Abstract

La crise sanitaire liée au coronavirus a conduit de nombreux pays à adopter des mesures de distanciation sociale. En réduisant la quantité de travail fourni, cette distanciation sociale a entraîné une baisse de la production qu’il est difficile de quantifier sans prendre en compte les relations entre secteurs d’activité. À partir d’un modèle standard des réseaux de production, nous avons analysé les effets sectoriels de ce choc en France. Nous avons estimé que six semaines de confinement pourraient entraîner une baisse de PIB de 5,6 %. Nous avons mené le même exercice pour les autres pays européens, en prenant en compte les différences dans la composition sectorielle des économies et la propension au télétravail. Pour finir, nous avons analysé l’impact économique de la sortie du confinement, selon qu’il est organisé par secteur, région et catégorie d’âge.
Jean-Noël Barrot, Basile Grassi and Julien Sauvagnat, Sectoral Effects of Social Distancing, HEC Paris Research Paper No. FIN-2020-1371, April 2020.

3 questions à Jean-Noël Barrot, professeur associé à HEC Paris

Pourquoi chercher à mesurer l’impact des mesures sanitaires sur les chaînes de production ?

our en tirer des conclusions qui pourront guider les politiques publiques. Avec Julien Sauvagnat, professeur de finance à l’Université Bocconi de Milan, nous avions déjà publié une recherche sur la propagation des chocs dans les réseaux de production. De son côté, Basile Grassi, également professeur à la Bocconi, a étudié les capacités des réseaux de production à amplifier les chocs. Lorsque le confinement et les mesures de distanciation ont été mis en place, il nous a paru naturel d’en mesurer les conséquences économiques. Nous nous sommes intéressés au cas français, car nous disposions de nombreuses données sur les secteurs fermés, et la proportion de salariés susceptibles d’être empêchés de travailler, faute de solutions de télétravail.

Comment mesurer les interactions entre secteurs ?

Nous sommes partis d’un modèle standard de l’économie conçue comme un réseau de secteurs échangeant entre eux pour produire un bien de consommation acheté par les ménages. Nous avons calibré la taille des secteurs et leurs relations grâce au tableau des entrées-sorties (TES) de l’Insee. Puis nous avons infligé à ce modèle le choc des mesures de confinement, secteur par secteur, afin d’observer comment le choc se propage. Les secteurs les plus impactés sont ceux directement frappés par les fermetures, comme l’hôtellerie-restauration ou les activités de loisir, mais aussi les secteurs en amont, comme le plastique, le conseil ou les activités scientifiques et techniques, qui subissent la baisse de la demande cumulée de tous les secteurs. Ces constats mériteraient d’être affinés, mais le TES ne définit que 138 secteurs. Des données de TVA, par exemple, permettraient d’analyser plus finement ce réseau de corrélations sectorielles.

Vous avez complété cette étude par une analyse du coût économique des mesures sanitaires par vie sauvée…

Oui, c’est une étude localisée dans le temps et l’espace, sur la période de mi-mars à fin mai aux États-Unis. Nous avons mesuré l’impact des mesures prises sur l’emploi et la valeur ajoutée dans différentes zones géographiques, et l’avons comparé aux données sur les contaminations et les décès. Cette étude purement empirique estime que les mesures ont permis de sauver 29 000 vies et ont généré une perte de PIB de 169 milliards de dollars, soit un « coût » de 5,6 millions de dollars par vie sauvée. C’est un éclairage, qui ne prétend en rien juger de la pertinence des mesures adoptées.

mesures sociales

Jean-Noël Barrot (H.07, D.12)
Titulaire de Masters de l’École d’économie de Paris et de Sciences Po, ainsi que d’un doctorat à HEC Paris, il enseigne la finance d’entreprise à HEC Paris. Il est également député des Yvelines, vice-président de la Commission des finances de l’Assemblée nationale et secrétaire général du MoDem.

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