D’ordinaire, on dit que le chiffre 7 porte bonheur… Eh bien, la 7e édition de la soirée Startups HEC à Bruxelles n’a pas fait mentir cette symbolique : plus de 100 participants se sont pressés pour découvrir six start-up issues de l’Incubateur HEC.

C’est dans les locaux bruxellois de Beci, que les jeunes pousses incubées à Paris sont venues pitcher leur innovation. Leur objectif : se développer en Belgique et y nouer des liens avec des partenaires, clients et investisseurs. Une soirée placée sous le signe de l’audace, des énergies positives et des idées neuves.

Des discours d’ouverture inspirants

C’est Alain Heureux, principal interlocuteur de HEC Alumni Belgium chez Beci, qui a ouvert la soirée et qui en a animé la première partie avec tout son enthousiasme pour les startups, la tech et Beci, « the voice of business in Brussels ». Thierry Geerts, CEO de Beci, a ensuite célébré Bruxelles comme terre d’entrepreneuriat, qui concentre « 180 nationalités, 105 langues, une bonne connexion par TGV, et des loyers encore abordables ». Mais c’est sa vision de l’innovation qui a marqué les esprits : « Les entrepreneurs réinventent le monde… tandis que les politiciens réinventent la prochaine élection ». Évoquant une 4e révolution industrielle portée par la digitalisation et l’IA, il a lancé avec humour : « Le DPO officer, c’est le Good Idea Killer », appelant à davantage de collaboration entre start-up et grandes entreprises.

Joël Amar (H.88), président du Chapter HEC Alumni de Belgique, a salué le travail d’équipe qui a permis, cette année encore, de réussir Startups HEC à Bruxelles. Si la grande soirée annuelle de la communauté HEC en Belgique est devenue un événement incontournable dans l’écosystème tech de ce pays, c’est aussi grâce à la mobilisation des partenaires : Beci, la Banque Transatlantique, HEC Alumni et son Hub Entreprendre et, bien sûr, l’Incubateur HEC. Après avoir remercié les partenaires et les soutiens (CCI France-Belgique, French Tech Brussels), Joël Amar a rappelé que sur 80 000 diplômés HEC dans le monde, près de 800 vivent en Belgique, avec une mention spéciale à Charles-Henri Weil (H.58), alumni fidèle à cette soirée Startups.

La sélection présentée de l’édition 2026 fut rigoureuse : 15 startups candidates, 6 retenues par un jury qui a réuni tous les partenaires, fin janvier à Station F. L’objectif : interconnecter les écosystèmes France-Belgique et faire du « give-back », donner un coup de pouce et ouvrir des portes aux startups sélectionnées.

Six start-up, six innovations de rupture

• MuchBetter : l’entraînement commercial réinventé par l’IA

L’équipe de trois cofondateurs (Julien Heissat, Raphaël Carriero, Antoine Grenard) a développé une plateforme IA de formation commerciale reposant sur des simulations immersives avec des clients virtuels. Le constat de départ : un écart béant entre les formations théoriques et leur application sur le terrain. « On ne devient pas bon joueur de foot en regardant un match à la TV, mais en s’entraînant tous les jours », illustre Raphaël. Les résultats sont éloquents : chez Boulanger, 28% de progression des ventes, soit une hausse 3 millions d’euros à l’échelle de l’entreprise. Après avoir levé 4 millions d’euros fin 2025, MuchBetter compte 30 grandes entreprises clientes — dont six cotées dans l’indice du CAC 40 —, spécialisées dans les services financiers, la tech, l’industrie et le retail. En Belgique, c’est justement le tissu des services financiers qui intéresse particulièrement la startup.

