Dominique Potier-Bassoulet : de la banque à la justice consulaire
Dominique Potier-Bassoulet (H.82) a consacré plus de quarante années de sa vie à BNP Paribas, gravissant les échelons de la banque de réseau pour achever sa carrière à la banque privée, avant de se tourner vers un univers complètement différent : celui de juge consulaire au tribunal de commerce de Paris. Une belle trajectoire qui mêle rigueur professionnelle, curiosité intellectuelle et engagement citoyen.
« A 19 ans, HEC ça ne me parlait pas. Ça faisait partie d’une filière que mes frères avaient poursuivie en faisant Ginette. Au lieu de suivre la filière scientifique, j’ai choisi la partie commerce », raconte-t-elle. Ce parcours, presque par hasard, lui a permis d’entrer dans le monde bancaire à la sortie d’HEC en 1982. Son premier poste dans le réseau lui a donné les bases de l’analyse financière et du crédit aux entreprises. Rapidement, elle rejoint l’inspection, considérée comme « l’école des cadres » de la banque, où elle occupe successivement les postes d’inspecteur, de chef d’émission puis de manager , tout en conciliant vie familiale et carrière. « J’ai eu trois enfants pendant l’inspection, ce que mon patron, qui était quelqu’un d’extrêmement en avance sur la promotion de la femme, a toujours très bien pris », se souvient-elle.
Son passage dans le département des grandes entreprises, en charge du coverage client en Banque d’investissement, lui ouvre les portes de la vie des affaires en France et le goût du commerce. Par la suite elle participe à la mise en œuvre la fusion de BNP avec Paribas avant de découvrir un nouveau métier : celui du Marché des dérivés sur actions. C’est l’occasion pour elle de développer une activité nouvelle de commercialisation de produits structurés auprès d’une clientèle fortunée. Arrive la crise financière de 2008, « on m’a proposé de développer les dérivés actions auprès des fonds souverains des Émirats, de Norvège, du Koweït, d’Azerbaidjan, de Chine… Pour moi, ça a été absolument extraordinaire ».
Par la suite, elle rejoint la Banque Privée du groupe Bnpp, pour créer une équipe dédiée aux “ultra high net worth individuals”, clients très fortunés et ce, jusqu’à son départ de BNPParibas en octobre 2023.
La transition vers le tribunal de commerce s’est faite sur un coup de cœur à l’invitation d’une amie. Pour devenir juge consulaire, Dominique a suivi un processus de formation structuré précédé d’un examen sous forme d’un cas de litige à résoudre . La formation de trois mois avant la prestation de serment est organisée par le tribunal et par l’École Nationale de la Magistrature « Il y a vraiment un cadre de formation qui est fait de façon très active et très structurée par le tribunal. Cela dure d’octobre à mi-janvier », explique-t-elle. Mi-janvier 2024, elle prête serment, vêtue de la robe, du chapeau et des gants blancs, prête à commencer ses premières audiences.
Le rôle de juge consulaire est spécifique : il concerne exclusivement les litiges commerciaux et les procédures collectives. « Tout le monde est bénévole », précise-t-elle. Les audiences sont intenses, avec quatre affaires le matin, une fois par semaine, suivies d’un déjeuner très convivial avec les juges de sa chambre. La semaine suivante ont lieu les délibérés. Au cours des délibérés, chaque jugement est validé de façon collégiale par e 3 juges, assurant ainsi la rigueur et la sécurité juridique.
Dominique souligne l’importance de l’expérience pratique pour compléter le droit théorique : « Je pense que ce qu’apporte un juge consulaire c’est un éclairage sur la vie des affaires. On a une expérience, un regard différent. L’audience est une bonne rencontre entre des gens qui ont pratiqué la vie des affaires et des avocats qui défendent un point de vue juridique ». Ses premières affaires l’ont particulièrement marquée, notamment un dossier sur des pratiques anticoncurrentielles mêlant droit français et européen et expertise financière complexe. « Cela a été un moment extrêmement intéressant », raconte-t-elle.
Le rôle est exigeant, mais il permet aussi une découverte permanente. Depuis le début de l’année, Dominique a changé de chambre, passant de l’économie numérique à la chambre bancaire, découvrant les nouvelles règles du droit du cautionnement.
L’un des enjeux actuels du tribunal est la diversification et la féminisation des juges consulaires. « Il y a peu de femmes parce que ce n’est pas très connu et que les femmes qui travaillent ont des enfants et pas toujours du temps pour d’autres activités …» constate cette mère de famille et désormais grand-mère toujours très active, ajoutant que le tribunal souhaite communiquer davantage pour élargir le recrutement. Pour devenir juge consulaire il faut une disponibilité suffisante ( cela représente un mi-temps), et le tribunal cherche des candidats encore proches de leur activité professionnelle pour garantir un partage d’expérience pertinent.
Dominique Potier-Bassoulet illustre par son parcours que la transition entre univers professionnel et engagement citoyen est possible, et même enrichissante. « J’adore découvrir des choses nouvelles. Cela m’a plongée dans un monde que je ne connaissais pas bien, mais qui me passionne », conclut cette femme à la brasserie des Deux Palais, dans l’Ile de la Cité, à côté du tribunal de commerce, où nous nous trouvons au moment de cette rencontre. Entre banque et justice consulaire, son engagement repose sur la curiosité, l’expertise et la volonté de contribuer au bien commun, tout en apportant une perspective féminine dans un univers encore majoritairement masculin.
Published by Daphné Segretain