Porté par sa culture d’intrapreneuriat, Adecco a été précurseur sur le marché de l’intérim. Pour conserver son leadership dans un monde du travail en mutation, le groupe a étendu le champ de ses activités.

fondateur Interecco

Arès-guerre, le chômage est bas : le défi, sur le marché de l’emploi, est de trouver des talents. Au début des années 1960, le secteur de l’intérim est en croissance, mais encore peu développé (on compte 30 000 intérimaires et moins de 200 agences en 1962). Estimant que le besoin de flexibilité des entreprises présente un potentiel important, Philippe Foriel-Destezet (H.58) fonde en 1964 Interecco et choisit de l’implanter à Lyon. L’entreprise, devenue Ecco en 1971, connaît une croissance rapide, portée par l’encadrement des activités de l’intérim en 1972, puis par les bouleversements causés par le choc pétrolier de 1973. Pour son 20e anniversaire, elle devient leader du travail temporaire dans l’Hexagone.

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À Lyon, Philippe Foriel-Destezet (H.58) fonde Interecco, une entreprise de travail intérimaire. Il dirigera la société jusqu’en 1996, date à laquelle il devient coprésident d’Adecco, jusqu’en 2005.La loi du 3 janvier encadre – et légalise enfin – l’intérim. Elle stipule que le travail intérimaire doit avoir une durée limitée et ne pas se substituer à un emploi permanent, et interdit les doubles activités.Le choc pétrolier et la crise qui s’ensuit affectent le marché du travail : le chômage augmente, en même temps que la demande des entreprises en matière de flexibilité. Le recours à l’intérim s’accroît.

Le temps des pionniers

agence Ecco

L’entreprise mise sur les hommes. Philippe Foriel-Destezet encourage ses collaborateurs à se comporter en « intrapreneurs » et les intéresse aux résultats. En tandem avec Philippe Beauviala (H.65), son bras droit, il promeut une organisation décentralisée et une responsabilisation à tous les échelons, attirant ainsi les jeunes talents. « J’ai rejoint le département international d’Ecco en 1984, se remémore Livio Manzini (H.83). Après une période de formation à Lyon, je suis parti dans notre filiale à Londres, en difficulté. Au départ de son directeur, j’ai demandé à être en charge de son redressement. Philippe-Foriel Destezet m’a fait confiance, alors que j’avais 23 ans. » Dix ans plus tard, Livio crée avec Ecco deux joint-entures de travail temporaire et de gardiennage en Turquie. « Là encore, Philippe Foriel-Destezet m’a laissé les pleins pouvoirs. » Même si l’entreprise reste centrée sur la France, elle essaime à l’étranger dès les années 1980.

En 1996, la fusion d’Ecco et d’Adia donne naissance au numéro 1 mondial du secteur.

Fraîchement diplômé en droit social, Jean de Wailly (MBA.96) intègre l’entreprise en tant que stagiaire, enchaîne avec un service militaire en entreprise à Londres, puis propose de créer la filiale d’Ecco en Autriche. « J’ai d’abord dû faire mes preuves comme responsable de secteur en France. Deux ans plus tard, je suis revenu à la charge, Philippe Beauviala m’a répondu : “OK. Dans ce cas, démissionne, nous te finançons quatre mois d’étude de terrain. Si ça marche, banco. Sinon, tant pis pour toi.” Et ça a marché. C’était encore le temps des pionniers, c’était formidable ! » Livio et Jean saluent la culture terrain des dirigeants de l’époque : en déplacement dans les filiales, ils ne manquaient jamais d’accompagner les commerciaux lors des visites chez les clients.

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Pour son dixième anniversaire, Ecco ouvre sa 150e agence en France. Trois ans plus tard, l’entreprise fait une première percée à l’international en s’attaquant aux marchés américain et britannique.À 20 ans, Ecco
devient la première
entreprise d’intérim
de l’Hexagone.
L’entreprise, qui
compte désormais
350 agences et
113 000 intérimaires,
ouvre même une
filiale au Japon.
À 30 ans, Ecco est
numéro 2 mondial
du travail temporaire,
avec 635 agences,
80 000 clients et
255 000 intérimaires.
Si le marché français
reste le coeur d’activité,
la société est présente
sur trois continents.

Fusion et diversification

Singapour Ecco

Au début des années 1990, alors que le chômage de masse s’installe dans la durée, 70 % des entreprises qui recourent à l’intérim officient dans les secteurs du BTP et de l’industrie. Ecco détient 22 % des parts du marché français, y réalise 80 % de son activité et connaît une croissance à deux chiffres. En 1996, son mariage avec le suisse Adia donne naissance au numéro 1 mondial du secteur, devant l’Américain Manpower. Et la stratégie change. Le nouveau groupe Adecco se déleste de ses filiales de sécurité et de nettoyage, soit 14 % de son chiffre d’affaires, afin de se recentrer sur le pôle ressources humaines. Pour accompagner les mutations du marché du ravail (digitalisation, généralisation du statut de free-lance…), Adecco rachète à partir des années 2000, plusieurs sociétés spécialisées dans l’accompagnement professionnel, le placement ou le recrutement des cadres. Le groupe ambitionne de couvrir ainsi toutes les formes de flexibilité.

Adecco groupe
1996La fusion d’Ecco et Adia, société suisse dirigée par Klaus Jacobs, crée Adecco, nouveauleader mondial des services en ressources humaines. Réparties dans 36 pays, ses 2 400 agences placent chaque jour près de 250 000 personnes
2000Avec le rachat d’Olsten Staffing (New York), Adecco devient numéro 1 du travail temporaire aux États-Unis avec un chiffre d’affaires de 11,6 milliards d’euros. L’entreprise double ainsi Manpower sur son propre terrain.
2005La loi de cohésion sociale autorise les entreprises de travail temporaire à proposer des prestations de placement direct en CDD et CDI. En devenant des agences pour l’emploi, elles élargissent leur gamme de services.
2014Le CDI intérimaire est créé. Son principe : l’agence de travail temporaire embauche une personne en CDI, lui confie des missions et la rémunère au SMIC dans les périodes intermédiaires. Un système exemplaire de « flexisécurité ».

En France, la loi Borloo de cohésion sociale adoptée en 2005 l’y aide en mettant fin au monopole de l’ANPE : les entreprises d’intérim sont désormais autorisées à proposer des prestations de placement direct en CDD et CDI. Dans le même temps, Adecco surfe sur la vague du numérique : recrutement en ligne avec Vettery ; mise en relation de free-lances et de grands groupes avec Yoos (développé en partenariat avec Microsoft) ; plateforme d’emploi temporaire de secteurs très demandeurs – restauration, événementiel… – avec l’application Adia, créée avec Infosys. « L’intérim représente 70 % des revenus du groupe, mais il est en déclin, explique Serge Shine (H.04), responsable des marchés stratégiques pour le recrutement de cadres. Adecco a adopté ces vingt dernières années une vision holistique du monde du travail, en se dotant d’un écosystème de marques pour répondre aux problématiques de recrutement et de transformation des compétences. » Or la crise sanitaire, qui a touché certains secteurs plus durement que d’autres, a fait naître d’importants besoins en formation et en reconversion. Un nouveau monde du travail à bâtir ?

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