• Elsee : rembourser la santé des femmes

Lara Rouyres (M.08), cofondatrice, est une entrepreneure expérimentée qui a créé et revendu plusieurs entreprises avec succès. Elle part d’un constat accablant : plusieurs dépenses de santé impactant la santé des femmes ne sont pas couvertes. Inégalités systémiques, endométriose, SOPK, troubles hormonaux… 3,5% des femmes en âge de procréer sont concernées. Elsee propose des abonnements (de 6,9 € à 80 €/mois) remboursant 50 à 80% des dépenses de santé naturelle : nutrition, santé mentale, médecine douce, sport, santé connectée, sommeil, stress. Le modèle repose sur un réseau de partenaires (nutritionnistes, psychologues, salles de sport) recevant des commissions. Parmi les partenaires : Harmonie Mutuelle, ClassPass, Swile, Withings. Elsee veut accélérer son développement en Belgique où elle a déjà des clientes.

• Adstrum : des interfaces neurales sans chirurgie

Adstrum est une belle histoire du réseau HEC Alumni. Cette start-up créée à Beyrouth a gagné un concours d’entrepreneuriat organisé, entre autres, par le Chapter Lebanon. Le premier prix était six mois à l’Incubateur HEC à Paris. Adstrum a candidaté lorsqu’elle a entendu parler de l’événement à Bruxelles. Et la voici, maintenant en Belgique ! Manar Al Harakeh, son CEO, a présenté Neurex, la plateforme IA d’Adstrum qui traduit les signaux neuromusculaires en commandes digitales et physiques, permettant de piloter prothèses et environnements connectés sans chirurgie ni cloud. Adstrum recherche des partenaires privés et publics pour le développement, la certification CE et le lancement de ses dispositifs médicaux. Le 27 mars, elle a rencontré le Centre de Traumatologie et de Réadaptation de l’un des plus grands hôpitaux bruxellois, l’Hôpital Erasme. Ce pourrait être le début d’une belle collaboration.

• Yolo : libérer la charge mentale des aidants

70% des aidants sont des femmes, et la charge mentale liée représente un coût économique majeur. Camille Laboué, confondatrice de Yolo, en a elle-même fait l’expérience, alors qu’elle menait une carrière à l’international et traversait une période post-partum difficile… Les cadres passent 1 heure par jour sur des sujets personnels pendant leur temps professionnel. Yolo propose des « Alliées » — des doubles organisationnels humains (pas uniquement de l’IA) — qui prennent en charge les tâches quotidiennes. Exemple concret : une femme dirigeante devant prendre un poste à Paris et organiser son déménagement tout en gérant sa mère malade a confié : « Sans Yolo, je n’aurais jamais réussi. » Le collectif, qui compte plus de 80 alliées (des femmes en complément de revenu), accompagne aujourd’hui 500 familles. Au total, ce réseau d’alliées a traité 18 000 demandes et réalisé 90 000 tâches. Plusieurs grands groupes, comme L’Oréal, Total Énergies ou OMB, comptent parmi les entreprises clientes. Le chiffre d’affaires de la start-up est passé de 160 000 euros en 2023 à 1,5 million d’euros en 2025. Le ROI est tangible : 3 heures par semaine regagnées (soit 1 mois par an), et 90 % des bénéficiaires disent que leur charge mentale a diminué. Le marché belge, avec ses dirigeants, expatriés et problématiques d’absentéisme, est naturellement ciblé.

 

Avec autant d’enthousiasme qu’Alain Heureux, Antoine Mahy (H96), membre du bureau du Chapter d’HEC Alumni en Belgique, anime la seconde partie de la soirée qui s’ouvre par deux invités de marque.

Bertrand Marot (E.11), lui aussi, membre du bureau du Chapter et administrateur de la Banque Transatlantique Belgium, présente cette jeune institution âgée de 140 ans, installée en Belgique depuis vingt ans et experte dans l’accompagnement des entrepreneurs et des cadres dirigeants via les stock-options. Leader en France dans cette activité avec pour clients un tiers des sociétés du CAC 40, la banque connaît bien les défis : « En France, c’est le paradis en termes de qualité de vie, mais fiscalement, c’est complexe ». Bertrand Marot souligne aussi son lien fort avec HEC Alumni : « C’est une vraie communauté, une famille qui développe un sens d’identité ».

