Youssef Chraïbi, l’entrepreneur qui a fait d’Outsourcia un géant de l’externalisation
À 49 ans, Youssef Chraïbi (H.01) incarne une génération d’entrepreneurs formés à HEC Paris qui ont su transformer leurs premières expériences numériques en success stories durables. Dans un entretien où il évoque avec simplicité sa vie de père avant même de parler de son entreprise, il raconte comment, après une première aventure dans la bulle internet des années 2000, il a fondé en 2003 Outsourcia, aujourd’hui l’un des leaders indépendants de l’outsourcing multilingue, présent au Maroc, en France et au-delà, avec 4300 salariés.
De Casablanca à HEC Paris : l’ouverture au monde
Né et élevé à Casablanca, Youssef poursuit ses études au prestigieux lycée Lyautey avant de rejoindre Paris pour une prépa à Ipesup, avec l’objectif flou mais ambitieux de « ne pas se fermer de portes trop vite ». C’est ainsi qu’il intègre HEC Paris, convaincu que cette grande école lui ouvrira des voies nouvelles — et il ne se trompe pas.
Sur les bancs de l’École à Jouy-en-Josas, Youssef découvre l’énergie entrepreneuriale de la fin des années 90. Il raconte avec enthousiasme comment il a rencontré Loïc Le Meur lors d’une intervention sur le campus — un pionnier du web en France déjà bien engagé dans la création d’entreprises. « Je lui ai dit que les dot-com me fascinaient, que je voulais quitter la banque… et deux semaines plus tard, j’étais dans son bureau à travailler sur un projet ensemble. » Cette audace, cette capacité à provoquer sa chance, restera un fil conducteur dans sa carrière.
Les prémices d’un entrepreneur : Marketo et les premiers succès
Avec Loïc Le Meur et Jean-Jacques Bresson, Youssef a 24 ans lorsqu’il co-fonde Marketo.com, l’une des premières marketplaces digitales en B2B en Europe, très en avance sur son temps. À l’époque, lever 10 millions d’euros était une réussite exceptionnelle pour une start-up naissante, et cela attire l’attention de Bernard Arnault avant d’être vendu à Vivendi. Un premier succès, certes, mais teinté de ce qu’il appelle un « syndrome de l’imposteur » : face à une bulle internet volatile, il faut apprendre à distinguer réussite médiatique et création de valeur durable.
Après cette expérience, il décide de faire une pause, il revient à HEC pour obtenir son diplôme, mais aussi de réfléchir à un projet plus ancré, plus concret et pleinement utile.

Outsourcia : naître au Maroc pour penser global
En 2003, Youssef lance Outsourcia comme une société de conseil destinée à accompagner les entreprises dans la réduction de leurs coûts via l’offshore. Très vite, l’idée évolue : la demande est forte, mais l’offre est rare. « Je me suis rendu compte qu’il ne fallait pas être consultant, mais opérateur », dit-il. Alors plutôt que simplement conseiller, il bâtit une entreprise capable d’opérer des « centres de contact » et de compléter progressivement une offre de services externalisés, à la fois en relation client, en back-office et au-delà.
L’objectif est clair : une entreprise rentable et autofinancée dès la première année, avec seulement 10 000 euros de départ. Pari tenu, avec une rentabilité de 20 % dès le premier exercice, puis une croissance rapide. Aujourd’hui, Outsourcia emploie des milliers de collaborateurs dans plusieurs pays — Maroc, France, Tunisie, Madagascar et autres — et opère pour des clients prestigieux tels que Total, Renault, Vinted ou encore Manutan.
Un modèle hybride face à l’intelligence artificielle
Quand l’IA transforme le monde, Youssef ne panique pas. Il l’intègre de manière stratégique via OutsourcIA Lab, créant une expertise d’intégration de l’expérience client amplifiée par l’IA. « Dans un projet IA, la solution technologique ne représente que 10 % de la valeur », explique-t-il. La clé, selon lui, est l’intégration fonctionnelle, la fiabilisation des données, le corpus d’apprentissage des robots, tout en maintenant un pilotage humain des résultats — une vision pragmatique et profondément humaine.
Et loin de voir une menace, il observe que l’investissement dans l’IA peut paradoxalement créer des emplois, car ce travail demande encore une forte main-d’œuvre humaine pour être mis en œuvre, supervisé et optimisé.

Des clients fidèles, des relations fortes
Au-delà des chiffres et des stratégies, ce qui ressort, ce sont les relations humaines qu’il entretient — avec ses équipes, mais aussi avec ses clients. À la question « As-tu un client chouchou ? » Youssef n’hésite pas : « Manutan nous suit depuis que nous étions une toute petite entreprise il y a 20 ans», dit-il avec fierté. Cette longévité dans la confiance, il la met autant au crédit de la rigueur que de la qualité humaine des échanges.
Leçon d’un entrepreneur prudent et inspiré
Youssef Chraïbi se décrit lui-même comme un entrepreneur prudent, mais jamais frileux. Une attitude précautionneuse qui ne l’empêche pas d’anticiper, d’innover et de rebondir, ni de conserver une énergie constante face aux défis technologiques ou économiques.
Pour cette nouvelle année, ses souhaits sont clairs : maintenir le cap de la croissance à 2 chiffres (57 m€ de CA en 2025), accompagner l’évolution de l’IA de façon responsable, et démontrer qu’« l’avenir ne peut être que hybride », humain et technologique à la fois.
Published by Daphné Segretain