouze (H.17) et Keimis Henni (Artagon, les Magasins Généraux).

Modèle et représentativité

Quelle importance peut avoir un rôle modèle pour entreprendre ou mener une carrière d’artiste ? Vers quelle représentativité des femmes artistes ou de femmes dans certains secteurs économiques là où, aujourd’hui, l’équilibre est loin d’être atteint ? Aujourd’hui, faut-il provoquer pour se faire une place ? Nous avons cherché, avec Céline Lazorthes et Bianca Bondi, les passerelles existantes entre les écosystèmes de l’art et de l’entrepreneuriat et nous avons conclu à la nécessité de construire des ponts entre les femmes pour leur faire traverser la rive de l’audace.

Les hommes ont « la place » par défaut et les femmes doivent la prendre.

Tel est l’état de fait. Il y a la souffrance de certaines femmes qui ont tout sacrifié, parmi elles se trouve celle qui une fois arrivée au sommet pourrait être tentée de pousser l’échelle pour s’assurer qu’une autre ne la remplace dans la sphère si étroite du pouvoir, ou de l’argent. Dans le monde artistique, la compétition s’exerce entre les artistes indifféremment du genre. Mais Bianca Bondi garde le souvenir d’une femme qui a cherché à la dégoûter du métier pour l’éloigner de son objectif. Mais il y a toutes les autres qui se rappelleront que c’est une femme qui a influencé leur parcours.

La nécessité des rôles modèles.

Une personne qui a permis à l’audace tapie en soi de s’exprimer, à son talent de se révéler, à l’envie de s’affirmer.Céline Lazorthes se souvient de la fascination ressentie à la création du premier service d’e-mails gratuits français Caramail, portée par Orianne Garcia. Toutefois, c’est un homme, Gilles Babinet lequel, convaincu par son potentiel, lui dit : « Tu vas faire de grandes choses, mais tu ne sais pas encore quoi. » Qui l’a « autorisée »à entreprendre.L’empowerement ne suffit pas, le « tu peux » ne permet pas, il est nécessaire d’établir les conditions d’une société équitable et inclusive qui lève les freins, et rend les femmes libres de créer. C’est aussi un homme, qui a appris à l’artiste Bianca Bondi à s’exposer. Céline comme Bianca cherchent à leur mesure à porter les initiatives d’autres femmes : Céline investit dans un portefeuille d’artistes exclusivement féminines ; Bianca donne des prénoms féminins à ses œuvres pour forcer la place des femmes dans les expositions auxquelles elle participe.

Pour faire bouger les lignes, l’éducation.

Il a paru essentiel à nos intervenantes de se fonder sur l’éducation pour faire évoluer l’état de fait, en faisant bénéficier fille et garçon de la même éducation du possible. L’éducation conditionne les comportements et les femmes doivent se permettent d’exprimer un avis avant d’avoir fait une thèse sur le sujet.

L’acceptation de sa vulnérabilité.

Céline Lazorthes a concédé que mener de front son entreprise et sa maternité lui a paru un temps inconciliable. Elle a ainsi cédé la direction exécutive de ses entreprises. Bianca est pareillement convaincue de l’illégitimité de la prescription reçue alors qu’elle débutait Est/Sleep/Art (sous entendu et ne rien faire d’autre).

Forcer l’égalité.

En entreprise, il s’agirait de permettre à des femmes d’investir des positions de pouvoir afin que leurs choix imposent une meilleure représentativité des femmes, et fassent la démonstration que la performance économique est indifférente au genre.

Quelle importance peut avoir un mentorat pour la carrière d’une artiste ou d’une entrepreneure ?

Quels réseaux font sens ? Dans quelle perspective ? Ce qui est ressorti du groupe avec Maud Louvrier-Clerc et Laurence Lascary, c’est une grande méconnaissance du mentorat, souvent confondu avec le coaching ou le travail d’un agent. Ceux qui avaient déjà entendu parler du concept en ignoraient le principe de gratuité. Le mentorat était présenté comme une force dans la carrière d’un indépendant et qu’être mentorée par une femme ou par un homme n’avait pas grande importance, et pouvait se compléter.Chez les artistes, les secrets du succès est un grand mystère. Laurence Lascary a souligné que le profil de ceux qui attribuent les financements, qui commandent les projets, et leurs biais cognitifs, y jouaient un rôle important. Les réseaux, professionnels, personnels, sociaux et informels sont essentiels au développement d’une carrière artistique ou d’un projet entrepreneurial. Artistes et entrepreneurs ne sont pas toujours préparés à cet aspect de la profession.

Le mentorat comme moyen de briser l’isolement ?

Les jeunes entrepreneuses et artistes sont à un moment donné de leur trajectoire seules et sans forcément trop de moyens, ni de réseaux ou de carnets d’adresse déjà bien établis. Anne-Marie Gabelica a souligné la solitude particulièrement marquée pour les artistes entrepreneuses. Dans ce contexte, le mentorat est perçu comme un levier intéressant et prisé par les nouvelles générations. C’est une rencontre sur la durée, intuitu personae, sans intérêt économique et dans la bienveillance. La valeur pour les deux parties est cependant très élevée : le mentor se sent utile et le mentoré suivi et épaulé. Une relation personnelle se créevia un contact informel et un contrat moral. Certaines artistes et entrepreneures parlent même de « maman ».

Qui sont les mentors ?

Il n’est pas forcément nécessaire d’avoir déjà été mentor auparavant,ce n’est pas un métier comme le coaching ou le conseil mais plutôt une posture et un engagement sur la durée.Ces idées étant posées, la question est de savoir comment développer le mentorat et le faire connaître. Si l’on souhaite être mentoré, il faut oser,demander à des personnes inspirantes, contacter des plateformes. Si l’on souhaite être mentor, là aussi, il faut oser, expérimenter et renforcer ainsiles liens entre les générations. En tout état de cause, pour celles qui l’ont pratiqué, les effets du mentorat sont extrêmement bénéfiques tant sur l’avancement du projet que la confiance en soi et le développement personnel. Reste à mieux le valoriser au sein des réseaux et à le rendre plus accessible.

Sabrina Munoz (E.14), Catherine El Arouni (H.87) et Iris Barlier (MBA.16)

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