Inge Kerkloh-Devif (M.06), Directrice de l’Innovation & Entrepreneurship Institute d’HEC Paris, commence par un cri du cœur : « Cela fait sixans que j’entends parler de ces soirées à Bruxelles… et enfin je suis là ! ». Elle présente la stratégie d’HEC Nouvelles Responsabilités : changer les destins, éclairer le débat public, construire des solutions. S’apputant sur le triptyque « Think, Teach, Act », l’Innovation & Entrepreneurship Institute combine recherche, 30 programmes académiques et 25 programmes d’accélération. Les chiffres impressionnent : 16 licornes (23% des licornes tech françaises), plus de 650 start-up accompagnées en 2025, 16 milliards d’euros levés sur cinq ans et 35 000 emplois créés. Elle a conclu par une citation d’entrepreneur : « Il ne voulait pas accepter le monde tel qu’il était, il voulait construire le monde de demain. Make it real, make it great – construisons ensemble ce monde de demain ». Inge s’applique à elle-même cette belle maxime. À Bruxelles, elle a pris plusieurs contacts qui pourraient construire de nouveaux ponts avec Paris et avec HEC.

• Korix : l’intelligence artificielle au service du BTP

James Lyddon (H.12), dix ans d’expérience dans le BTP après HEC, s’est associé à Rami Salem (CTO, PhD en IA, société familiale dans le BTP) et Mattia Palmieri (chercheur en machine learning spécialisé en matériaux) pour fonder Korix. Leur constat : l’approvisionnement dans le secteur de la construction cumule des saisies manuelles, des erreurs de spécification, des retards dans les consultations, sans capitalisation de l’expertise d’un projet à l’autre. Sur une année, une entreprise de travaux qui réalise 20 millions d’euros de chiffre d’affaires perdrait ainsi trois millions. Face à ces problèmes, Korix propose une plateforme IA fonctionnant comme un « cerveau central technique » : elle analyse les documents, détecte les incohérences, automatise les réponses et les consultations fournisseurs. Les avantages compétitifs sont solides : modèles d’IA propriétaires fine-tunés, infrastructure de données propriétaire, positionnement central connectant tous les systèmes. La startup vient d’être labellisée Deep Tech par la BPI. Lancée en janvier 2026, elle a généré 60 000 € de CA entrois mois avec 6 clients et vise 1 million d’euros dans les prochains mois. Un tour de table est prévu en mai 2026 (des term sheets ont déjà été reçues). Korix recherche activement des contacts avec des acteurs locaux belges et des partenaires financiers.

• Blue2 : recycler le CO2 industriel grâce aux microalgues

Le contexte géopolitique avec le blocage du détroit d’Ormuz donne tout son sens à Blue2. Au-delà du pétrole, c’est toute l’industrie chimique qui est impactée. Elle est dépendante du pétrole, elle émet du CO2 et les alternatives naturelles nécessitent des mois et des hectares pour quelques kilos d’ingrédients. Blue2 a conçu des photo-bioréacteurs utilisant la photosynthèse de microalgues pour recycler les émissions industrielles de CO2 et les convertir en bio-ingrédients traçables. Les marchés visés : cosmétique et pharmacie pour commencer. La startup recherche des investisseurs et des partenaires industriels pour déployer ses photo-bioréacteurs sur leurs sites.

Après chaque pitch de cinq minutes, dix minutes de questions-réponses ont permis des échanges nourris entre start-up et participants (investisseurs, chefs d’entreprise, partenaires potentiels). La soirée s’est conclue par un buffet-networking où les conversations se sont prolongées dans une ambiance conviviale. Le succès de cette 7e édition confirme la vitalité de l’écosystème entrepreneurial franco-belge et la volonté de continuer à fédérer la communauté HEC en Belgique. Rendez-vous pris pour l’année prochaine !

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