La vague de l’épidémie a fait plonger les Bourses mondiales et causé un reflux brutal de l’activité. Les PME ont dû manœuvrer sec pour rester à flot. Dix récits du désordre.

Fitness

Vive le confitment

Le 15 mars, quand ses 35 clubs de sport Neoness et Episod ferment leurs portes, l’impact est énorme pour Verona, PME florissante, en passe de devenir une ETI. Sa fondatrice, Céline Wisselink (M.99), se félicite néanmoins de ses choix. Sur le plan humain, d’abord. Depuis douze ans, elle et son associée, Marie-Anne Teissier, ont investi dans le recrutement et la formation de leurs équipes: leurs coachs sont tous en CDI, ce qui leur permet de bénéficier du chômage partiel financé par l’État. « Au Royaume-Uni, les coachs sont des travailleurs indépendants, ni eux ni leurs employeurs ne reçoivent de soutien. C’est une chance d’être ici! » Pour dédommager sa clientèle, Neoness offre la prolongation ou l’upgrade des abonnements en cours. En plus, la marque déploie des cours sur les réseaux sociaux et son appli MyNeoCoach, qui propose coaching digital et programmes d’entraînement, est téléchargeable gratuitement pour ceux qui souhaitent profiter pleinement de leur « confitment ». « Cette crise ouvre la voie à de nouvelles pratiques sportives, à 360°: chez soi, à l’extérieur ou en entreprise, le digital complétant les entraînements en salle. » Du fitness au futur.


Audiovisuel & art urbain

Travailler sa comm’

Jonas Ramuz (M.14) a un pied dans la production audiovisuelle (avec Boogie Nights) et l’autre dans la revalorisation de l’espace public urbain par l’art (avec Quai 36). Mi-mars, tournages et fresques murales ont été stoppés net. Qu’à cela ne tienne: chez Boogie Nights, on termine la post-prod d’un film publicitaire et on démarre un projet en 3D. Quant à Quai 36, il communique sur ses talents et réalisations. Marquer une pause et poser ses marques. « C’est comme ça que nous nous adaptons au confinement! »


Cours culinaires

Cordons-bleus en ligne

La Covid-19 a cueilli L’Atelier des chefs en plein pivot stratégique: après le succès de ses ateliers de cuisine pour tous, la PME de Nicolas Bergerault (H.90) commençait à se tourner vers la formation professionnelle en ligne. La crise a accéléré cette mutation. « Nos onze ateliers, qui sont nos sources principales de revenus, sont arrêtés. Nous nous concentrons donc sur notre offre de formation digitale, qui se poursuit pour tous nos inscrits. Afin d’ouvrir la voie à une collaboration avec les Centres de formation des apprentis, fermés eux aussi, nous avons mis gracieusement à disposition de leurs élèves nos parcours de révision en ligne pour préparer le CAP cuisine. » L’équipe des ateliers, réduite, ne chôme pas pour autant: elle a proposé à ses clients corporate d’animer pour leurs collaborateurs un challenge culinaire à distance. Quant à Nicolas, il fait le buzz tous les midis, en cuisinant un plat en direct sur Facebook à partir des ingrédients de son placard de confiné !


Cinéma

Perspectives obscures

L’Ombre de Staline, son plus gros film de l’année, devait sortir le 18 mars. Alexis Mas (H.00), le président de Condor Distribution, préfère en rire. « Au moins, le film aura eu une campagne de pub exceptionnellement longue: les affiches sont restées placardées pendant des semaines dans les rues désertes de Paris! » Aujourd’hui, il prépare l’après avec deux incertitudes majeures: la date de réouverture des salles et le retour effectif du public, dans un contexte d’embouteillage de sorties. « Si l’activité redémarre en juin, nous tenterons de positionner le film dans le plus de cinémas possible. Si c’est plus tard, mieux vaudra le vendre à des plateformes de VOD. Même dilemme pour nos prochains films! »


Réinsertion

Précarité aggravée

« Le confinement a été une triple peine pour les 140000 SDF de France, surexposés au virus, interdits de rester dans leur lieu de vie, la rue, et privés du recours à la mendicité, explique Nicolas Bluche (H.73) administrateur d’Emmaüs Alternatives. Notre activité d’accompagnement, subventionnée par l’État et les collectivités locales, se poursuit dans des conditions acrobatiques. Notre accueil de jour, fermé car nous ne pouvions y respecter la distanciation sociale, a dû déménager dans un gymnase, en collaboration avec la Ville de Montreuil. Nous intensifions nos services d’aide alimentaire et continuons vaille que vaille nos services de domiciliation, de réception de courrier, d’accompagnement social et administratif, de suivi des hébergements, etc. Notre activité de réinsertion professionnelle, via nos ateliers et boutiques, est à l’arrêt. Les dispositifs de chômage partiel et de réductions de charges nous aident, mais nous sommes gravement menacés. Pour la première fois de son histoire, Emmaüs France est obligé de faire appel aux dons pour assurer sa pérennité. »


