Abstract

L’information délivrée par les banques centrales sur l’évolution des taux d’intérêt futurs, dite forward guidance, réduit l’incertitude sur les marchés. Cela renforce l’efficacité de la politique monétaire en influençant les décisions des acteurs économiques. Notre étude présente différentes formes de forward guidances dans différents pays. Ces travaux visent à mesurer les effets de cette communication selon la façon dont elle est menée. Nous avons ainsi distingué trois types de forward guidance : l’une qualitative (sans indication de calendrier ou objectifs chiffrés), l’autre basée sur un calendrier, et la dernière fixant des objectifs économiques, à court ou à long terme. Paradoxalement, une communication établie sur des données à court terme renforce l’incertitude : elles tendent à brouiller la lecture des indicateurs économiques, et pèsent sur les réactions du marché.
American Economic Journal : Macroeconomics, Vol. 11, No. 3, July 2019. With Philippe Andrade, Eric Mengus, Benoit Mojo.

3 questions à

Gaetano Gaballo, professeur associé à HEC

Pourquoi étudier la forward guidance dans plusieurs pays ?

La forward guidance aux États-Unis a déjà fait l’objet de plusieurs études. Nous avons choisi d’élargir le champ d’analyse en incluant la zone Euro, le Canada, le Japon, la Suède et le Royaume-Uni, ce qui nous a permis de comparer les façons dont cette communication est menée, et avec quels effets.La forward guidance (un signal « public » de la banque centrale concernant l’évolution future des taux d’intérêt) s’ajoute à un ensemble de signaux « privés », qui donnent aux investisseurs et autres acteurs économiques des indications pour prendre leurs décisions. En produisant une information publique, la forward guidance réduit l’incertitude sur les taux d’intérêt, mais elle pousse également à négliger les autres signaux. Les réactions du marché peuvent alors ne plus refléter la réalité économique et conduire, paradoxalement, à une certaine confusion. Imaginez le marché financier comme un miroir un peu distant, où vous arrivez juste à distinguer ce que les autres autour de vous sont en train de faire. Maintenant, imaginez qu’un grand type (une banque centrale) se place devant ce miroir, vous bloquant la vue, et vous explique ce qu’il s’y passe. Si le grand type ne s’exprime pas très clairement, vous risquez d’être moins bien informé qu’avant son arrivée !

Quels sont les types de forward guidances les plus efficaces ?

Nos recherches montrent que la forward guidance qualitative n’a quasiment aucun effet. En revanche, lorsqu’elle est fondée sur des données économiques, la forward guidance rassure les marchés. En expliquant récemment que ses taux directeurs resteraient à leurs niveaux actuels ou plus bas jusqu’à ce que « les perspectives d’inflation convergent durablement vers un niveau suffisamment proche de, mais inférieur à 2 % sur son horizon de projection », la BCE a réussi à clarifier une situation. Ce type de communication, qui s’inscrit sur la poursuite d’un objectif clair sur une période de temps assez longue, réduit l’incertitude.

Les banques centrales ont-elles pris note de vos conclusions ?

En septembre 2019, la BCE a annoncé qu’elle abandonnait les communications fondées sur un calendrier à court terme au profit d’une forward guidancede long terme, accompagnée d’indications précises sur les perspectives d’inflation. Comme nous travaillons directement avec les personnes qui prennent les grandes décisions au sein de la BCE, il est possible que notre étude ait eu une influence sur cette nouvelle politique.

Gaetano Gaballo
Professeur agrégé d’économie à HEC Paris et membre du Centre for Economic Policy Research de Londres, il s’intéresse notamment, dans le cadre de ses recherches, à la politique monétaire, au secteur bancaire, à la macroéconomie et à l’évolution des marchés financiers.