Recherche HEC : Disparités géographiques du marché de l’emploi

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Abstract

Nous étudions comment l’automatisation et la globalisation ont eu un impact différent sur les marchés de l’emploi des agglomérations françaises de plus de 20 000 habitants. Nous montrons que les marchés de l’emploi des plus grandes villes ont été relativement les plus affectés : c’est là où le plus d’emplois intermédiaires – les plus exposés à l’automatisation et la globalisation – ont été détruits. En contrepartie, ces grandes villes ont créé proportionnellement plus d’emplois très qualifiés. Si les villes plus petites ont perdu moins d’emplois intermédiaires, l’essentiel des créations d’emploi concernait les métiers les moins rémunérateurs, accentuant ainsi l’écart de richesse entre grandes et petites villes. Publication à venir.

3 questions à Éric Mengus, professeur assistant à HEC

Quel constat dressez-vous ?

Nous avons étudié l’évolution du marché de l’emploi dans les villes françaises de plus de 20 000 habitants, de 1994 à 2015. Dans des grandes villes comme Paris, nous avons constaté qu’il y avait beaucoup plus de créations d’emplois bien rémunérés que moins bien rémunérés. C’est le phénomène que l’économiste Enrico Moretti a appelé «la grande divergence » et qui s’observe dans de nombreux pays. En parallèle, nous avons fait un autre constat : dans toutes les villes, de nombreux emplois intermédiaires (employés de bureau, ouvriers qualifiés, etc.) ont disparu. Ce qui crée une polarisation du marché du travail : d’un côté, il y a plus d’emplois très qualifiés ou peu qualifiés, et, de l’autre, moins d’emplois intermédiaires. Cette polarisation est due pour l’essentiel à l’évolution technologique et la globalisation de l’économie. En effet, les emplois intermédiaires qui ont disparu sont souvent substituables par des machines ou des activités délocalisées. Ce phénomène de polarisation est particulièrement marqué dans les grandes villes.

Quelles sont les conséquences de cette polarisation de l’emploi ?

Les emplois intermédiaires sont occupés par des gens qui ont un certain niveau de qualification, sans pour autant avoir accès aux postes de cadres. Avant, si vous aviez le bac et éventuellement une licence, vous pouviez aspirer à occuper des postes d’ouvriers qualifiés, d’employés, voire de professions intermédiaires. Aujourd’hui, dans les grandes villes, ces emplois n’existent plus. Vous êtes donc contraints d’aller chercher un emploi moins qualifié, ou de partir travailler dans de plus petites villes. C’est un peu l’histoire des gilets jaunes, de personnes qui viennent de la France périphérique et sont exclues des grandes villes, car le marché de l’emploi ne correspond plus à leurs qualifications.

Comment rééquilibrer le marché du travail dans les grandes agglomérations ?

Dans les grandes villes, il ne faut pas casser la dynamique économique : la création et la concentration d’emplois très qualifiés sont nécessaires à la croissance. Il faut plutôt poser la question de la création d’emplois dans les petites villes. Des secteurs qui ont besoin d’espace peuvent y créer de l’activité économique : la silver économie avec des maisons de retraite, l’agriculture labellisée, très rémunératrice aujourd’hui… Il faut créer de la valeur ajoutée en tirant parti des avantages des agglomérations de taille modeste.

Éric Mengus est professeur assistant en économie et sciences de la décision à HEC Paris. Ses recherches portent sur la macro-économie et l’économie urbaine.
Tomasz Michalski est professeur associé à HEC en économie et sciences de la décision. Il s’intéresse notamment aux questions de commerce international et d’économie urbaine.