Aika, à la croisée de l’art, du luxe et de l’innovation
Cofondée par Aimie Ferry-Sauvaire, passée par L’Oréal, et Karen Levy, issue du monde de l’art, Aika accompagne marques et institutions culturelles dans leurs projets artistiques et numériques. De la réalité virtuelle aux collaborations avec les maisons de luxe, cette plateforme de conseil entend renouveler l’expérience de l’art sans opposer création physique et innovation technologique.
Deux parcours complémentaires pour faire dialoguer art et luxe
Amies d’enfance, rencontrées sur les bancs de l’École alsacienne, Aimie Ferry-Sauvaire (Executive Education 2018) et Karen Levy ont choisi de réunir leurs expertises pour créer Aika. La première a passé sept ans chez L’Oréal, notamment en Chine, dans les domaines de l’innovation et du marketing, avant de rejoindre le siège parisien du groupe. La seconde a grandi dans un environnement de collectionneurs d’art contemporain chinois et travaillé au sein de maisons de vente.
Leur point commun ? Un intérêt marqué pour la Chine et la conviction que l’art et l’innovation peuvent se nourrir mutuellement. Après leurs expériences respectives dans de grandes organisations, les deux entrepreneuses décident de lancer leur propre structure. « On a créé ensemble une plateforme de conseil dans l’art et l’innovation », explique Aimie Ferry-Sauvaire.
Aika articule aujourd’hui son activité autour de deux axes : la conception d’expériences artistiques immersives grâce aux nouvelles technologies et l’accompagnement des marques dans leurs collaborations avec des artistes contemporains.
Pour les maisons de luxe, l’art représente bien davantage qu’un outil de communication et permet d’exprimer une identité, de renouveler un univers visuel et de créer une relation singulière avec les clients. Aika intervient à différentes étapes de ces projets : sélection des artistes, direction artistique, création d’œuvres exclusives, packaging ou encore organisation d’événements destinés aux collectionneurs et aux clients VIP. L’enjeu est de construire une rencontre cohérente entre l’univers d’une marque et celui d’un artiste, sans réduire ce dernier à un simple vecteur d’image. La création doit conserver sa singularité tout en faisant écho à l’histoire et aux valeurs de l’entreprise.
L’expérience d’Aimie Ferry-Sauvaire dans le secteur du luxe, associée à la connaissance du marché de l’art de Karen Levy, permet ainsi à Aika de se positionner à l’intersection de deux univers qui partagent une attention particulière à la création, à l’exclusivité et à la transmission.

La technologie, une nouvelle porte d’entrée vers l’art
Le premier pilier d’Aika concerne les expériences immersives. L’entreprise travaille avec des musées, des galeries, des artistes et des marques pour concevoir des environnements numériques dans lesquels le public peut explorer des œuvres autrement, notamment grâce à la réalité virtuelle. « On crée une expérience, un voyage immersif dans l’œuvre », résume Aimie Ferry-Sauvaire. Il ne s’agit pas simplement de reproduire un tableau sur un écran, mais d’imaginer un parcours qui transforme la manière de le découvrir. Les équipes d’Aika s’appuient sur des partenaires technologiques, des fabricants de matériel aux développeurs issus de l’industrie du jeu vidéo, tout en accordant une place centrale au choix des artistes et à la direction artistique.
national de Shenzhen, en Chine. En France, elle a également présenté des expériences au Musée national des arts asiatiques – Guimet, à Paris, lors des Journées européennes du patrimoine. Selon Aimie, ces présentations ont accueilli environ 300 visiteurs par jour.
Aika accompagne aussi des artistes dont les œuvres sont conçues directement avec des outils numériques : vidéo, environnements en trois dimensions ou créations pensées pour la réalité virtuelle. Parmi eux figure Krista Kim, artiste de l’art numérique dont le travail explore notamment les liens entre création, perception et bien-être.
Ces nouvelles pratiques interrogent la place du numérique dans les institutions culturelles. Comment renouveler les parcours d’exposition ? Comment attirer de nouveaux visiteurs et rendre les œuvres accessibles à des publics plus larges ? Pour l’entrepreneure, le secteur de l’art est à son tour engagé dans une transformation comparable à celles déjà traversées par la musique et le cinéma.
