Quand le conseil se réinvente : l’IA comme accélérateur et l’humain comme boussole
Lors d’une conférence inspirante et attendue à l’Association HEC alumni ce 27 janvier, alumni et consultants ont présenté leur livre blanc “Conseil IA : le nouvel âge du Conseil Augmenté”, fruit d’une démarche collective sans précédent. Ils ont expliqué, démontré comment ces idées prennent vie dans les cabinets et les carrières.
Si l’intelligence artificielle est souvent perçue comme une force disruptive, voire une menace pour les métiers intellectuels, la matinée de lancement du livre blanc du club Consulting & Coaching d’HEC Alumni a donné une toute autre tonalité : celle d’une transition maîtrisée, enrichissante et fondamentalement humaine.
Un travail collectif, un récit partagé
Dès 9 h00, Philippe Lerique (MBA99) a donné le ton : après un cycle de conférences en 2025 ayant réunis 1000 participants, le livre blanc — co-écrit par plus de 60 contributeurs, alliant consultants, coaches, formateurs, partenaires et mécènes — était enfin là, 258 pages de réflexions poussées et de propositions concrètes. Son objectif ? donner vie à une réflexion qui ne devait pas rester intellectuelle, mais influente : auprès des pairs, des clients et, au-delà, au sein même des cabinets. Pour Pascal Masson (MBA01), qui préside le club avec Serge Dautrif (MBA99), cette démarche n’était pas un effet de mode : elle naît du terrain, du millier de participants aux quatre soirées de discussion organisées par le club sur l’impact de l’IA dans la profession. Plutôt que s’égarer dans les débats technophiles ou alarmistes, l’équipe a choisi une posture lucide, activable et optimiste, tournée vers l’avenir et la création de valeur réelle.
Ce que l’IA change — et ce qui ne changera jamais
Sur scène, plusieurs contributeurs ont ensuite illustré par des exemples vivants comment l’IA transforme le conseil, sans l’abolir :
– L’IA ne remplace pas les consultants, mais réoriente leur rôle vers ce qui fait leur essence : l’arbitrage, le jugement, l’accompagnement stratégique et la profondeur de l’interaction humaine.
– Les modèles économiques se déplacent : au-delà de la facturation au temps passé, la mesure de la valeur créée devient clé, que ce soit via la tarification outcome-based, le modèle d’abonnement ou la création d’actifs durables.
– L’écosystème du conseil évolue : les cabinets traditionnels se diversifient vers la data et la tech, tandis que les acteurs tech gravitent vers la stratégie, bousculant les frontières entre logiciels, services et expertise humaine.
Pour l’un des intervenants, ce basculement structurel signifie que la valeur ne se mesure plus à l’épaisseur des slides ou à l’accumulation de tableaux Excel, mais à la capacité à orchestrer des transformations mesurables et durables, aussi bien pour les clients que pour les organisations.
Jeunes talents, sens et quête de valeur
Un des moments les plus frappants est venu d’une anecdote partagée par Augustin Manchon (H83) lors de la table ronde : lors d’un cours à l’université Paris Dauphine, aucun étudiant ne s’était initialement dit intéressé par le conseil. Quelques semaines plus tard, 18 étudiants sur 35 ont changé d’avis après avoir exploré des sujets de gouvernance, d’éthique et de traçabilité de l’IA. Ce point illustre une dynamique profonde : pour que les jeunes générations restent attirées par le conseil, l’IA doit être au service d’une mission signifiante (éthique, RSE, impact sociétal), plutôt qu’être une simple commodité technique. Les enjeux de sens sont devenus des moteurs de vocation autant que des compétences à développer.
Transformation culturelle et humaine, plus que technologique
Plusieurs intervenants ont insisté sur une réalité connue des change managers : la technologie ne fait pas le changement, ce sont les personnes qui le font. La transformation des compétences, l’accompagnement des carrières, l’intégration de nouveaux profils et la gouvernance de l’IA sont autant de défis humains et organisationnels que technologiques. Si hier les juniors produisaient des analyses ou des benchmarks, demain ils orchestreront la collaboration entre IA et expertise, tout en développant leurs soft skills (discernement, empathie, leadership). C’est aussi un défi pour l’Ecole, qui doit intégrer ces dimensions dans le cursus initial des élèves (1/3 d’entre eux se destinent aux métiers du conseil en sortie d’école).
Un océan bleu à explorer
La conclusion optimiste de la matinée a rappelé que le conseil ne disparaît pas : il se métamorphose. Entre les besoins croissants des organisations, les attentes renouvelées des dirigeants et l’émergence de nouveaux modèles de valeur, le secteur a encore de vastes espaces à conquérir, pour peu qu’il sache combiner puissance de l’IA et discernement humain. Une invitation à lire plus loin
Le livre blanc et son site compagnon sont destinés à prolonger cette conversation, avec des ressources, des grilles d’analyse et une feuille de route pour les praticiens. Dans un monde où la technologie bouleverse les métiers, le message est clair : l’IA est une chance pour le conseil — à condition de savoir orienter sa puissance par le jugement, l’éthique et l’intelligence collective humaine.
Pour prolonger cette réflexion et consulter les grilles d’analyse concrètes, le livre blanc est disponible sur le site : www.conseil-puissance-ia.fr
Published by Daphné Segretain