Cet automne, le groupement Luxe et Création inaugurait un nouveau cycle de conférences sur les enjeux du Développement Durable dans le Luxe, problématique essentielle des marques désormais. Marie-Claire Daveu, Directrice du Développement Durable et des Affaires Institutionnelles du groupe Kering, était l’invitée de ce rendez-vous du 03 octobre 2019 ; interviewée par Jonathan Siboni, fondateur et président de Luxury Insight, elle déployait les enjeux de cette thématique et les réponses apportées par l’un des plus grands groupes de Luxe mondiaux.

À l’heure où la question environnementale occupe une part grandissante du débat public, le monde du Luxe, par ses maisons et ses acteurs, peut-il réellement prendre la parole sur ces enjeux et en décliner une vision cohérente ? En tant qu’instigateur de tendances peut-il influencer, clients, fournisseurs, et autres entreprises ? C’est l’ambition que s’est fixée François-Henri Pinault : changer radicalement les paramètres et modes de pensée dans son groupe pour influer durablement les hommes et le monde. En moins de dix ans, grâce à l’établissement d’une cellule dédiée dont Mme Daveu est la précieuse représentante, c’est l’ensemble du paradigme de Kering qui a été repensé pour créer un business model éco-efficient, autour de trois piliers distinctifs : « Care, Collaborate, Create ».

« Care » : l’enjeu écologique est désormais au cœur des préoccupations du groupe ; qu’il s’agisse de la maroquinerie, associée aux métaux lourds des tanneries, du textile (l’une des industries les plus polluantes de la planète), ou bien encore de la joaillerie, tout Kering est concerné et affiche clairement ses objectifs : réduction de 40 % de l’empreinte globale d’ici à 2025, baisse de 50 % des émissions de gaz à effet de serre, traçabilité de 100 % des matières premières utilisées et produites (d’où un besoin d’un lien privilégié avec les fournisseurs).

« Collaborate » : à travers la préservation de savoir-faire spécifiques, l’attention particulière à la parité hommes-femmes dans tous les domaines (salaires, parentalité, responsabilité) ou encore au respect des droits humains fondamentaux au sein du groupe et chez les fournisseurs, Kering assume une dimension sociale responsable.

« Create » : véritable ADN du Luxe, la création est au coeur du défi lancé ; au-delà des collections, c’est désormais toute la chaîne de production qui appelle à la créativité : du « Materials Innovation Lab » de Milan, qui crée ou sélectionne des matières premières 100 % écoresponsables (cuirs végétaux, par exemple), aux partenariats avec des écoles partout dans le monde pour former les jeunes designers et décideurs de demain… l’innovation et la disruption sont encouragées partout.

Il s’agit également de quantifier l’impact de cette révolution : d’où la création de l’« Environnemental P&L », qui permet de mesurer dans le compte de résultat l’impact sur l’environnement de l’activité de chaque maison et d’identifier les leviers rapides d’amélioration. Cette méthodologie est la première du genre et a permis d’intervenir efficacement à plusieurs endroits stratégiques, en particulier chez les fournisseurs qui représentent une grande partie de l’impact écologique négatif. Clé de voûte du secteur du Luxe, la communication joue enfin un rôle essentiel pour épouser ce changement des temps, auquel les Millennials, en particulier, sont extrêmement sensibles. Gucci, marque phare du groupe n’est pas en reste en annonçant l’interdiction de la fourrure sur ses défilés, et en mettant en ligne « Gucci Equilibrium », véritable manifeste de l’engagement de la marque dans une démarche écologique. Kering un cas d’école ?

En un temps court pour l’industrie, le groupe a mis en acte une politique impactant positivement ses maisons sur le plan social et environnemental. Cette vision à long terme, soutenue par un management volontaire, proclame avec succès les fondamentaux d’un Luxe, qui, s’il ne perd rien de la part de rêve qu’il suscite, adopte une position éthique et responsable, en phase avec son temps.