Certaines expériences sont destinées à être découvertes uniquement dans un musée. D’autres sont accessibles à distance, depuis un ordinateur ou un téléphone, dans des univers virtuels que les visiteurs peuvent explorer à l’aide d’un avatar. La technologie permet ainsi de dépasser certaines contraintes géographiques et de multiplier les points de rencontre avec les œuvres.
Cette ouverture ne signifie pas pour autant que le numérique doit remplacer l’expérience physique. « Nous, on parle toujours de “phygital” », souligne la cofondatrice. L’idée est de combiner les deux approches : l’expérience numérique peut prolonger une visite, enrichir la découverte d’une œuvre ou donner envie de se rendre dans une institution culturelle. La technologie doit servir une intention artistique et susciter une émotion. C’est dans cet équilibre entre innovation technique et exigence créative qu’Aika entend inscrire ses projets.
Des collaborations artistiques pour renouveler l’identité des marques
L’autre volet de l’activité d’Aika consiste à accompagner les marques dans leurs collaborations avec des artistes. L’entreprise intervient notamment auprès du groupe L’Oréal sur sa stratégie artistique et sa collection d’entreprise, en faisant appel à des créateurs contemporains pour réaliser des œuvres originales. Elle développe également des projets autour du packaging, des univers visuels et des lancements de produits.
La démarche peut prendre une dimension internationale, notamment en Chine, où les deux fondatrices disposent d’une connaissance particulière du marché et de ses acteurs culturels. Aimie Ferry-Sauvaire évoque ainsi le travail mené pour accompagner l’arrivée d’Isabel Marant sur ce marché. La marque souhaitait s’associer à un artiste chinois afin de construire une proposition adaptée à son implantation locale. Aika a participé à la conception d’une collaboration autour d’œuvres lumineuses et colorées, dont les motifs ont été déclinés sur des pièces emblématiques de la maison, notamment ses baskets compensées.
Le projet ne se limitait pas aux produits : des œuvres physiques de l’artiste ont également été présentées lors d’événements destinés à des invités VIP. La collaboration associait ainsi création artistique, expérience de marque et rencontre avec le public chinois. L’innovation intervient aussi dans les processus créatifs eux-mêmes. Pour certains projets menés autour de Carita, Aika a travaillé avec des artistes utilisant l’intelligence artificielle et les données comme matière de création, avant de transposer leurs recherches sur des supports physiques. Une manière de faire dialoguer les outils numériques avec des objets tangibles, sans enfermer l’œuvre dans un seul format.
Pour les marques de luxe, ces collaborations peuvent contribuer à renouveler leur expression et à inscrire leur histoire dans un contexte culturel plus large. Elles exigent toutefois un travail de fond : identifier les artistes pertinents, respecter leur démarche et construire un projet qui ait du sens au-delà de sa visibilité immédiate. Le parcours d’Aimie Ferry-Sauvaire témoigne également de la place croissante prise par ces sujets dans les stratégies d’entreprise. Lorsqu’elle a suivi une formation en executive education à HEC, alors qu’elle travaillait encore chez L’Oréal, les usages numériques n’occupaient pas la même place dans son activité. Elle explique les avoir progressivement intégrés à son travail, jusqu’à en faire aujourd’hui l’un des fondements de son projet entrepreneurial.
Son lien avec l’écosystème HEC s’est prolongé à travers des initiatives réunissant acteurs de la technologie, entrepreneurs et professionnels de la culture. Ces échanges nourrissent une réflexion sur les transformations en cours et sur les nouvelles façons de transmettre les œuvres.
Au fond, la démarche d’Aika repose sur une ambition : rendre l’art accessible à davantage de publics tout en préservant son exigence. « On le rend très accessible », explique Aimie Ferry-Sauvaire à propos des projets développés par l’entreprise. Qu’il s’agisse d’une expérience virtuelle, d’une œuvre destinée à une collection d’entreprise ou d’une collaboration avec une maison de luxe, l’objectif reste de créer une rencontre durable entre l’art, les marques et leurs publics.
À l’heure où les technologies redessinent les modes de création et de diffusion, Aika fait le pari que l’innovation n’a de valeur que lorsqu’elle sert le propos artistique. Non pas opposer le réel au numérique, ni le patrimoine à la nouveauté, mais les faire dialoguer pour imaginer de nouvelles expériences culturelles.
Published by Daphné Segretain