Missions d’extra

Garder le lien

Que faire lorsque vous êtes le spécialiste de la mise à disposition de personnel pour des missions courtes dans l’hôtellerie et la restauration, secteur mis à mal dès février? Benjamin Leiba (H.13), le cofondateur de Badakan, a décidé de s’occuper de sa communauté. « Nous accompagnons nos extras, les “badakaners”, dans leurs démarches auprès de Pôle Emploi et les aidons à maintenir le contact avec nos clients. Nous travaillons aussi avec eux sur des projets post-reprise! »


Tour Operator

Secousses en vol

Dès le mois de janvier, le tour operator Asia entrait dans une zone de turbulences. « Nous avons d’abord dû gérer les annulations sur nos destinations asiatiques, Chine en tête. Puis, à partir du 15 mars, lorsque le secteur a suspendu toute activité, nous avons rapatrié en quinze jours nos 450 clients restés à l’étranger. Parfois dans des conditions rocambolesques: sept d’entre eux étaient retenus en confinement forcé dans des baraquements militaires au Vietnam! » raconte Guillaume Linton (M.99), PDG d’Asia. Depuis, son équipe gère les reports des milliers de voyages réservés au printemps. « L’ordonnance du 25 mars prévoit la mise en place d’un à-valoir sur une période de dix-huit mois, ce qui va soulager notre trésorerie et permettra à nos clients de se projeter dans un prochain voyage. » Guillaume réfléchit aussi à des voyages sur mesure en France « à la Asia », dans l’éventualité où les vacances aux antipodes seraient encore proscrites en été . « Notre savoir-faire et notre exigence peuvent se transposer à l’Hexagone, en mettant l’accent sur le patrimoine, la culture, l’artisanat et les terroirs. » En espérant refaire le plein sur l’Asie pendant la haute saison, d’octobre à mars.


Evénement

VivaTech très attendu… en 2021

Tous les feux étaient au vert pour l’édition 2020 de VivaTech, devenu en quatre ans le salon incontournable de la tech en Europe. L’agenda de la Covid-19 en a décidé autrement, reportant cette cinquième édition au printemps 2021. L’année ne sera pas totalement blanche pour autant. « VivaTech assure toujours sa mission première: aider les start-up à devenir les champions du numérique de demain – un rôle renforcé dans cette période diffcile pour elles, notamment sur le plan de la trésorerie », explique Julie Ranty (H.10), directrice générale de VivaTech. Concrètement, en organisant des challenges d’innovations avec ses grands partenaires, VivaTech permet à des start-up d’entrer en contact avec des clients et partenaires potentiels. Cette crise aura aussi accéléré l’adoption d’outils digitaux. « VivaTech est par nature agile, capable de se réinventer. L’édition 2021 sera l’opportunité de réfléchir à la contribution de la tech à l’économie et à la société de demain. »


Enseignement

Classe à faire

« La fermeture des écoles nous a obligés à réinventer notre métier en 24 heures! », s’exclame Grégoire Orfanos (H.06), directeur du collège-lycée Epin, un établissement privé situé en zone REP+, qui scolarise 650 élèves. « Nous avons dû passer d’une éducation présentielle à une pédagogie distancielle, accompagner nos professeurs dans la prise en main de nouveaux outils (GoogleDrive, Hangout, Zoom…) et prendre en compte les difficultés de certains élèves, en termes d’accès à internet ou d’équipement informatique. Finalement, la continuité pédagogique fonctionne bien, le lien entre élèves et enseignants s’est même renforcé, avec de nouvelles possibilités d’échanges, par SMS notamment. » En bonne santé financière, l’établissement a maintenu le salaire de ses équipes. « Mais nous anticipons des difficultés de règlement pour les familles plus fragiles. »


Industrie

Participer à l’effort collectif

Spécialiste du redressement de PME industrielles, Arcole Industries a abordé la crise sur des assises solides. « Nos quatre filiales, qui opèrent dans la carrosserie industrielle, les réseaux de chaleur, la charpente industrielle et la fabrication de fûts à bière, sont redressées et rentables, avec un bilan sain, explique Delphine Inesta (H.03), directrice générale. Nos priorités ont été d’assurer la sécurité de nos salariés et de maîtriser notre trésorerie. Nous avons la spécificité d’intervenir sur des marchés B to B: à ce jour, les commandes ne sont pas annulées, mais simplement différées. Nos usines et chantiers, mis à l’arrêt du 18 mars au 6 avril, ont repris progressivement, par demi-équipes dotées de masques et de gel, en respectant les gestes de précaution. » Delphine salue à ce sujet la grande implication des salariés. Et cette crise offrira-t-elle de nouvelles opportunités de reprises de PME fragilisées? Pas si sûr… « Il sera difficile dans ce contexte de distinguer les difficultés conjoncturelles des faiblesses intrinsèques d’une entreprise. »

Avec un format inédit pour un magazine d’alumni, HEC Stories se donne pour ambition de mettre en lumière une communauté de diplômés diverse et internationale. Véritable porte-voix des HEC qui cherchent à avoir un impact positif sur le monde, ce magazine permet également à tous de conserver facilement un lien avec l’école et ses camarades : soutenez le magazine de votre école, abonnez-vous à partir de 40 euros par an.