Du luxe à l’art : et si ce n’était pas réservé qu’aux marques ?

Il y a quelques jours, je recevais 150 personnes au Centre Culturel Français de Boston pour le vernissage de ma première exposition solo de peinture : French Eyes on Boston. Une belle reconnaissance, et l’occasion d’un petit point d’étape sur mon parcours : Comment et pourquoi devient-on artiste après avoir fait HEC ?

S’il y a bien un métier qui laisse de la place aux autodidactes, c’est celui de l’art. Gauguin était un ancien agent de change, Francis Bacon décorateur, Grandma Moses, brodeuse et moi… j’ai consacré les 10 premières années de ma vie professionnelle à la communication pour les maisons de luxe, chez Mazarine, une agence qui fait de la quête esthétique une valeur centrale. Ce premier choix d’orientation n’était pas anodin, j’avais eu un premier déclic sur le campus d’HEC en écoutant un intervenant venu du Design nous témoigner qu’il avait « voué sa vie à essayer de rendre le monde plus beau » : voilà, c’était ce que je voulais faire moi aussi.

Début 2018, j’ai osé me formuler un désir profond d’aller plus loin ; à l’issue d’un coaching pour expatriés à Boston où j’avais suivi mon mari. J’avais toujours dessiné comme loisir, et je voulais désormais me consacrer à ma pratique artistique. Mais j’avais une angoisse, une peur : m’enfermer seule avec mes toiles et insidieusement devenir « une desperate housewife », qui peint pour s’occuper.

C’est vraiment la rencontre avec un public, la reconnaissance des pairs, des galeries et des institutions qui font la différence entre peindre pour soi et être une artiste. Alors, d’emblée, je me suis ouverte à l’extérieur, et j’ai utilisé mes compétences commerciales et de communication. J’ai participé et été acceptée à des expositions-concours à Boston, à New York. Grâce à ma présence sur les réseaux sociaux (j’ai près de 5 000 abonnés sur mon compte professionnel Instagram), une galerie à Milan a exposé mes oeuvres.

C’est moi qui ai sollicité et conçu les expositions au Centre culturel français et celle à venir très prochainement à Lowell. Aux États-Unis, l’art contemporain conceptuel n’est pas le seul genre dominant. Les arts dits modernes (peinture sur toile et sculpture sur socle) sont riches créativement, participent activement à la vie culturelle, et sont très prisés par les collectionneurs et les musées.

Ce contexte favorable et cette décision de vie ont libéré en moi une énergie folle, comme si une digue s’était brisée, et en un an, j’ai réalisé près de cent œuvres. Je me suis lancé défi sur défi : la peinture à l’huile, que je trouvais intimidante, l’encre de chine, qui ne pardonne rien, le portrait d’après modèle vivant, l’abstraction, le collage, la sculpture. J’ai fait de cette année une exploration artistique continue et absolument libre. Au quotidien, peindre est un travail fascinant, proche de l’introspection.

Un record de participation pour l’événement du centre

J’ai grandi en Amérique Latine, puis en Italie, j’ai vécu en Chine et maintenant aux États-Unis. Toutes ces cultures m’influencent, ainsi que les artistes que j’admire et aussi bien sûr, les images de modes que j’ai brassées dans mon travail précédent. Et tout cela participe, je crois, à rendre ma voix singulière dans le monde actuel. En septembre, nous déménageons à New York. Je cherche à être accompagnée par une grande galerie dans mon développement sur la scène artistique internationale. Je sais que les prochains mois vont être cruciaux pour définitivement me lancer et faire entendre ma voix. Et ce, pour me donner une chance de vivre de mon art et de ma passion, car comme Stendhal le disait déjà en 1830, « La vocation, c’est le bonheur d’avoir pour métier sa passion. »

Instagram : @margueritewibaux.art